Le pouvoir du moment présent

Ce texte est une compilation d’extraits du livre « Le pouvoir du moment présent », écrit par Eckhart Tolle

Le choix des extraits reprend les idées principales de l’ouvrage, même s’il reste subjectif et ne respecte pas forcément une place proportionnelle à chaque aspect de ce sujet.

Penser est devenu une maladie, et celle-ci survient quand les choses sont déséquilibrées. Par exemple, il n’y a rien de mal à ce que les cellules du corps se divisent pour se multiplier. Mais lorsque ce phénomène s’effectue sans aucun égard pour l’organisme dans sa totalité,  les cellules prolifèrent et la maladie s’installe.

Le mental est un magnifique outil si l’on s’en sert à bon escient. Dans le cas contraire, il devient très destructeur. Plus précisément, ce n’est pas tant que vous utilisez mal votre « mental » ; c’est plutôt qu’en général vous ne vous en servez pas du tout, car c’est lui qui se sert de vous. Et c’est cela la maladie, puisque vous croyez être votre mental. C’est cela l’illusion. L’outil a pris possession de vous.

[…] Lorsque quelqu’un va chez le médecin et lui dit qu’il entend des voix, celui-ci l’enverra fort probablement consulter un psychiatre. Le fait est que, de façon très similaire, presque tout le monde entend en permanence une ou plusieurs voix dans sa tête, et qu’il s’agit du phénomène involontaire de la pensée […] Ce ne sont que monologues ou dialogues continuels.

Il vous est certainement déjà arrivé de croiser dans la rue des [personnes] qui parlent sans arrêt tout haut ou tout bas. En réalité, ce n’est pas très différent de ce que vous, et [la plupart des gens] faites, sauf que vous le faites en silence. La voix passe des commentaires, fait des spéculations, émet des jugements, compare, se plaint, aime, n’aime pas, et ainsi de suite. Ce que cette voix énonce ne correspond pas forcément à la situation dans laquelle vous vous trouvez en ce moment. Elle ravive peut-être un passé proche ou lointain, ou bien alors imagine et rejoue d’éventuelles situations futures. Dans ces moments-là, la voix imagine souvent que les choses tournent mal et envisage des résultats négatifs. C’est ce que l’on appelle l’inquiétude. Cette bande sonore s’accompagne parfois d’images visuelles ou de « films mentaux ». Et même si ce que dit la voix correspond à la situation du moment, elle l’interprètera en fonction du passé. Pourquoi ? Parce que cette voix appartient au conditionnement mental, qui est le fruit de toute votre histoire personnelle et celui de l’état d’esprit collectif et culturel dont vous avez hérité. Ainsi, vous  voyez et jugez dorénavant le présent avec les yeux du passé, et vous avez une vision totalement déformée. Il est fréquent que, chez une personne, cette voix intérieure soit son pire ennemi. Nombreux sont les gens qui vivent avec un bourreau dans leur tête, qui les attaque et les punit sans cesse, leur siphonnant ainsi leur énergie vitale. Ce tyran est à l’origine des innombrables tourments et malheurs, ainsi que de toute maladie.

Mais la bonne nouvelle dans tout cela, c’est que vous pouvez effectivement vous libérer du mental. Et c’est là, la seule et véritable libération. Vous pouvez même commencer dès maintenant. Ecoutez aussi souvent que possible cette voix. Prêtez particulièrement attention aux schémas de pensée répétitifs, à ces vieux disques qui jouent et rejouent les mêmes chansons peut-être depuis des années. C’est ce que je veux dire quand je vous suggère « d’observer le penseur ». C’est une autre façon de vous dire : « Ecoutez cette voix dans votre tête, soyez la présence qui joue le rôle de témoin ».  Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c’est-à-dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voix est revenue par la porte de service. Vous prendrez bientôt conscience qu’il y a la voix, et qu’il y a quelqu’un qui l’écoute et qui l’observe. Cette prise de conscience que quelqu’un surveille, ce sens de votre propre présence, n’est pas une pensée. Cette réalisation trouve son origine au-delà du « mental ».

[…] Ainsi, le seul pas crucial à faire dans le périple qui conduit à l’éveil est d’apprendre à se dissocier du mental. Chaque fois que vous créez une discontinuité dans le courant des pensées, la lumière de la conscience s’intensifie. Il se peut même que vous vous surpreniez un jour à sourire en entendant la voix qui parle dans votre tête, comme vous souririez devant les pitreries d’un enfant. Ceci veut dire que vous ne prenez plus autant au sérieux le contenu de votre mental, et que le sens que vous avez de votre moi n’en dépend pas.

[…] Votre mental est un outil, un instrument qui est là pour servir à l’accomplissement d’une tâche précise (qu’il s’agisse d’une tâche concrète ou d’une réflexion sur un sujet abstrait). Une fois cette tâche effectuée, vous déposez votre outil. Je dirais ceci : telles que sont les choses, environ 80 à 90% de la pensée chez l’humain est, non seulement répétitif et inutile, mais aussi en grande partie nuisible, en raison de sa nature souvent négative et dysfonctionnelle. Il vous suffit d’observer votre mental pour constater à quel point cela est vrai. La pensée involontaire et compulsive occasionne une sérieuse perte d’énergie vitale.  Elle est en fait une accoutumance. Et qu’est-ce qui caractérise une habitude ? Tout simplement le fait que vous sentiez ne plus avoir la liberté d’arrêter. Elle semble plus forte que vous.

[…] Pourquoi serions-nous des drogués de la pensée ? Parce que vous êtes identifié à elle. […] Parce que vous croyez que si vous vous arrêtez de penser, vous cesserez d’être.

Le secret de la libération réside dans l’instant présent.

Brisez la vieille habitude qui vous fait nier le moment présent, et y résister. […] Observez la tendance habituelle de votre mental à vouloir fuir le moment présent.

[…] Le passé retient-il une grande partie de votre attention ? Vous arrive-t-il souvent d’en parler et d’y penser, en bien ou en mal ? Vos mécanismes mentaux sont-ils en train d’engendrer de la culpabilité, de l’orgueil, du ressentiment, de la colère, du regret ou de l’apitoiement sur vous-même ? […] Dans le passé, certaines choses ne se sont pas déroulées comme vous le vouliez. Vous résistez encore à ce qui s’est produit alors, et à ce qui est maintenant. Laissez mourir le passé à chaque instant. Vous n’en avez pas besoin. N’y faites référence que lorsque c’est absolument de mise pour le présent.

Quant à l’avenir, le mental l’imagine en général comme étant meilleur ou pire que le présent. Dans le premier cas, il vous donne de l’espoir et du plaisir par anticipation. Dans le deuxième cas, il crée de l’anxiété. Chaque fois, il s’agit pourtant d’une illusion. […]

[…] Etes-vous inquiet ? Avez-vous souvent des pensées anticipatoires ? Dans ce cas, vous vous identifiez à votre mental, qui se projette dans une situation future imaginaire, et crée la peur. Il n’y a aucun moyen de faire face à cette situation, car celle-ci n’existe pas.

Etes-vous quelqu’un qui « attend » ? Attendre c’est : anticiper l’arrivée de quelqu’un, espérer les prochaines vacances, un meilleur emploi, le succès, l’argent, l’illumination… Il n’est pas rare que des personnes passent leur vie à attendre pour commencer à vivre. Attendre est un état d’esprit. Vous voulez l’avenir mais non le présent. Vous ne voulez pas ce que vous avez, et désirez ce que vous n’avez pas. « Un jour, j’y arriverai ». Votre but monopolise-t-il une si grande part de votre attention que vous réduisez l’instant présent à un moyen vous permettant d’atteindre ce but ? […] Ne vous préoccupez pas des résultats de vos actions, accordez simplement votre attention à l’action elle-même. […] Il n’y a rien de mal à aspirer à certains buts et à vous efforcer de les atteindre. L’erreur, c’est de substituer cette aspiration au sentiment de vivre, à l’Etre.

Dès l’instant où votre attention se tourne vers le présent, vous sentez une présence, un calme, une paix en vous. Vous ne dépendez plus de l’avenir pour vous sentir satisfait ou comblé. Sur le plan profond de l’Etre, vous êtes complet et entier maintenant.

Votre vie, c’est l’instant présent.

[…] Ramenez votre vie au moment présent. Vos conditions de vie sont peut-être très problématiques, ce qui est le cas pour la plupart des gens, mais essayez de voir si vous avez un problème en ce moment même. Pas demain ni dans dix minutes, mais maintenant. Avez-vous un problème maintenant ?

[…] Utilisez pleinement vos sens. Soyez véritablement là où vous êtes. Regardez autour de vous. Simplement, sans interpréter. Voyez la lumière, les formes, les couleurs, les textures. Soyez conscient de la présence silencieuse de chaque objet, de l’espace qui permet à chaque chose d’être. Ecoutez les bruits sans les juger. Entendez le silence qui les anime. Touchez quelque chose, n’importe quoi, et sentez et reconnaissez son essence. Observez le rythme de votre respiration. Sentez l’air qui entre et qui sort de vos poumons, sentez l’énergie de vie qui circule dans votre corps. Laissez chaque chose être, au-dedans comme au-dehors. Reconnaissez en chaque chose son « être-là ». Plongez totalement dans le présent.

Soyez présent en tant qu’observateur de votre mental, c’est-à-dire de vos pensées, de vos émotions et de vos réactions dans diverses situations. Accordez au moins autant d’attention à vos réactions qu’à la situation ou à la personne qui vous fait réagir. Remarquez aussi la répétitivité avec laquelle votre attention se fixe sur le passé ou l’avenir. Ne jugez pas et n’analysez pas ce que vous observez. Regardez la pensée, sentez l’émotion, surveillez la réaction. N’en faites pas une problématique. Vous sentirez alors, au-delà du contenu du mental, quelque chose de plus puissant que n’importe lequel de vos sujets d’observation : la présence calme qui observe, le témoin silencieux.

En vous observant vous-même, vous pouvez automatiquement devenir plus présent dans votre vie. Dès l’instant où vous prenez conscience que vous n’êtes plus présent, vous l’êtes ! Chaque fois que vous pouvez observer votre mental, vous n’êtes plus pris à son piège. Un autre facteur est entré en jeu, quelque chose qui n’appartient pas au mental : la présence en tant que témoin.

[…] Dites toujours « oui » au moment présent. Qu’y aurait-il de plus futile, de plus insensé, que de résister intérieurement à ce qui est déjà ? Qu’y a-t-il de plus fou que de s’opposer à la vie même, qui est maintenant, toujours maintenant ? Abandonnez-vous à ce qui est. Dites « oui » à la vie, et vous la verrez soudainement se dérouler avec vous, plutôt que contre vous.

L’instant présent est comme il est. Observez de quelle façon le mental l’étiquette, et à quel point ce processus d’étiquetage, cette continuelle attitude de jugement, crée chagrin et tourment. En regardant attentivement les rouages du mental, vous sortez de ces schèmes de résistance, et vous pouvez ensuite laisser le moment présent être. Cela vous fera goûter l’état de liberté intérieure face aux conditions extérieures, l’état de véritable paix intérieure. Puis, voyez ce qui arrive, et passez à l’action si c’est nécessaire – et possible. Acceptez, puis agissez. Quoi que vous réserve le présent, acceptez-le comme si vous l’aviez choisi. Allez toujours dans le même sens que lui, et non à contresens. Faites-vous-en un ami et un allié, et non un ennemi. Cela transformera miraculeusement toute votre vie.

[…] Le présent est ce qu’il y a de plus précieux. Pourquoi ? Parce qu’il est l’unique chose qui soit. Parce ce que c’est tout ce qui existe. […] La vie c’est maintenant. Il n’y a jamais eu un moment où votre vie ne se déroulait pas « maintenant », et il n’y en aura d’ailleurs jamais.

En voyage, il est sûrement utile de savoir où l’on va, ou de connaître la direction que l’on emprunte. Mais n’oubliez pas que la seule chose qui soit réelle, dans votre périple, c’est le pas que vous faites en ce moment. […] Dans le monde extérieur votre périple est peut-être fait d’un million de pas. Dans le monde intérieur, il n’en comprend qu’un : celui que vous faites maintenant.

[…] Ne cherchez pas à trouver un quelconque autre état que celui dans lequel vous êtes dans l’instant présent. Pardonnez-vous de ne pas être en paix. Dès l’instant où vous acceptez totalement l’absence de paix, celle-ci se métamorphose en paix. Le lâcher-prise est la simple mais profonde sagesse qui nous porte à laisser couler le courant de la vie, plutôt que d’y résister. Et le seul moment où vous pouvez sentir ce courant, c’est dans l’instant présent.