On comprend aisément l’impact de nos agissements. Mais on sous-estime généralement l’effet de nos paroles sur celui qui les reçoit. Se questionner sur la portée de nos paroles nous incite à prendre conscience de l’importance des mots que nous employons, des messages que nous transmettons, et de la manière dont nous nous exprimons dans la vie quotidienne.
Pourquoi la parole est-elle puissante ?
Les paroles que nous entendons pénètrent par nos oreilles, puis elles s’infiltrent dans nos neurones, dans notre cœur aussi, d’une certaine manière, et dans chacune de nos cellules. Mais nous n’avons pas conscience qu’elles s’y installent pour du long terme et qu’elles feront désormais partie de nous-mêmes, consciemment ou inconsciemment. Elles sèment en nous des germes susceptibles de se développer à chaque moment de notre vie future. C’est en cela que la parole est puissante.
La parole a aussi le pouvoir de se diffuser au-delà de celui qui la reçoit : elle porte un message, et ce message va se transmettre, se communiquer, se répandre dans notre entourage, puis dans l’entourage de notre entourage, et ainsi de suite, comme une onde se répand sur l’eau autour du caillou qu’on l’on jette.
De plus, presque toujours lorsque nous parlons, nous diffusons en même temps des émotions, que nous allons transmettre à notre interlocuteur. Et c’est ainsi que certains évènements chargés de colère ou de peur vont s’enfler, s’amplifier, jusqu’à créer « une tempête dans un verre d’eau » ! Ce phénomène est vérifiable dans notre expérience individuelle. Il est aussi extrêmement fort dans les médias de nos jours, du fait que les informations soient transmises en temps réel ou presque, et répétées en boucle, jusqu’à ce qu’une nouvelle information occupe le devant de la scène …
La parole écrite est bien sûr toute aussi puissante. Les réseaux sociaux illustrent de façon magistrale comment une petite phrase peut, en quelques heures, faire le tour du globe, concentrer l’attention de milliers de personnes … et se faire bientôt oublier … Mais elle aura quand-même laissé des traces dans notre subconscient. Heureusement, le seul fait d’être conscient de cet impact nous en protège en partie.
Remarquons comment certains mots ou certaines expressions s’infiltrent progressivement dans notre vocabulaire, et influent sur notre façon de percevoir le monde : « compétitif », « rentabilité », « croissance », « flexibilité », « marché du travail », « consommateurs », « pouvoir d’achat », « sécurité », etc. Tout un langage qui était beaucoup moins utilisé du temps de nos parents et encore moins à l’époque de nos grands-parents … Le langage est à la fois le reflet d’une société, mais réciproquement, il la façonne, en quelque sorte.
Commençons par observer les paroles que nous entendons.
En une seule journée, des milliers de mots pénètrent notre cerveau. A travers les personnes de notre environnement (les proches, les collègues de travail, les personnes croisées au cours de gym ou ailleurs …), mais aussi à travers les média (journal d’informations, émissions diverses, …). De nombreuses idées, que nous croyons nôtres, se sont ainsi infiltrées en nous, à notre insu, de façon très subtile, très progressive. Les publicistes connaissent bien notre capacité à enregistrer tout ce que nous percevons, alors que nous en nions l’impact sur notre consommation. Le principe est le même pour les points de vue sur la société, sur la politique, et d’une façon générale sur notre vision du monde. Attention, les messages les plus insidieux sont ceux que l’on n’a pas écoutés de manière consciente : la télé ou la radio comme fond sonore alors que nous faisions autre chose, une chanson diffusée pendant que nous faisions les courses au supermarché, etc. Autant de messages qui se lovent dans un recoin de notre mental, et qui ressurgiront peut-être un jour, alors que nous croirons exprimer une opinion personnelle.
Heureusement, en devenant plus attentif à tous les messages qui nous parviennent, nous sommes moins victimes de leur influence inconsciente. Nous pouvons développer le discernement, cette capacité à examiner minutieusement, à trier, choisir, parmi cette multitude de données, celles qui entrent en résonnance avec notre cœur et notre conscience, pour laisser émerger notre propre vision des choses.
Notons aussi que de nombreux aspects de notre personnalité se sont construits à partir d’opinions ou d’injonctions que nous avons entendues pendant notre enfance ; soit nous nous y sommes conformés, soit nous avons développé des attitudes contraires, dans un esprit d’opposition. « Qu’est-ce que tu es maladroit ! » …, « Méfie-toi de telle ou telle catégorie de personnes … », etc. Ces messages s’infiltrent dans notre cerveau, comme des vérités ou comme des valeurs, … jusqu’à ce qu’un jour, peut-être, nous puissions les remettre en question.
La communication au sein d’une relation (entre conjoints, entre amis ou collègues de travail, entre parent et enfant, etc.)
Il existe un décalage important entre ce que l’on souhaite exprimer, et ce que l’autre perçoit. Quelques repères peuvent cependant éviter certains écueils et permettre de mieux se comprendre mutuellement.
Quand je parle à l’autre
Je peux parler de toutes sortes de choses, discuter sur des sujets divers et variés, mais pour construire une relation, je dois aussi me dire à l’autre, parler de moi, exprimer mes ressentis, mes émotions, y compris dans une situation de conflit. Dans ce cas, je le ferai, autant que possible, après avoir pris du recul, réfléchi de la façon la plus objective possible à ce qui s’est réellement passé, à ce que j’ai éprouvé intérieurement, afin d’échanger dans le respect de moi-même et de l’autre.
Lorsque l’autre n’a pas répondu à mes attentes, plutôt que de lui faire un reproche (« Tu ne m’as pas attendu ! »), il est important que j’exprime mon ressenti (« J’aurais aimé que tu m’attendes. »). Dire JE, au lieu de TU, pour que l’autre entende comment j’ai vécu cette situation.
De même, plutôt que de porter un jugement sur la personne toute entière («Tu es un menteur ! »), j’exprimerai mon désaccord avec les actes, avec le comportement (« Je suis en colère que tu m’aies menti. ») Ainsi je dénonce un mensonge ponctuel ; la personne n’est pas « définitivement » menteuse ! Différencier la personne, et ses actes ; ceci est très important pour éviter de rompre le dialogue.
Enfin, nous omettons souvent de direcertaines choses parce qu’elles nous paraissent évidentes. Mais n’oublions pas qu’elles ne le sont peut-être pas pour notre interlocuteur, et qu’il aura toujours tendance à interpréter nos paroles en fonction de ce qu’il suppose. Par exemple, quand mon fils me récite une poésie, je peux lui dire qu’il parle trop rapidement et qu’il a inversé deux mots ; s’il manque de confiance en lui, il pensera que tout était négatif. Il faut donc que je pense à souligner aussi ce qui était positif (« Le texte était dit avec fluidité, et ses intonations étaient très justes » … etc.)
Quand j’écoute l’autre
Plaçons-nous quelques instants du côté de celui qui écoute ou qui entend les paroles de l’autre, et souvenons-nous qu’il y a toujours une part de vérité dans ce qu’il nous dit, même si cela ne nous plaît pas, même si cela blesse l’image que nous avons de nous-mêmes. En tous cas il exprime son ressenti, sa vérité, qui est souvent très différente de la mienne. Ces différences peuvent s’expliquer par des vécus différents, des expériences marquantes, des conditionnements, …
Une difficulté majeure dans la communication, est le fait que nous interprétons, nous faisons des suppositions, des déductions totalement subjectives, au lieu de nous en tenir aux paroles prononcées, et de demander des clarifications si nécessaire …
D’une manière générale, lorsque l’autre parle, laissons-lui le temps de dérouler sa pensée, et évitons de réagir avant d’avoir, en toute honnêteté, tenté de comprendre son point de vue. Alors seulement, nous pourrons exposer le nôtre, mettre les différences en perspective, etc.
Enfin, quand l’autre parle de lui, de ses joies ou de ses difficultés, écoutons-le vraiment. Savoir écouter, c’est recevoir, accueillir, sans chercher à donner des conseils ou émettre un avis, à moins que l’autre ne le souhaite. Cela demande une qualité d’attention soutenue, bienveillante, ouverte, qui ne juge pas, ne compare pas, ne culpabilise pas … Ecoutons avec notre cœur.
Maintenant reprenons le filtre proposé par Socrate pour tenter d’approcher ce que serait … une parole « juste » : vérité, bonté, utilité.
Vérité
Bien souvent, dans la vie quotidienne, on répète des choses que l’on a entendues, sans y avoir réellement réfléchi personnellement ; est-ce que ceci est vrai ? d’où vient cette information ? Est-ce que j’ai pu vérifier cela, dans mon expérience ? dans mon entourage ? à travers d’autres sources d’information ? On a vu à quelle vitesse la parole pouvait se propager, c’est pourquoi il est indispensable de réfléchir aux conséquences de ce que l’on colporte.
Dire la vérité, c’est aussi être sincère. Cela implique d’abord d’être honnête avec nous-mêmes – ce qui n’est pas facile ! –, de mettre de la cohérence entre notre conscience, nos paroles et nos comportements (ex : J’affirme qu’il faut être tolérant, mais le suis-je moi-même dans toutes les situations ?…). C’est être intègre, désintéressé (ex : J’ai fait un compliment à une amie ; était-ce pour exprimer un ressenti sincère, ou bien parce que, plus ou moins consciemment, je souhaite qu’elle m’aime davantage ?).
Enfin, la vérité c’est exprimer notre vérité, nos ressentis, nos besoins, mais aussi notre compréhension, notre vision des choses, même si l’on sait (ou si l’on croit savoir) que cela ne correspond pas à ce que l’autre attend de nous, même si celle-ci ne va pas dans le sens de l’opinion générale, même si nos idées risquent de déranger parce qu’elles remettent en cause des habitudes ou des croyances ancrées depuis longtemps … Nous prenons le risque d’être critiqué, de nous sentir isolé, rejeté d’un groupe. Pourtant si cette vérité est importante pour nous, l’exprimer est la seule façon de lui donner vie, de la voir un jour se concrétiser.
Mais attention, notre vérité n’est pas laVérité ! N’oublions pas de rester attentif à ce que l’autre tente de nous dire : il s’agit de sa vérité à lui … Or bien souvent, dans une conversation, nous sommes davantage soucieux d’avoir raison, plutôt qu’attaché à explorer les différentes facettes qui nous rapprocheront de la réalité…
Ces échanges, un peu confrontants, entraîneront peut-être des désaccords, mais la communication restera saine, sincère, et permettra peut-être de trouver progressivement un terrain d’entente. La vérité est une parole qui libère.
Bonté
Il y a des paroles qui unissent, et d’autres qui séparent. Des paroles qui ouvrent le cœur, et d’autres qui le referment.
Il y a celles qui blessent, qui dressent des murs entre les personnes, entre les groupes, entre les nations, … Et celles qui vont dans le sens du bien commun, de l’harmonie, de la générosité, de l’amour ; donc de la vie …
Certaines paroles peuvent être « neutres », elles donnent des informations objectives (ex : « Demain midi, je vais manger avec ma tante. »). Mais elles s’accompagnent de tout un langage non-verbal, très important lui aussi : l’intonation de la voix, les mimiques, les gestes, … Ce langage corporel véhicule des ressentis, des valeurs, une certaine vision du monde …
Des paroles aussi banales que « bonjour », peuvent exprimer des choses bien différentes en fonction de notre qualité de présence à la personne, et de l’intention que nous mettons dans ce simple mot.
Si nous souhaitons que notre message transmette de la bonté, l’intention qui l’habite doit être pure, sincère, authentique. Elle doit émaner de notre cœur.
Sur le plan personnel, mettre de la bonté dans nos paroles est une source de joie. La joie de donner.
De plus, cette attitude peut inspirer ceux que nous côtoyons …
Nous avons donc le pouvoir de choisir la qualité d’énergie que nous souhaitons diffuser…
Mais attention, il ne s’agit pas de contrôler chaque parole qui sort de notre bouche (ce qui n’est pas possible, de toutes façons !), ni de surveiller nos gestes, nos attitudes ! Simplement, essayons de bien comprendre que nos paroles ont du pouvoir, et clarifions les valeurs qui nous animent, celles que nous aimerions diffuser.
Bien sûr, nous n’allons pas changer le monde en quelques phrases. Toutes sortes d’énergies contradictoires se croisent, s’interpénètrent, se contrecarrent, à travers les multiples interactions sociales. Mais chacun a sa part de responsabilité.
Faisons notre part, veillons à ce que nos paroles véhiculent les valeurs que nous souhaitons voir émerger dans le monde.
Utilité
Quel que soit le contenu d’un échange verbal, il faut lui reconnaître un rôle précieux : il permet de se sentir « en relation » avec les autres ; et ceci est très important.
Cependant, par nos modes de vie actuels, nous sommes immergés sous une avalanche de sollicitations diverses – activités, images, … et paroles ! – qui étouffe nos perceptions subtiles, qui couvre le murmure du vivant en nous et autour de nous. Nous sommes dépendants au « bavardage ». Avons-nous vraiment besoin de parler pour nous sentir exister ? Souvent, de façon plus ou moins consciente, nous bavardons ou recherchons des personnes bavardes pour nous distraire, pour éviter de nous confronter à nos ressentis intérieurs, surtout lorsqu’ils sont difficiles. Ce brouhaha noie peut-être des choses essentielles … Et puis cette sorte de fond sonore ne nous laisse pas le temps nécessaire pour clarifier nos idées et les rendre constructives.
Alors, nos paroles sont-elles utiles ? Savons-nous parler avec modération ?
De nombreuses paroles déversées par nous-mêmes et par notre entourage n’ont pour fonction que de colporter des faits divers, des rumeurs, des commérages. Est-ce que ceci va dans le sens de la bonté ?… Quelquefois nous sommes peut-être en train de pleurer sur notre sort. De déverser de l’amertume. Ou d’extérioriser notre vision pessimiste, nos peurs vis-à-vis de la société, vis-à-vis du monde. N’oublions pas que nos paroles ne laissent pas notre interlocuteur indifférent, il va être affecté – plus ou moins -, et ce sont des énergies que nous diffusons dans la conscience collective, des énergies qui nourrissent la Vie, ou qui lui tournent le dos.
Les limites de la parole
Ce que vous dites n’est pas ce que l’autre entend. Car les mots n’ont pas exactement la même signification pour tout le monde !
Quand nous entendons un mot, c’est souvent l’inconscient qui traite l’information. L’inconscient est un immense réservoir, il établira un lien entre le mot reçu et les diverses expériences emmagasinées.
Chacun a ses propres représentations ; un même mot, prononcé face à dix personnes, évoquera dix réalités différentes. Exemple : « la nuit » sera, pour l’un, synonyme d’insécurité, pour un autre, un moment de repos fort agréable, pour un troisième cela évoquera une sensation de solitude, ou au contraire le souvenir de soirées mémorables entre copains ; quelqu’un y verra un monde de poésie mystérieuse, ou encore des calculs astronomiques complexes, et ainsi de suite.
Ainsi, la parole peut enfermer, déformer. Elle ne peut exprimer toute la profondeur d’un vécu intérieur, d’une émotion, d’un sentiment, d’une réflexion, d’une intuition, …
Alors … quand la bouche se tait, peu à peu le silence intérieur peut apparaître. Et dans ce silence, une rencontre avec l’autre est possible, différente, plus vaste, plus intime.
« La parole est d’argent, le silence est d’or. » Ce proverbe nous rappelle que dans de nombreuses circonstances, il est largement préférable de se taire, pour mieux écouter, pour mieux laisser l’autre s’exprimer. Savoir écouter, réellement, profondément, c’est reconnaître l’autre, lui laisser l’espace de se dire, c’est quelquefois lui permettre de clarifier ses pensées, ses ressentis, de découvrir avec étonnement, des idées qu’il ne s’était jamais formulées de façon claire.
Pour conclure…
Dans une relation interpersonnelle, l’expression « donner sa parole » montre combien il s’agit d’un acte précieux, qui permet de sceller une amitié, d’offrir un espace d’accueil inconditionnel.
De la même manière, quel que soit le contexte, la parole est toujours un acte qui engage.
Il n’existe évidemment pas de recette à appliquer pour « parler juste ». L’expression « tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler » peut nous y aider, à condition d’utiliser ce petit temps qui précède la parole pour retrouver notre espace de calme intérieur. C’est de ce lieu-là que naîtra la parole la plus juste, en laissant un peu moins de place au mental et à ses lourdes chaînes de conditionnement.
Si nous comprenons profondément le pouvoir des paroles, nous pourrons aussi nous interroger sur le pouvoir de la pensée : un nouveau chantier à ouvrir …
La pensée et la parole ont le pouvoir de créer le monde. La pensée et la parole sont à l’origine de tout ce que nous connaissons, sur le plan matériel, mais aussi toute l’organisation de la société, les courants de pensée – politiques, philosophiques, religieux … Aujourd’hui, par nos pensées et nos paroles, nous sommes en train de construire demain.
Alors, quelles paroles souhaitons-nous mettre au service de la famille humaine ?
A l’heure où l’information n’a jamais été aussi accessible, nous avons souvent la sensation d’être perdus, désorientés, désinformés…
Nous croulons sous une cascade d’informations contradictoires, d’annonces, puis de controverses permanentes. On sait que les fake-news se multiplient, mais également la diversité des compréhensions, des interprétations, énoncées par des personnes qui défendent leurs intérêts ou par d’autres plus honnêtes, chacune convaincue de détenir la vérité.
De plus, les nouvelles technologies de communication accentuent ce problème : que ce soit via internet ou à travers les ondes radio ou télé, les informations circulent à la vitesse de la lumière (au sens littéral du terme !), diffusées en temps réel, donc sans prise de recul. La mise à distance d’un événement est pourtant indispensable pour l’analyser et le mettre en perspective avec le contexte global, tout en tenant compte de ses circonstances particulières. Les réseaux sociaux permettent à chacun d’exprimer son opinion dans tous les domaines, y compris ceux dans lesquels on n’a aucune connaissance, et souvent de manière anonyme… Quant à l’intelligence artificielle, nul ne peut mesurer les conséquences qui découleront de cette technologie encore très récente.
Bref, difficile de savoir à quelle source faire confiance…
Cette confusion informationnelle peut générer en nous un malaise, un état de découragement,une sensation de vulnérabilité ou même d’anxiété. Mais aussi, d’une certaine manière, par un mécanisme protecteur, elle peut entraîner une banalisation, une diminution de notre sensibilité : on s’habitue… Toutes ces émotions nous embrument et nous rendent d’autant moins aptes à voir les choses avec clarté.
Évidemment, nous n’avons pas la possibilité d’agir sur l’univers médiatique. Mais la bonne nouvelle, c’est que chacun de nous peut choisir le type de relation qu’il souhaite entretenir avec l’information.
Avant tout, ne laissons pas les médias occuper trop de place dans notre vie.
Les tragédies et les dysfonctionnements sont nombreux dans ce monde ; il ne s’agit pas de se voiler la face, il est important de rester informé. Par contre, il n’est pas utile, il est même nuisible de laisser les informations négatives occuper toute la place dans notre esprit. N’oublions pas de regarder tout ce qui va bien, là, proche de nous, n’oublions pas de prendre soin des autres, de cultiver notre lien à la nature. Mais aussi, n’oublions pas de regarder tout ce qui est positif au niveau de la société actuelle. De belles idées sont en train d’émerger, essayons d’y être attentif.
Pour certains d’entre nous, il peut être nécessaire de se donner des règles pour limiter la sur-exposition aux médias.
En matière d’information, plus que jamais, il va nous falloir cultiver le discernement, cette capacité à voir large, à apprécier les choses dans leur globalité, à aborder chaque sujet sous différents angles. Et lorsqu’il s’agit de faire des choix, le discernement consiste à envisager les conséquences de chaque option, à en soupeser les avantages et les inconvénients, y compris sur le long terme.
Prendre un peu de hauteur, et développer notre intuition, éclairée par l’amour et la sagesse.
Choisir et diversifier nos sources d’information, adopter une attitude d’ouverture
Le monde est extrêmement complexe, et nous avons tellement tendance à le simplifier !!! Nous voulons comprendre, c’est tout à fait légitime. Nous voulons croire qu’à chaque problème correspond une ou des solutions. Mais ce n’est pas si simple que ça. Il n’existe pas « une vérité » unique, mais des points de vue multiples, chacun recelant un aspect de la vérité. Pour cerner un problème de la façon la plus pertinente possible, en toute sincérité, il nous faudrait l’examiner sous toutes ses facettes, écouter des points de vue divergents, de la part d’experts et de non-experts… Bref, ceci est très difficile et prend énormément de temps ; alors, sans chercher à atteindre cet objectif – de toutes façons inaccessible -, nous pouvons décider de diversifier un peu nos sources d’information, tout en essayant de sélectionner celles qui nous semblent les plus pertinentes.
Cela nous amènera à éviter les personnes qui affirment détenir les réponses, à éviter les polémiques souvent stériles, où chaque adversaire est surtout préoccupé par l’envie de démonter les arguments de l’autre. Privilégions les sources qui proposent une analyse, et non pas seulement une version émotionnelle des faits (“c’est scandaleux, inadmissible,…“), assortie d’un point de vue catégorique, le tout martelé en boucle (ex : dans le cas d’un attentat, “cet acte odieux”, “ce drame abject”, etc.). Analyser un problème, c’est essayer d’en rechercher la source, de remonter aux causes premières, de resituer l’événement dans son contexte.
Enfin, encore une fois, ne laissons pas les informations diffusées par les médias envahir notre espace intérieur… Certes ils nous fournissent des données, mais ensuite c’est à nous d’exercer notre capacité de jugement. Et pour cela, il est essentiel d’avoirquelques clefs de compréhension sur notre propre fonctionnement psychique.
Prendre conscience de nos filtres personnels, exercer notre capacité de jugement
Chacun de nous a ses opinions, ses propres idées. Mais quelle est notre réelle marge de liberté, dans notre façon personnelle de voir les choses ?
Nous sommes en grande partie manipulés par nos émotions. Nos inquiétudes, nos attentes, notre sentiment d’injustice, nos expérience diverses troublent notre réflexion. Méfions-nous également de nos propres préjugés, de nosidées reçues, de nos avis bien arrêtés,… soyons plus modéré dans nos opinions.
Au lieu de laisser libre cours aux émotions que peut générer en moi une information (indignation, colère, etc.), suis-je capable de prendre un peu de recul et de m’interroger le plus paisiblement possible sur les causes d’un événement, ou sur les impacts de telle ou telle décision (même si je n’en ai qu’une vision partielle, bien sûr…) ?
Et même lorsque nous croyons nous appuyer sur des arguments rationnels, ce n’est pas toujours le cas. Notre jugement est bien souvent faussépar ce qu’on appelle des « biais cognitifs ». Les biais cognitifs sont des mécanismes de la pensée qui influencent inconsciemment nos choix, comme des filtres qui vont altérer notre capacité de raisonnement. Ils ont fait l’objet de nombreuses études en psychologie. Dans différents domaines, comme les sciences sociales, le marketing, les campagnes électorales, etc., la connaissance des biais cognitifs permet de comprendre et prévoir les comportements des individus, des citoyens ou des consommateurs.
Parmi les nombreux biais cognitifs identifiés, en voici quelques-uns :
Le biais de confirmation est la tendance, très commune, à déclarer vraies les idées qui me plaisent, tendance à ne rechercher que les informations qui confirment mes croyances, et à ignorer ou discréditer celles qui les contredisent. Quand je trouve une idée intéressante, la plupart du temps c’est parce qu’elle conforte ma propre façon de penser. Les réseaux sociaux accentuent amplement ce phénomène : nous y recherchons les personnes ou les groupes en affinité avec nous, et en retour, les algorithmes se chargent de sélectionner pour nous ce que nous souhaitons lire et entendre…
Le biais de répétition fait qu’uneinformation nous paraîtra plus crédible si elle nous parvient de manière répétée.
Le biais de négativité est la tendance à donner plus de poids aux expériences négatives qu’aux expériences positives, et à s’en souvenir davantage. Nous avons souvent une attirance pour les faits divers (meurtre, etc.). La presse « people » en tire grand profit !
Le biais de disponibilité en mémoire est la tendance à considérer comme fréquent, un événement survenu récemment. (ex : J‘ai récemment entendu parler de 2 accidents de trottinette électrique, j’en déduis que l’usage de la trottinette est très dangereux)
Le biais de conformisme est la tendance à penser et agir comme les autres le font (A noter que chez certaines personnes la tendance sera au contraire de se positionner en opposition à la majorité : le biais d’anti-conformisme).
Mais il existe encore beaucoup d’autres biais, dont certains très subtils…
Dans la période particulière que nous vivons (pandémie, confinement,..), de nombreuses thèses complotistes se font jour. Peut-être certaines sont-elles bâties sur un fond de vérité, ou sur des questionnements légitimes. Mais elles énoncent aussi de nombreuses informations erronées, qui font écho à nos insatisfactions, à nos frustrations. Nous sentons que nous ne pouvons plus faire confiance à nos gouvernants ; du coup nous sommes tentés de faire confiance à une poignée de personnes qui affirment des choses mais n’ont pas plus de crédibilité que les autres… En fait, nous sommes à la recherche d’explications simples, face à cette crise ; nous avons besoin de trouver un ou des responsable(s) vers qui tourner notre contrariété, décharger notre colère, puisque ce n’est pas possible de le faire contre le virus.
Lorsque dans notre vie survient un événement indésirable, nous avons beaucoup de difficultés à l’accepter. Il nous est insupportable de sentir que nous n’avons pas le contrôle de notre vie. Alors nous accusons notre chef, nos parents, notre voisin, la société, l’Etat, « les autres » d’une manière générale… Il nous faut à tout prix un bouc émissaire. Et quand on l’a trouvé, on commence à se raconter une histoire. Et on est à l’affût de toute information qui viendra confirmer l’histoire qu’on se raconte… A l’affût également de toute personne qui se raconte la même histoire que nous, parce que ça nous rassure, parce que ça nous conforte dans nos convictions.
D’une manière générale, il ne faut jamais oublier que dans toute communication, en fonction de son vécu, chacun comprend et interprète à sa manière les paroles qu’il entend, et que cela ne correspond pas toujours à l’idée réellement communiquée. (ex : J’entends un pédiatre expliquer que, malgré de nombreux effets nocifs, les écrans permettent aux enfants de développer leur créativité ; j’en déduis que je devrais laisser mon fils passer davantage de temps devant ses écrans pour qu’il devienne plus créatif…).
Par ailleurs, afin de clarifier notre vision des choses, interrogeons-nous sur ce qui nous paraît essentiel pour le bien du plus grand nombre. Qu’est-ce qui me semble prioritaire ? la santé ? l’emploi ? la sécurité ? la justice sociale ? la solidarité ? ma liberté individuelle ? ou les choix qui vont dans l’intérêt de tous ?… Nous ne pourrons sans doute pas toujours répondre à ces questions, mais peu importe, le principal consiste à nous interroger. Et ainsi, chaque fois que l’on essaye de porter une appréciation sur un sujet, toujours, toujours… revenons à ce questionnement « Qu’est-ce qui me paraît essentiel ? ».
Ecouter notre silence intérieur
Enfin, le discernement n’est pas seulement le résultat d’une réflexion intellectuelle. Il découle de notre clarté mentale, et cette clarté mentale se cultive par la méditation, par l’écoute de notre silence intérieur. Voir plus clair en soi, afin de voir plus clair à l’extérieur.
Sous l’influence de nos émotions, notre discernement est brouillé. On n’a pas le recul pour envisager une situation dans son ensemble. L’assise silencieuse va permettre de dégager un espace intérieur autour de l’anxiété, la colère, l’avidité, etc. Elle va aussi mettre en lumière nos propres biais cognitifs ; et lorsque nous en aurons pris conscience, ceux-ci commenceront peu à peu à perdre de leur emprise.
Ces moments de pause nous aident, à la fois, à prendre de la hauteur, et à nous rendre présent à ce qui nous entoure.
Prendre de la hauteur pour relativiser les informations, les hiérarchiser ; certains événements qui font aujourd’hui la une des médias, nous paraîtront sans doute insignifiants au regard de leur impact sur la société.
Nous rendre présent à ce qui nous entoure, afin de voir la beauté qui est là, toute proche, mais qu’on ne sait plus apprécier : la structure d’un flocon de neige, ou un partage entre humains, de cœur à cœur …
Nous relier à la profondeur de notre être, cet espace de notre conscience aussi vaste que l’univers…
Retrouver cet espace de calme, même quand des émotions viennent nous malmener, comme le fond de l’océan reste paisible quelle que soit l’agitation qui règne à la surface…
Peut-être que nous expérimenterons par moments cet état de paix et de clarté, alors qu’à d’autres moments nous serons plutôt dans une attitude de résignation ou de révolte ; essayons de repérer en nous ces différents états de conscience. Avec le temps, cette attitude de « retrait intérieur » deviendra progressivement plus fréquente et plus stable.
Pour terminer…
Nous pouvons remarquer que, même en sélectionnant et en diversifiant nos sources d’information, en essayant d’aiguiser notre faculté de raisonnement, et en faisant une place à l’écoute intérieure, il nous est souvent impossible de nous faire une opinion…
Mais au fait, a-t-on vraiment besoin d’avoir des avis sur tous les sujets ?
Prendre position nous permet de dire “je” ; cela renforce notre ego, notre sentiment d’exister en tant qu’individu, c’est pourquoi nous sommes tellement attachés à nos opinions, à nos idées, à nos croyances…
Pourtant, « savoir qu’on ne sait pas » nous permet d’entretenir un état d’esprit ouvert, capable d’entendre des points de vue extrêmement diversifiés, sans préjugés ; c’est donc la façon la plus juste d’approcher la réalité.
« N’essayez pas de chercher la Vérité,
Cessez simplement de vous attacher à vos opinions. »
Sengtsan (maître du Bouddhisme Zen), in Hsin Sin Ming
Laissons notre relation au monde évoluer, s’élargir en permanence. Regardons loin… !
Et surtout ne perdons jamais de vue notre aspiration la plus profonde. Regardons en direction de ce qui nous paraît souhaitable pour la vie humaine et pour le vivant d’une façon plus globale. L’énergie suit la pensée, donc, dans la mesure du possible, alimentons les pensées auxquelles nous souhaitons donner de l’énergie… Et pour cela, il est crucial de choisir avec soin les « nourritures » que nous offrons à nos cinq sens : écouter, regarder, sentir ce qui, dans notre vie, peut nous inspirer, élever notre vibration.
De même, s’engager dans des actions modestes mais constructives, à notre petit niveau, est une excellente façon de reprendre un peu de pouvoir sur notre vie, et de découvrir la joie de semer des graines de beauté pour le monde de demain.
De cette manière nous aurons une vision plus claire des événements, et de la place que nous devons occuper dans l’évolution de la conscience collective.
Ce texte est une compilation d’extraits du livre« Le pouvoir du moment présent », écrit par Eckhart Tolle
Le choix des extraits reprend les idées principales de l’ouvrage, même s’il reste subjectif et ne respecte pas forcément une place proportionnelle à chaque aspect de ce sujet.
Penser est devenu une maladie, et celle-ci survient quand les choses sont déséquilibrées. Par exemple, il n’y a rien de mal à ce que les cellules du corps se divisent pour se multiplier. Mais lorsque ce phénomène s’effectue sans aucun égard pour l’organisme dans sa totalité, les cellules prolifèrent et la maladie s’installe.
Le mental est un magnifique outil si l’on s’en sert à bon escient. Dans le cas contraire, il devient très destructeur. Plus précisément, ce n’est pas tant que vous utilisez mal votre « mental » ; c’est plutôt qu’en général vous ne vous en servez pas du tout, car c’est lui qui se sert de vous. Et c’est cela la maladie, puisque vous croyez être votre mental. C’est cela l’illusion. L’outil a pris possession de vous.
[…] Lorsque quelqu’un va chez le médecin et lui dit qu’il entend des voix, celui-ci l’enverra fort probablement consulter un psychiatre. Le fait est que, de façon très similaire, presque tout le monde entend en permanence une ou plusieurs voix dans sa tête, et qu’il s’agit du phénomène involontaire de la pensée […] Ce ne sont que monologues ou dialogues continuels.
Il vous est certainement déjà arrivé de croiser dans la rue des [personnes] qui parlent sans arrêt tout haut ou tout bas. En réalité, ce n’est pas très différent de ce que vous, et [la plupart des gens] faites, sauf que vous le faites en silence. La voix passe des commentaires, fait des spéculations, émet des jugements, compare, se plaint, aime, n’aime pas, et ainsi de suite. Ce que cette voix énonce ne correspond pas forcément à la situation dans laquelle vous vous trouvez en ce moment. Elle ravive peut-être un passé proche ou lointain, ou bien alors imagine et rejoue d’éventuelles situations futures. Dans ces moments-là, la voix imagine souvent que les choses tournent mal et envisage des résultats négatifs. C’est ce que l’on appelle l’inquiétude. Cette bande sonore s’accompagne parfois d’images visuelles ou de « films mentaux ». Et même si ce que dit la voix correspond à la situation du moment, elle l’interprètera en fonction du passé. Pourquoi ? Parce que cette voix appartient au conditionnement mental, qui est le fruit de toute votre histoire personnelle et celui de l’état d’esprit collectif et culturel dont vous avez hérité. Ainsi, vous voyez et jugez dorénavant le présent avec les yeux du passé, et vous avez une vision totalement déformée. Il est fréquent que, chez une personne, cette voix intérieure soit son pire ennemi. Nombreux sont les gens qui vivent avec un bourreau dans leur tête, qui les attaque et les punit sans cesse, leur siphonnant ainsi leur énergie vitale. Ce tyran est à l’origine des innombrables tourments et malheurs, ainsi que de toute maladie.
Mais la bonne nouvelle dans tout cela, c’est que vous pouvez effectivement vous libérer du mental. Et c’est là, la seule et véritable libération. Vous pouvez même commencer dès maintenant. Ecoutez aussi souvent que possible cette voix. Prêtez particulièrement attention aux schémas de pensée répétitifs, à ces vieux disques qui jouent et rejouent les mêmes chansons peut-être depuis des années. C’est ce que je veux dire quand je vous suggère « d’observer le penseur ». C’est une autre façon de vous dire : « Ecoutez cette voix dans votre tête, soyez la présence qui joue le rôle de témoin ». Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c’est-à-dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voix est revenue par la porte de service. Vous prendrez bientôt conscience qu’il y a la voix, et qu’il y a quelqu’un qui l’écoute et qui l’observe. Cette prise de conscience que quelqu’un surveille, ce sens de votre propre présence, n’est pas une pensée. Cette réalisation trouve son origine au-delà du « mental ».
[…] Ainsi, le seul pas crucial à faire dans le périple qui conduit à l’éveil est d’apprendre à se dissocier du mental. Chaque fois que vous créez une discontinuité dans le courant des pensées, la lumière de la conscience s’intensifie. Il se peut même que vous vous surpreniez un jour à sourire en entendant la voix qui parle dans votre tête, comme vous souririez devant les pitreries d’un enfant. Ceci veut dire que vous ne prenez plus autant au sérieux le contenu de votre mental, et que le sens que vous avez de votre moi n’en dépend pas.
[…] Votre mental est un outil, un instrument qui est là pour servir à l’accomplissement d’une tâche précise (qu’il s’agisse d’une tâche concrète ou d’une réflexion sur un sujet abstrait). Une fois cette tâche effectuée, vous déposez votre outil. Je dirais ceci : telles que sont les choses, environ 80 à 90% de la pensée chez l’humain est, non seulement répétitif et inutile, mais aussi en grande partie nuisible, en raison de sa nature souvent négative et dysfonctionnelle. Il vous suffit d’observer votre mental pour constater à quel point cela est vrai. La pensée involontaire et compulsive occasionne une sérieuse perte d’énergie vitale. Elle est en fait une accoutumance. Et qu’est-ce qui caractérise une habitude ? Tout simplement le fait que vous sentiez ne plus avoir la liberté d’arrêter. Elle semble plus forte que vous.
[…] Pourquoi serions-nous des drogués de la pensée ? Parce que vous êtes identifié à elle. […] Parce que vous croyez que si vous vous arrêtez de penser, vous cesserez d’être.
Le secret de la libération réside dans l’instant présent.
Brisez la vieille habitude qui vous fait nier le moment présent, et y résister. […] Observez la tendance habituelle de votre mental à vouloir fuir le moment présent.
[…] Le passé retient-il une grande partie de votre attention ? Vous arrive-t-il souvent d’en parler et d’y penser, en bien ou en mal ? Vos mécanismes mentaux sont-ils en train d’engendrer de la culpabilité, de l’orgueil, du ressentiment, de la colère, du regret ou de l’apitoiement sur vous-même ? […] Dans le passé, certaines choses ne se sont pas déroulées comme vous le vouliez. Vous résistez encore à ce qui s’est produit alors, et à ce qui est maintenant. Laissez mourir le passé à chaque instant. Vous n’en avez pas besoin. N’y faites référence que lorsque c’est absolument de mise pour le présent.
Quant à l’avenir, le mental l’imagine en général comme étant meilleur ou pire que le présent. Dans le premier cas, il vous donne de l’espoir et du plaisir par anticipation. Dans le deuxième cas, il crée de l’anxiété. Chaque fois, il s’agit pourtant d’une illusion. […]
[…] Etes-vous inquiet ? Avez-vous souvent des pensées anticipatoires ? Dans ce cas, vous vous identifiez à votre mental, qui se projette dans une situation future imaginaire, et crée la peur. Il n’y a aucun moyen de faire face à cette situation, car celle-ci n’existe pas.
Etes-vous quelqu’un qui « attend » ? Attendre c’est : anticiper l’arrivée de quelqu’un, espérer les prochaines vacances, un meilleur emploi, le succès, l’argent, l’illumination… Il n’est pas rare que des personnes passent leur vie à attendre pour commencer à vivre. Attendre est un état d’esprit. Vous voulez l’avenir mais non le présent. Vous ne voulez pas ce que vous avez, et désirez ce que vous n’avez pas. « Un jour, j’y arriverai ». Votre but monopolise-t-il une si grande part de votre attention que vous réduisez l’instant présent à un moyen vous permettant d’atteindre ce but ? […] Ne vous préoccupez pas des résultats de vos actions, accordez simplement votre attention à l’action elle-même. […] Il n’y a rien de mal à aspirer à certains buts et à vous efforcer de les atteindre. L’erreur, c’est de substituer cette aspiration au sentiment de vivre, à l’Etre.
Dès l’instant où votre attention se tourne vers le présent, vous sentez une présence, un calme, une paix en vous. Vous ne dépendez plus de l’avenir pour vous sentir satisfait ou comblé. Sur le plan profond de l’Etre, vous êtes complet et entier maintenant.
Votre vie, c’est l’instant présent.
[…] Ramenez votre vie au moment présent. Vos conditions de vie sont peut-être très problématiques, ce qui est le cas pour la plupart des gens, mais essayez de voir si vous avez un problème en ce moment même. Pas demain ni dans dix minutes, mais maintenant. Avez-vous un problème maintenant ?
[…] Utilisez pleinement vos sens. Soyez véritablement là où vous êtes. Regardez autour de vous. Simplement, sans interpréter. Voyez la lumière, les formes, les couleurs, les textures. Soyez conscient de la présence silencieuse de chaque objet, de l’espace qui permet à chaque chose d’être. Ecoutez les bruits sans les juger. Entendez le silence qui les anime. Touchez quelque chose, n’importe quoi, et sentez et reconnaissez son essence. Observez le rythme de votre respiration. Sentez l’air qui entre et qui sort de vos poumons, sentez l’énergie de vie qui circule dans votre corps. Laissez chaque chose être, au-dedans comme au-dehors. Reconnaissez en chaque chose son « être-là ». Plongez totalement dans le présent.
Soyez présent en tant qu’observateur de votre mental, c’est-à-dire de vos pensées, de vos émotions et de vos réactions dans diverses situations. Accordez au moins autant d’attention à vos réactions qu’à la situation ou à la personne qui vous fait réagir. Remarquez aussi la répétitivité avec laquelle votre attention se fixe sur le passé ou l’avenir. Ne jugez pas et n’analysez pas ce que vous observez. Regardez la pensée, sentez l’émotion, surveillez la réaction. N’en faites pas une problématique. Vous sentirez alors, au-delà du contenu du mental, quelque chose de plus puissant que n’importe lequel de vos sujets d’observation : la présence calme qui observe, le témoin silencieux.
En vous observant vous-même, vous pouvez automatiquement devenir plus présent dans votre vie. Dès l’instant où vous prenez conscience que vous n’êtes plus présent, vous l’êtes ! Chaque fois que vous pouvez observer votre mental, vous n’êtes plus pris à son piège. Un autre facteur est entré en jeu, quelque chose qui n’appartient pas au mental : la présence en tant que témoin.
[…] Dites toujours « oui » au moment présent. Qu’y aurait-il de plus futile, de plus insensé, que de résister intérieurement à ce qui est déjà ? Qu’y a-t-il de plus fou que de s’opposer à la vie même, qui est maintenant, toujours maintenant ? Abandonnez-vous à ce qui est. Dites « oui » à la vie, et vous la verrez soudainement se dérouler avec vous, plutôt que contre vous.
L’instant présent est comme il est. Observez de quelle façon le mental l’étiquette, et à quel point ce processus d’étiquetage, cette continuelle attitude de jugement, crée chagrin et tourment. En regardant attentivement les rouages du mental, vous sortez de ces schèmes de résistance, et vous pouvez ensuite laisser le moment présent être. Cela vous fera goûter l’état de liberté intérieure face aux conditions extérieures, l’état de véritable paix intérieure. Puis, voyez ce qui arrive, et passez à l’action si c’est nécessaire – et possible. Acceptez, puis agissez. Quoi que vous réserve le présent, acceptez-le comme si vous l’aviez choisi. Allez toujours dans le même sens que lui, et non à contresens. Faites-vous-en un ami et un allié, et non un ennemi. Cela transformera miraculeusement toute votre vie.
[…] Le présent est ce qu’il y a de plus précieux. Pourquoi ? Parce qu’il est l’unique chose qui soit. Parce ce que c’est tout ce qui existe. […] La vie c’est maintenant. Il n’y a jamais eu un moment où votre vie ne se déroulait pas « maintenant », et il n’y en aura d’ailleurs jamais.
En voyage, il est sûrement utile de savoir où l’on va, ou de connaître la direction que l’on emprunte. Mais n’oubliez pas que la seule chose qui soit réelle, dans votre périple, c’est le pas que vous faites en ce moment. […] Dans le monde extérieur votre périple est peut-être fait d’un million de pas. Dans le monde intérieur, il n’en comprend qu’un : celui que vous faites maintenant.
[…] Ne cherchez pas à trouver un quelconque autre état que celui dans lequel vous êtes dans l’instant présent. Pardonnez-vous de ne pas être en paix. Dès l’instant où vous acceptez totalement l’absence de paix, celle-ci se métamorphose en paix. Le lâcher-prise est la simple mais profonde sagesse qui nous porte à laisser couler le courant de la vie, plutôt que d’y résister. Et le seul moment où vous pouvez sentir ce courant, c’est dans l’instant présent.
Nous vivons dans un monde de contrastes et d’oppositions.
Si l’on observe notre fonctionnement émotionnel et mental, on s’aperçoit que, spontanément, nous interprétons le monde qui nous entoure de manière dualiste : agréable/désagréable, rassurant/hostile, beau/laid, etc.
La nature, elle-même, se manifeste sous cette apparente dualité : le jour/la nuit, le ciel/la terre, l’homme/la femme, etc.
C’est pourquoi, l’être humain, de son côté, a construit ses concepts et son langage selon ce modèle bi-polaire : le corps/l’esprit, en haut/en bas, gentil/méchant, et ainsi de suite. Il faut reconnaître que c’était le moyen le plus simple pour décrire le monde qui l’entourait.
Cependant la réalité est beaucoup plus complexe.
En Orient par exemple, la description des phénomènes s’est faite de façon beaucoup plus nuancée. La pensée taoïste l’a exprimée de façon particulièrement subtile.
Selon cette vision, à l’origine de toutes choses se trouve le Qi, le souffle originel, le principe fondamental de l’univers. Ce souffle unique se décline en 2 principes, apparemment opposés, et complémentaires : yin et yang.
Le yang est l’ensemble des énergies du ciel, subtiles, légères, énergies invisibles ou presque invisibles, qui animent la matière ;
Le yin représente l’ensemble des énergies de la terre, plus denses, plus lourdes, manifestées à travers ce que l’on appelle la matière, les formes.
Au niveau étymologique , le caractère Yang signifie « Lumière ». Mais le Yang peut représenter des concepts aussi divers que : l’extériorité, la créativité, la fermeté, la positivité, la masculinité, le soleil, le jour, etc. On lui attribue les qualités de chaleur, d’activité.
Le caractère Yin signifie « Ombre », mais il peut aussi exprimer l’intériorité, la réceptivité, la gentillesse, la négativité, la nuit, la lune, la féminité, la passivité, les ténèbres, le froid, l’inertie, etc.
Bien qu’il s’agisse de deux forces distinctes, on ne peut pas les séparer. Il faut plutôt considérer que l’une est le complément de l’autre. Si l’une n’existait pas, l’autre n’existerait pas non plus : toute chose, toute manifestation est constituée d’une face avant et d’un envers, sans aucun jugement de valeur ; on pourrait aussi regarder les choses sous leur angle « apparent » et sous leur aspect « intérieur ».
Observons le symbole du Yin-Yang : comme dans de nombreuses traditions, le cercle représente le Tout, l’unité du monde.
Ce symbole exprime 2 aspects essentiels de la réalité, largement occultés en Occident :
1. Chaque phénomène est en mouvement, en transformation continue. C’est ce qu’exprime la ligne ondulée qui sépare la zone noire et la zone blanche. Les deux phases sont complémentaires, indissociables, et elles s’interpénètrent.
Qui peut dire à quel moment précis s’est terminée la nuit pour faire place au jour qui se lève ? Les deux qualités s’engendrent l’une l’autre. Le jour contient le germe de la nuit, et réciproquement.
De la même manière, alors que le froid de l’hiver nous enveloppe encore, dès janvier apparaissent les premiers bourgeons sur les branches, insignifiants, fragiles, mais premiers signes du printemps qui s’annonce… Transformation dans la continuité…
Précisons au passage, qu’il ne s’agit pourtant pas d’un éternel retour. Les phénomènes reviennent de façon cyclique, mais jamais de façon totalement identique. Chaque printemps voit les bourgeons revenir sur les arbres, mais ce ne sont pas les mêmes que l’année précédente ; les branches se sont allongées et les bourgeons ne sont pas disposés aux mêmes endroits…
2. Rien n’est totalement Yin ni totalement Yang. Au sein d’un phénomène, qu’il soit de tendance Yin ou Yang, se manifeste une infinité de nuances. Sur le symbole, chacune des zones contient un petit cercle de couleur opposée : au sein de Yin se trouve toujours un peu de Yang, et réciproquement. Les orientaux emploient les qualificatifs Yin de Yin, ou Yang de Yin, ou encore, Yin de Yang, etc.
Exemple : Une femme (par définition de nature Yin) pourra avoir une anatomie plutôt Yang (avec des caractères féminins peu marqués extérieurement : Yang de Yin), une grande sensibilité (tendance Yin de Yin), et un mental très actif, très cartésien (tendance Yang de Yin), etc.
Cette compréhension induit que matière et énergie ne sont pas opposées. Elles sont 2 aspects d’un même « souffle », plus ou moins dense, plus ou moins subtil. Chaque manifestation résulte de l’interaction de ces deux réalités, dans des proportions différentes. La science actuelle, à travers la mécanique quantique, a mis en lumière cette double nature de tous les phénomènes : à la fois onde et particule… Ou plutôt, ni vraiment onde, ni vraiment particule !
De même, le corps et l’esprit sont indissociables. Les neurosciences ont récemment attesté des modifications chimiques qui se produisent dans le corps de façon instantanée, lorsqu’on est confronté à une forte émotion. Le corps et l’esprit forment un tout, pour lequel il convient de rechercher l’osmose, l’équilibre le plus juste, afin d’occuper notre place d’être humain, debout entre ciel et terre. Notre mission consiste à faire le lien, à réaliser une synthèse, à manifester sur cette terre, la lumière de l’énergie céleste.
Alors, comment décliner cette compréhension dans la vie quotidienne ?
Remarquons tout d’abord, que des concepts tels que : grand/petit, rarement/souvent, tôt/tard, etc., sont totalement relatifs. Ils n’ont de sens que par rapport à une norme, ou par comparaison.
Quelques exemples : La croissance du corps physique, chez l’être humain, est lente par rapport à celle d’un poussin, mais rapide par rapport à celle d’un chêne.
De nombreuses substances sont toxiques pour l’organisme, mais deviennent thérapeutiques à dose infinitésimale.
Chaque fois que l’on énonce de tels concepts, il est important de les situer dans leur contexte.
Nous approfondirons ici quelques types d’oppositions (parmi beaucoup d’autres !), qui imposent bien souvent leur tyrannie dans notre vie quotidienne, bien que nous n’en ayons généralement pas conscience.
1. le bien/le mal – bon / mauvais – avoir tort/avoir raison – etc.
Cette opposition illustre tout à fait l’aspect relatif que l’on a décrit ci-dessus, mais elle mérite d’être particulièrement mise en évidence parce que nous sommes totalement imprégnés de cette vision manichéenne : « C’est bien ! C’est mal ! ». « C’est pas bien, de mentir ! » ; pourtant nous savons tous que dans certaines circonstances, il ne serait ni utile ni bénéfique de dire la vérité…
Bien sûr, toutes les actions qui portent atteinte au vivant sont à condamner. Mais de nombreuses opinions, de nombreux actes ou choix de vie, sont qualifiés de « mauvais », simplement parce qu’ils nous surprennent, parce qu’ils ne correspondent pas à ce que nous aurions fait ou à ce qui nous a été inculqué.
Les notions de bien et de mal sont véritablement fonction de la conscience que l’on a des choses. Par exemple certaines personnes sont très sensibles à la nécessité d’économiser l’énergie, et d’autres beaucoup moins, simplement parce qu’elles n’ont pas eu les mêmes informations, ou parce que, pour l’instant, leurs préoccupations personnelles ne leur permettent pas d’être disponibles à cette compréhension. Nous n’avons donc pas à porter un jugement positif ou négatif sur l’attitude des uns ou des autres.
Quel que soit le domaine, nous n’avons pas à juger les autres de notre point de vue extérieur, car nous ne connaissons jamais réellement les circonstances ni les facteurs personnels qui les ont poussés à agir de la sorte…
D’une manière générale, nous pouvons développer notre discernement, cette capacité à adopter la vision la plus large possible. Nous questionner : « Quels sont les facteurs qui ont pu intervenir pour aboutir à telle ou telle réaction, ou à tel ou tel phénomène ? ». Cette attitude permet de relativiser, d’avoir une vision plus juste. Dans une discussion, nous comprendrons mieux les différents points de vue. Nous serons plus nuancés dans nos propos, dans nos jugements : « Je suis d’accord avec toi sur ce point, mais sur cet autre aspect je pense plutôt que… etc.». Et les relations deviendront plus paisibles, plus constructives.
2. j’aime/j’aime pas – agréable/désagréable – ami/ennemi – etc.
Notre vie émotionnelle est entièrement régie par cette loi « d’attraction/répulsion ». Nous consacrons une très grande partie de notre énergie à rechercher ce qui nous semble agréable, et à fuir ce qui nous paraît désagréable. C’est tout à fait humain !
Soulignons au passage, que nous désirons quelquefois des choses bien contradictoires : avoir toujours du soleil, et en même temps un joli jardin verdoyant… avoir une entière liberté, mais surtout, ne pas nous retrouver seul… être aimé totalement, tel que l’on est, mais ne pas supporter les « défauts » de notre conjoint… Commençons par accepter nos contradictions. C’est la meilleure façon de les voir, un jour, se réconcilier.
Attraction, répulsion… Si on prend un peu de recul sur certaines de nos expériences, on s’apercevra que nos attirances spontanées n’ont pas toujours eu des conséquences « agréables », à moyen ou à long terme (par exemple : l’excès de gourmandise… qui peut nous rendre malade !).
Rien n’est totalement positif ou négatif pour nous, aucune situation n’est réellement parfaite, ni totalement désespérée. Et de toute façon, rien n’est permanent ! C’est ainsi que l’on voit quelquefois des amis devenir des ennemis, et réciproquement… Alors, apprenons à repérer les émotions qui surgissent pour éviter qu’elles nous manipulent, et pouvoir faire des choix en conscience.
Et quand nous sommes face à des évènements que nous n’avons pas choisi, sur lesquels nous n’avons aucune prise, laissons émerger notre étonnement, notre émerveillement devant l’imprévisibilité de la vie… Il y aura toujours certaines choses qui nous paraîtront agréables, d’autres désagréables, mais nous pouvons ouvrir notre cœur pour contenir ensemble ces deux réactions jumelles « j’aime/j’aime pas ». Leur intensité s’atténuera d’elle-même. Et contrairement à ce que certains croient, notre vie ne deviendra pas fade, au contraire elle s’enrichira et s’imprègnera d’une douceur pleine de joie. La vie, en elle-même, est un cadeau… Embrassons la vie dans ses multiples manifestations !
3. tension/relâchement – effort/repos – etc.
L’harmonie dans notre vie quotidienne repose sur un bon équilibre entre effort et détente, tension et relâchement. La plupart du temps, notre rapport au travail, et à l’activité en général, n’est pas adapté au rythme de notre biologie interne : au mieux, on alterne des phases de travail intensif, avec des phases de repos, que l’on gère plus ou moins bien parce qu’on a pris l’habitude d’être totalement identifié à notre rôle professionnel… Au pire, on ne s’autorise aucune trêve… De même sur les plans émotionnel et mental, il n’est pas facile de trouver le juste équilibre entre la volonté et le « laisser-aller » : « Est-ce que je cède à mes désirs, même si je les sais nuisibles pour ma santé, ou bien si j’y renonce totalement et définitivement ?… au risque de développer un sentiment de frustration qui sera tout aussi nuisible pour moi ?… ». Nous sommes bien souvent dans un excès ou un autre.
« Lavoie du milieu » est une expression qui se réfère à la pensée bouddhiste. Elle présente une voie spirituelle qui mène à l’éveil et à la libération de la souffrance. Cette voie consiste à éviter les deux extrêmes que sont : d’un côté l’attachement aux plaisirs sensoriels, de l’autre, la pratique de l’austérité ou de l’ascétisme.
D’après une légende, Bouddha aurait illustré le principe de la Voie du Milieu en prenant l’exemple d’un musicien qui explique à son élève comment accorder son instrument pour obtenir une harmonie parfaite : « Une corde trop tendue casse, une corde pas assez tendue ne sonne pas. »
4. tristesse/joie – espoir/découragement – optimisme/pessimisme – etc.
Nous traversons tous des phases de contraction, de fermeture, crainte, méfiance, étroitesse, confusion,…
Alors que par moments on éprouve sans doute des sensations d’expansion, d’ouverture, de confiance, de clarté, de sérénité, de joie,…
Il est possible d’atténuer l’intensité de ces humeurs cycliques, lorsqu’on en comprend les causes essentielles :
la relation que nous entretenons avec nous-mêmes,
et la relation que nous entretenons avec les autres, et avec le monde d’une façon générale.
Ces deux aspects sont étroitement liés, totalement imbriqués l’un dans l’autre.
A la racine des difficultés : une compréhension erronée, dualiste.
L’appréciation que nous avons de nous-mêmes (tout comme celle que nous avons des autres, d’ailleurs !), est bien souvent de nature extrême. Elle oscille entre : « je n’y arrive pas, je suis nul », et « je sais que c’est moi qui ait raison », ou, plus subtil, « je ne juge pas mon voisin, mais… je pense quand-même que moi, je suis sur la bonne voie », etc. Soit je me dénigre, soit… je dénigre les autres ! ce qui est une façon de se penser meilleur qu’eux…
D’un moment à l’autre, en fonction des circonstances, je passe d’une piètre estime de moi, à une haute estime de moi-même, d’un sentiment d’infériorité, à celui de supériorité. Ces ballottements sont souvent très accentués par le fait que je me compare aux autres. Mais ils se produisent aussi quand je suis seul avec mes questionnements intérieurs. Je regarde mes faiblesses, mes limites, ou mes réussites, avec le regard du « j’aime/j’aime pas », autrement dit avec mon émotionnel.
En fait, je juge mes attitudes en fonction de l’image que je me fais de moi-même, en fonction du personnage que j’aimerais être. Mais qui suis-je réellement ? Je n’ai pas confiance en ma valeur infinie, en tant qu’être humain. Je ne suis pas à l’écoute de l’amour inconditionnel que la Vie met à ma disposition.
Une estime de soi équilibrée, stable, est le fruit de la conscience que nous avons de notre être profond, conscience de la flamme de Vie qui nous habite, conscience de notre essence sacrée…
Notre relation aux autres, notre relation au monde d’une façon générale, est directement liée à la relation que nous entretenons avec nous-même.
Si nous sommes peu reliés à notre source intérieure, nous nous sentons en dualité avec le monde. Nous nous percevons comme autonome, séparé des autres, extérieur au monde, alors qu’à chaque instant, nous entretenons avec lui des échanges de toutes sortes : gazeux (respiration), alimentaires, mais aussi des échanges verbaux, émotionnels, spirituels. La sagesse taoïste nous enseigne que nous sommes animés par le même souffle…
Cette sensation de séparation, erronée, est due à l’importance disproportionnée que nous accordons à notre intellect, à notre mental. Ce mental qui analyse, qui interprète, mesure, compare, se raconte en permanence des histoires sur notre passé ou sur notre futur. Nous nous coupons de nos ressentis, de notre intuition, de la vie qui coule en nous. Nous nous identifions à nos pensées, alors que nous sommes tellement plus que cela…
Au fil des siècles, l’être humain, pour comprendre le monde, pour mieux l’observer, a entrepris de le morceler, de le disséquer ; il a fait des catégories : la géographie, les sciences naturelles, etc., puis des sous-catégories : les vertébrés, les invertébrés, etc., puis des sous-sous-catégories, etc. Cette compréhension a, bien sûr, une grande utilité. Elle permet d’avoir une connaissance des différents éléments et de leurs interactions. Elle permet de construire, de créer. Elle nous ouvre à l’extraordinaire multiplicité des formes que peut prendre la Vie. Mais il nous reste maintenant à dépasser ces catégories, pour appréhender le monde dans sa globalité, dans sa complexité. Nous pourrons ainsi percevoir l’essence commune qui nous unit à chaque être vivant, et contempler son infinie beauté.
Il ne s’agit pas d’entretenir une représentation du monde un peu floue, où toutes choses se confondent. Non ! Chaque parcelle de l’univers est unique, et révèle un fragment de vérité. La dualité n’est pas une illusion, mais elle est seulement la face apparente des choses, voilant une réalité plus subtile. La profonde unité qui imprègne tous les êtres vivants est inaccessible à nos yeux et à nos oreilles, mais perceptible par notre faculté d’intuition.
Alors nos états d’âme seront moins extrêmes, moins fluctuants, et en parallèle, nous apprendrons à les accueillir, à les aimer tels qu’ils sont. Parce qu’ils font partie de la vie. Parce qu’ils sont sa pulsation : tristesse, optimisme, découragement, amour, repli sur soi, harmonie, …
Puissions-nous rester unis au courant de Vie qui nous traverse !
D’une manière générale
Soyons présents à nos fonctionnements au quotidien, à nos paroles, à nos pensées. Acceptons de tout notre Etre, que les opposés soient indissociables et complémentaires ; acceptons le fait qu’ils n’existeraient pas l’un sans l’autre, et que la sagesse consiste à trouver à chaque seconde le plus juste équilibre entre : vigilance/détente, activité/contemplation, raison/intuition, sociabilité/solitude, fermeté/tolérance, courage/prudence, détermination/souplesse, etc. Finalement, entre le trop et le trop peu. Prenons le temps de réfléchir à chacune de ces paires d’opposés qui nous enferment, et à tous celles que nous pourrons observer au cœur de nous-mêmes.
Chacune de ces qualités, si elle est poussée à l’excès, risque de ne pas porter les fruits attendus. Par exemple, la persévérance peut devenir un acharnement, qui nous fait oublier d’autres qualités essentielles. A l’inverse, trop de souplesse, une capacité d’adaptation trop poussée, risquent de nous détourner de l’orientation que nous avions choisie.
Autre exemple : si j’ai trop de fierté, je serai assez distant avec les autres, je vais me priver de ce qu’ils pourraient m’apporter ; mais si je suis trop humble, trop modeste, je risque de ne pas développer pleinement les qualités que la vie m’a confiées, et ainsi de ne pas les offrir à mon entourage.
Ne cherchons pas à lutter contre nos tendances duelles ! Cette attitude les renforcerait ! Simplement, le fait d’en prendre conscience fera qu’elles s’atténueront peu à peu.
Chaque situation requiert un dosage subtil, qui devra être réajusté à chaque instant. Par exemple : l’éducation d’un enfant prendra appui sur le couple tolérance/fermeté ; l’adulte devra être dans une démarche permanente d’écoute et d’observation : de lui-même, de l’enfant, et du contexte.
Cependant, ce travail d’observation et de réflexion, doit avant tout être guidé, inspiré par nos ressentis subtils, par notre intuition. Carla difficulté, c’est que « le juste milieu » ne peut pas se définir par une mesure mathématique ! Non seulement cet équilibre est différent pour chacun, maisil est également différent selon les situations, selon notre état du moment, etc. Il n’est jamais stable, jamais acquis.C’est une dynamique, une oscillation, une recherche permanente de l’attitude la plus juste, la mieux adaptée à chaque situation. Restons centré, et faisons confianceà nos ressentis : quelle attitude nous est suffisamment agréable pour nous donner envie d’être généreux, pour nous rendre disponibles aux autres et à la bonne marche du monde ? Laissons-nous guider par notre cœur.
Pour conclure…
Tout déséquilibre engendre de la souffrance. Soyons attentifs à nos schémas de pensée dualistes, qui entraînent généralement une réaction émotionnelle (j’aime/j’aime pas), ou un jugement de valeur (c’est bien/c’est mal). Il ne s’agit pas de nier les différences, ni de s’interdire d’avoir des préférences ! Mais la réalité peut être interprétée de multiples façons. Nous pouvons accueillir les contradictions, les paradoxes, percevoir les opposés dans une vaste synthèse, et ainsi apprécier la richesse de la diversité.
Sur le plan personnel, ce regard donne un sentiment d’unité intérieure, et d’harmonie avec les rythmes universels. Il est source de sérénité, de confiance, et de joie. Il nous aide à accepter et à prendre en compte la complexité des personnes, des phénomènes, des situations, du monde… Il exerce notre mental au discernement, à une vision plus juste, plus claire, plus pertinente de la réalité. La vie prend, à nos yeux, un sens nouveau.
Au niveau collectif, qu’il s’agisse d’un pays ou d’un groupe quelconque, cette compréhension est un enjeu essentiel pour dépasser les attitudes qui divisent, qui opposent. En prenant en compte ce qui est essentiel, cet angle de vue élargi souligne les intérêts communs et apaise les conflits, qu’ils soient internes au groupe ou dirigés vers l’extérieur.
Chacun à notre niveau, nous pouvons travailler à cette vision unificatrice, plus vraie, qui ouvre sur la possibilité d’une civilisation éclairée et fraternelle.
Ce texte est une compilation d’extraits du livre « A nous la liberté ! », écrit par Christophe André, Alexandre Jollien, Matthieu Ricard.
Certains mots ou même quelques phrases ont été modifiés ou ajoutés pour faciliter la compréhension du texte, ou pour permettre de rendre l’enchaînement plus fluide. Le choix des extraits reprend les idées principales de l’ouvrage, même s’il reste subjectif et ne respecte pas forcément une place proportionnelle à chaque aspect de ce sujet.
Les trois auteurs se réunissent pour nous aider, pas à pas, à nous libérer des habitudes mentales, des blessures et des injonctions d’une société toujours plus tourmentée. Garder le cap, rester en lien et nous connecter aux ressources intérieures n’ont jamais été aussi nécessaires.
Le besoin de liberté intérieure est universel. En aucun cas et d’aucune façon, cette réflexion sur la liberté intérieure ne minimise l’importance de la liberté extérieure. Tant d’êtres humains sont encore prisonniers d’un régime totalitaire ou, pour toute autre raison, ne sont pas libres de leurs mouvements, de leurs paroles ou de leurs actes. D’autres, bien trop nombreux, sont prisonniers de la pauvreté et d’un accès limité à la santé et à l’éducation. Nous devons tout mettre en œuvre pour leur venir en aide. Mais il ne faut pas pour autant négliger la quête de liberté intérieure. Ce serait une erreur de croire que cette quête ne concerne que les nantis, ceux qui jouissent d’un plus grand confort matériel, culturel ou politique. Elle concerne chaque être humain, dans le confort comme dans la peine. Même dans des circonstances dramatiques, il est vital de trouver à l’intérieur de soi-même un petit territoire intouchable, un îlot de résistance, une voix qui nous souffle « Ne laisse pas le désespoir, la haine, ou la peur prendre les commandes de ton esprit, ne te soumets pas à leur dictature ». Soyons assez sages pour commencer ce travail intérieur dès aujourd’hui, vis-à-vis de nos petites misères du quotidien, sans attendre de rencontrer une grave épreuve…
Nos souffrances et nos peurs sont les prisons invisibles dont nous avons le plus grand mal à sortir. La vie quotidienne, elle aussi, nous tend de nombreux pièges : le piège des habitudes, le piège des préoccupations et celui des tâches triviales (payer le loyer, sortir les poubelles, répondre à ses mails…). Nous négligeons de dégager du temps pour ce qui donne du sens à notre vie : contempler la nature, partager avec nos amis, réfléchir à nos idéaux, se réjouir d’être en vie…
Erasme dit que « On ne naît pas homme, on le devient. » Et si c’était vrai de la liberté ?
La liberté se construit, se découvre. Pour en jouir, nous sommes conviés à nous inscrire dans un processus de « libération », à nous mettre en route, à dire adieu aux préjugés, à quitter les projections, la foule d’attentes qui nous tiennent à la gorge. Lorsqu’on lui demandait qui il était, un sage répondait, non sans espièglerie : « Un esclave en voie de libération ! » Sagesse et liberté avancent main dans la main. Le défi de la vie spirituelle réside donc dans une audace : oser paisiblement bâtir un chemin vers la liberté, pour redécouvrir un rapport lucide, joyeux, à soi et au monde.
Et si le premier pas consistait à repérer tranquillement le mode de pilotage automatique qui nécrose notre quotidien ? C’est avec nos blessures, nos dysfonctionnements internes, nos lacunes, mais aussi avec une foule de ressources insoupçonnées que nous sommes invités à inaugurer la liberté. D’où la nécessité de connaître autant que possible le fonctionnement de notre esprit. Faisons le point : à qui, à quoi avons-nous confié la télécommande de notre existence ? A la colère, aux ressentiments, à la jalousie ? A la meilleure part de nous-même ? Qu’est-ce qui occupe le centre de notre quotidien ? A quoi sommes-nous attachés ? Quels sont les grands désirs, les profondes aspirations qui charpentent notre intériorité ? Nous pourrons alors regarder avec lucidité les contraintes qui nous lient : celles que nous avons librement choisies et que nous assumons (comme certains engagements familiaux et professionnels), et d’autres, sur lesquelles nous pourrons poser l’intention de nous en affranchir, et commencer à les habiter différemment.
Nous allons maintenant nous interroger sur les obstacles qui se dressent sur le chemin de la liberté intérieure, mais aussi sur les moyens de la cultiver et de l’approfondir, afin qu’elle devienne une véritable manière d’être.
L’acrasie, la dépendance, la peur, le découragement et le désespoir, l’égocentrisme, ainsi que l’égarement sont autant d’obstacles à la liberté intérieure.
L’acrasie et la dépendance
Acrasie et dépendance présentent de nombreuses similitudes, même si le degré d’asservissement est encore plus profond dans cette dernière.
L’acrasie, c’est la faiblesse de la volonté, c’est le gouffre abyssal qui semble séparer les intentions et les actes. « Je sais ce que je devrais faire, je pourrais le faire,… mais je ne le fais pas ». Elle révèle aussi notre intolérance à l’incertitude, à l’inconfort et à la souffrance, une incapacité à faire face à nos émotions douloureuses et négatives.
L’acrasie peut gangréner bien des domaines de l’existence. La boulimie, l’addiction aux écrans, les relations toxiques, bref, autant de lieux de déchirement intérieur qui viennent révéler notre inertie, notre incapacité à tenir nos engagements. Comment sortir de l’engrenage, comment sortir de ces habitudes mécaniques qui nous aliènent, réduisent à néant tous nos efforts, entretiennent des sentiments de tiraillements, d’impuissance et de découragement ? Sans parler de la culpabilité qui nous ronge…
La dépendance, quant à elle, est reconnue comme une pathologie. Médicalement, être dépendant c’est ne plus pouvoir se passer d’une substance (alcool, drogues…), d’un lien (dépendance affective ou sexuelle), ou d’un comportement (dépendance au regard d’autrui ou aux compliments). Nous sommes tous dépendants : de l’eau, de l’oxygène, des autres humains. Mais ce dont nous parlerons ici, ce sont des dépendances qui nous font souffrir.
Les neurosciences ont étudié les mécanismes de la dépendance. A force de répéter des expériences plaisantes, on renforce les réseaux cérébraux qui nous font désirer ces expériences. Il arrive un moment où l’on n’éprouve plus le plaisir initial, mais on continue à désirer cette expérience encore et encore. On désire quelque chose qui ne nous procure quasiment plus aucun plaisir et qui peut même nous dégoûter. Il a été montré que l’entraînement de l’esprit peut remodeler nos connexions neuronales, qu’il est possible de nous « déconditionner », pensée après pensée, émotion après émotion. Cependant, outre les efforts de volonté et la nécessité de maintenir ces efforts suffisamment longtemps, il y a d’autres obstacles chez les sujets en état de dépendance : il est plus difficile d’activer les aires du cerveau liées à la volonté ! Ensuite, le cerveau devient hyper-réactif aux stimuli qui déclenchent les comportements addictifs. Enfin, l’aire du cerveau qui permettrait d’actualiser une transformation est inhibée. Un quadruple obstacle, donc…
Et puis il y a aussi, malheureusement, une habitude de l’inconfort, quand celui-ci a duré trop longtemps. De l’habitude on passe à la résignation, puis à la soumission ; on suit la pente du moindre effort, même si elle est douloureuse et nous conduit au pire.
Ce qui vient encore accentuer la dépendance, c’est cette vie semi-clandestine qu’elle induit. La peur du rejet, la crainte du regard de l’autre, l’angoisse d’être jugé faible, lâche, tous cela nous conduit à nous isoler. Seul l’amour vient à bout de ces redoutables obstacles !
Enfin, le sentiment de culpabilité nous ronge et nous empêche de nous attaquer aux vrais problèmes.
Quelques mots surladépendance affective… Sachant que celle-ci, d’ailleurs, n’est pas toujours perçue comme telle…
Nous avons tous besoin de liens affectifs forts et sécurisants avec notre entourage, et ceux-ci sont une véritable source de bonheur, lorsqu’ils ne sont pas focalisées sur une unique personne, lorsque nous ne sommes pas dans une fusion totale avec celle-ci, et que nous pouvons supporter des périodes d’éloignement transitoires, sans nous sentir en danger. Comme toutes les dépendances, les dépendances affectives se nichent dans des besoins normaux, dont nous perdons le contrôle. Celui qui souffre de lien affectif toxique réduit considérablement sa liberté, sa capacité à apprécier la richesse du monde et à s’en nourrir. Seul celui qui est censé combler ses manques soulage ses tensions intérieures. Tout le reste passe au second plan, voire disparaît de ses pôles d’intérêt.
Consommer, nous adonner à un comportement addictif, c’est toujours chercher du réconfort, une consolation, du répit. Une dépendance révèle toujours un mal-êtreque l’on refuse d’affronter. Fuir une réalité, s’évertuer à calmer une détresse, à chasser un tourment, à s’anesthésier.
Le sentiment de manque relève d’un sentiment d’incomplétude. On a l’impression qu’il nous manque quelque chose d’indispensable à notre bonheur, quelque chose d’absolument vital. Or, le manque ne sera jamais comblé par la possession d’objets ou de personnes, ni par la recherche de situations anesthésiantes. L’état de « plénitude » résulte plutôt d’un sentiment de cohérence, un sentiment de paix et d’unité, libre d’attirance et de répulsion, de manque et d’assouvissement.
On peut considérer la dépendance comme une maladie dont il faut apprendre à contenir les ravages au moyen d’une batterie de stratagèmes.
Contrairement à l’idée très répandue « on ne peut pas changer ; chassez le naturel, il revient au galop », il est possible d’évoluer, si nous décidons de nous mettre à la tâche. On sait maintenant que la neuroplasticité – la capacité du cerveau de se modifier en fonction de nos expériences – nous permet de changer à tout âge. Ce changement intérieur peut être provoqué par une modification des circonstances extérieures, mais aussi par le développement de capacités restées jusqu’alors à l’état latent. On peut apprendre à lire, à jongler, mais aussi à cultiver des qualités humaines essentielles, comme l’attention, l’équilibre émotionnel, la bienveillance… Dans tous les cas, pas d’entraînement, pas de changement. Si vous vous êtes cassé la jambe, la rééducation exige des efforts, mais cela vaut mieux que de marcher avec des béquilles jusqu’à la fin de vos jours. Savoir que notre souffrance provient des traces laissées dans le cerveau par nos mauvaises habitudes nous montre aussi que rien n’est gravé dans la pierre, et que l’on peut inverser ces processus.
Certaines personnes témoignent aussi qu’après avoir tenté maintes fois de s’en sortir, il y a eu, à un moment donné, un point de bascule. Elles s’en sortent d’un seul coup, une fois pour toutes. Elles restent vulnérables toute leur vie à la drogue ou à l’alcool, elles le savent bien et n’y touchent plus jamais. Sinon, c’est la planche à savon…
Les propositions suivantes, qui concernent la dépendance, seront bien sûr applicables également dans le cas de l’acrasie.
Il faut garder à l’esprit que nos efforts vont forcément s’inscrire dans une durée, puisqu’on va reconfigurer nos circuits cérébraux. On va lutter contre des mécanismes très enracinés. Nos progrès seront suivis de rechutes ou de régressions, qu’on ne devra surtout pas interpréter comme des preuves de l’inaptitude à changer, mais comme le signe qu’on a trébuché sur le chemin et qu’on doit « simplement » se remettre en marche.
Placer sa vie sous le signe de la liberté, c’est avant tout inscrire le quotidien au cœur d’une dynamique. Se lancer dans une ascèse joyeuse.
Une première étape consiste à reconnaître les dégâts, contempler sans crainte les bobos de l’âme et du cœur. Repérer avec une infinie bienveillance, les zones de notre vie où nous sommes fragiles, afin de nourrir une vigilante attention. La nourriture, l’alcool, la sensualité, le sexe, la soif de reconnaissance… Où sommes-nous invités à œuvrer pour aller mieux, pour devenir plus libres, plus légers, moins épris de soi ?
Ensuite, essayons de définir un objectif ou une tâche précise, bien circonscrite, et surtout accessible. Une suite de petits efforts répétés porteront leurs fruits. Et bien sûr, il nous faudra cultiver la patience, la persévérance, et plus encore : la motivation. « Notre motivation est la barre du bateau : elle détermine la direction. La volonté est le vent qui gonfle les voiles et nous permet d’arriver à bon port. »
Contre le découragement, se souvenir que tout est provisoire, impermanent. Accepter par moments de se laisser flotter, accueillir la pagaille. Echecs, épreuves, fragilités ne sont peut-être pas ultimement des freins à notre progrès, ils forment le terrain, le socle d’où peut jaillir une existence plus sereine, plus joyeuse, selon les forces du jour, (même) en plein chaos.
Mais lutter contre la dépendance ne suffira pas. En parallèle, de ces efforts, il est essentiel d’identifier ce qui nous nourrit en profondeur, et ainsi nous rend plus fort. Spinoza nous livre un outil des plus puissants : reconnaître ce qui nous met véritablement en joie, comme le désir de créer, d’aimer, de partager, d’utiliser notre potentiel de transformation,… Prêtons l’oreille pour identifier les besoins et les plaisirs de notre cœur. La joie débouche sur la liberté. Oui, seul un cœur léger, rieur, généreux peut allègrement renoncer aux plaisirs éphémères qui nous apportent seulement des miettes de bien-être.
Et enfin, oser la transparence, oser demander de l’aide. Les thérapies de groupe ou l’association des Alcooliques Anonymes montrent la force de la solidarité face à l’addiction. Quel soutien, quelle joie de trouver un lieu où l’on ne subit plus la peur du rejet, l’angoisse de passer pour un lâche, un faible ! De pouvoir se confier aux autres, de partager le même but de s’en sortir en s’épaulant les uns les autres et en acceptant d’être guidés dans ce processus ! La méditation de pleine conscience, ainsi que la spiritualité peuvent aussi apporter une aide puissante.
La peur
Nous parlons ici des peurs imaginaires, et non des dangers réels, face auxquels la peur peut être salutaire.
Au-delà de l’inconfort ou de la douleur qu’elle provoque, la peur réduit notre liberté de façon durable : consciemment ou non, nous vivons dans la préoccupation permanente qui consiste à éviter ce qui nous semble menaçant.
Apprendre à affronter les crises, à ne plus craindre leurs retours est essentiel. Cependant ça ne se décide pas, ça se travaille. En dehors des crises, il s’agit d’un véritable entraînement au quotidien : élargir son regard, apprécier ce qui va bien dans sa vie, ce qui fonctionne bien, ce qui aide et ce qui rend fort.
Faisons appel à notre raison : parmi nos mille et une peurs, combien se sont réellement matérialisées en situations dramatiques, dans la réalité ? Et combien d’entre elles se sont révélées totalement injustifiées ? Nous en conclurons certainement que la peur n’est rien d’autre qu’une fabrication de l’esprit, et qu’il n’y a aucune raison de s’y soumettre.
Lorsque nous serons plongés dans une émotion perturbatrice, ces ressources nous permettront de traverser celle-ci avec davantage de distance, d’observer le problème avec sa part réelle et sa part imaginée, de ne plus traiter le risque hypothétique comme la difficulté réelle.
Avant d’affronter nos plus grandes peurs, nous pouvons commencer par faire face à celles qui sont moins intenses. Les efforts pour s’affranchir des « petites peurs » sont les mêmes que ceux qui vont nous servir pour les grandes.
Observons : « Qu’ai-je sous les yeux ? De quoi ai-je peur ? Qu’est-ce qui me met dans un état pareil ? » Ancrons-nous dans notre respiration, dans notre corps. Regardons nos pensées, tout ce qui est en train de déferler… Par une étrange illusion d’optique, la conscience se fixe, se focalise sur un point, sur certaines pensées qui tournent en boucle, en oubliant tout le reste. L’exercice de « la vision panoramique » consiste alors à prendre conscience de ce qu’il y a autour, à côté de l’angoisse, et de s’ouvrir au monde qui est bien plus grand que ce moi agité. Sous le regard de cette « présence attentive », qui ne s’identifie pas à la peur, laissons-la se dissoudre d’elle-même peu à peu.
Mais la logique n’a pas toujours réponse à tout, et les arguments ne parviennent pas toujours à démonter les craintes irrationnelles. Dans ce cas nous pouvons pratiquer l’art du détour : dévier notre attention sur des choses qui nous distraient, nous tranquilisent,…
Cependant, pour trouver un apaisement durable, il nous faudra oser la confiance ! Il y a sans doute deux approches de la confiance. D’abord, espérer dégoter un jour un gilet de sauvetage, des manchons, une bouée pour traverser les hauts et les bas du quotidien. A côté il y a cet abandon, cette déprise de soi, cette disponibilité intérieure qui aide à envisager la vie sans avoir absolument besoin d’une sécurité, en flottant sans s’accrocher à rien. Laisser la vie être ce qu’elle est, lui ouvrir les bras…
Bien sûr, une fois encore, ne surestimons pas nos forces, osons partager, nous entourer d’amis, demander de l’aide, ou faire appel à des thérapeutes…
Le découragement et le désespoir
Le découragement repose sur une usure, une fatigue, une déception quant à un résultat qu’on espérait, un sentiment d’incapacité face à un objectif. Il s’apparente à une sorte de tristesse, avec tous les degrés d’intensité, qui vont de la lassitude au découragement, puis au désespoir. Le risque du découragement, c’est le renoncement subi, conséquence d’un acharnement, d’un épuisement. En prévention, on aurait pu faire le choix de renoncer en amont, accepter de lâcher prise, de s’accorder du repos. Il est quelquefois préférable de tourner ses efforts dans une autre direction et de garder sa sérénité.
Le désespoir, c’est du découragement, fixé, cristallisé, enraciné.
L’excès de rumination du passé, et d’anticipation anxieuse de l’avenir, est un des signes précurseurs de la dépression. S’affranchir des tiraillements de l’espoir et de la crainte nous rapproche donc de la liberté intérieure.
Ici, il n’est pas inutile de distinguer l’espérance de l’espoir. Ce dernier est généralement limité, focalisé sur un objet précis : « J’espère trouver un bon boulot », ou « J’espère rencontrer une femme – ou un homme », que sais-je… Je me lève chaque matin, les yeux braqués sur cet objectif, le reste du monde n’existe pas. L’espérance, quant à elle, tient d’une disponibilité intérieure, d’une ouverture. « La meilleure chose à faire parfois dans nos vies, c’est de renoncer à espérer, à attendre, renoncer à s’attacher, pieds et poings liés, à des objectifs ».1 L’espoir s’accroche à une sécurité, l’espérance nous plonge dans la confiance et l’abandon. Elle ne se cramponne pas à un bonheur sur-mesure, mais nourrit la conviction que l’existence autorise toujours des occasions de joie et de progrès.
Cependant nos espoirs ne sont toxiques que s’ils se focalisent sur un unique objet, à l’exclusion de toute autre chose. Nous n’avons pas à nous affoler qu’il existe dans nos vie des sources de souffrance et des sources d’espoir, mais il nous faut bien vérifier qu’elles s’inscrivent dans un lien au monde qui reste ouvert, fluide, vivant, actif… Ne pas se laisser aigrir par l’échec, ne pas se blinder, toujours s’ouvrir. Nous vivons grâce et avec les autres. Pour le meilleur et pour le pire. Notre sensibilité, qui nous rend si vulnérables, demeure peut-être une chance, un cadeau, une porte ouverte vers la grandeur qui peut habiter un cœur. Il faut bâtir un art de la joie au cœur du chaos, trouver la paix au sein même du tourment.
Deux règles à respecter lorsque nous sentons monter en nous le découragement : ne pas rester seul ; et ne prendre aucune décision importante…
L’égocentrisme
L’égocentrisme est fondamentalement un obstacle sur le chemin de la liberté, et un rétrécissement du monde : si l’on vit avec le sentiment exacerbé de l’importance de soi, si l’on se représente l’ensemble de nos rapports aux autres et au monde en fonction de notre ego, on instrumentalise les personnes (est-ce qu’ils vont m’apporter quelque bienfait ou menacer mes intérêts ?). On est ainsi soumis au diktat de ce petit tyran qui ne possède aucune limite dans ses caprices et ses exigences. L’univers apparaît comme une sorte de catalogue où l’on pourrait commander tout ce que l’on souhaite. Et l’on est malheureux parce que le monde n’est pas configuré pour satisfaire nos demandes sans fin. L’égocentrisme mène à la frustration et au tourment. On finit par être obsédé par le moindre plaisir ou déplaisir, on devient le jouet de ces réactions d’attirance ou de répulsion, et loin d’être libre, on devient très vulnérable.
Bien sûr, tout cela est à nuancer. Nous sommes tous plus ou moins égocentrés.
Quand on échange avec des proches ou des connaissances, est-ce qu’on s’étale beaucoup sur nous ? Est-ce qu’on a tendance à monopoliser la parole ? Est-ce qu’on prend des nouvelles de l’autre, avec un intérêt sincère ? Est-ce qu’on prend le temps d’écouter ce qu’il dit avec attention ? Est-ce qu’il nous arrive de penser aux personnes qui se trouvent en réelles difficultés : corporelles, psychologiques, matérielles, professionnelles ou autres ?
Ne nous accusons pas, ne nous culpabilisons pas ! Repérons simplement ces moments où nous sommes excessivement autocentrés et demandons-nous de quoi ils sont le symptôme. Où est le problème derrière les « moi je moi je » ? Où est la souffrance ? Epreuves, blessures, mépris de soi, manque de confiance, comparaisons, instinct de conservation, tout concourt à ce que le petit moi s’arc-boute et se replie sur lui.
Il est important de ne pas porter de jugement moral sur l’égocentrisme. Il relève avant tout d’une erreur. Erreur de perception émotionnelle, quand la souffrance en est la source, ou erreur de jugement intellectuel, quand on calcule qu’on obtiendra davantage en faisant cavalier seul qu’en coopérant. Si l’on ne s’intéresse qu’à l’atteinte de ses objectifs personnels, il est probable que l’on se trompe fondamentalement en s’enfermant dans « la bulle de l’ego ». Se refermer sur l’ego, c’est s’appauvrir et s’affaiblir : c’est un oubli profond de ce que peuvent nous apporter les autres (par leur aide, leurs conseils, leurs points de vue, leur affection, leur regard), un oubli aussi du bien-être que peuvent nous procurer les moments d’échange avec eux. Une part notable de ce qui nous rend heureux vient de ce que nous donnons et recevons.
Ce n’est pas « moi OU les autres », mais « moi ET les autres ». Qu’il s’agisse de bonheur ou de malheur. Ce n’est pas « mon » bonheur contre celui des autres ; je dois apprendre à me réjouir du bonheur d’autrui : il n’enlève rien à mon propre bonheur, et s’il doit avoir un effet il sera positif, car un entourage heureuxsera plus à même de m’aider, de m’écouter, de m’aimer.
A chacun, donc, de prendre conscience de la façon dont il se positionne dans ses relations à autrui, puis de déplacer progressivement le curseur vers davantage d’écoute et d’attention aux autres.
Il y a des personnes assez naturellement altruistes, question de gènes, d’éducation ou de trajectoires de vie. Pour les autres, il faut faire des efforts réguliers ! On commence souvent par un altruisme avec des attentes, nous avons besoin d’être récompensés. Rien de méchant si ce n’est qu’une étape ; mais attention aux déceptions ! Régulièrement me rappeler que si je suis déçu, c’est mon problème, pas celui de l’autre. Puis il y a l’altruisme sans attente, vers lequel on s’efforce de progresser… Là, on est vraiment dans la liberté intérieure, on vit la légèreté de l’altruisme sans rien attendre en retour. Rencontrer l’autre par pur amour.
L’égarement
S’égarer, c’est perdre son chemin, le chemin de ce qui est bon pour nous, important pour notre vie.
On peut être égaré : soit parce qu’on n’a pas défini de chemin (on vit au hasard des influences extérieures, on se laisse balloter par les évènements), soit parce qu’on a de trop nombreux objectifs (on n’arrive pas à hiérarchiser), soit parce qu’on n’a pas défini le « bon » objectif, celui qui donnerait du sens à notre vie, soit parce qu’on ne s’y est pas pris de la bonne façon. Dans tous les cas, on est désorienté, confus, troublé, on erre, on se fourvoie. Notre distraction et notre dispersion nous égarent ; elles nous détournent de l’essentiel, gentiment, l’air de rien.
Un pêcheur est assis à l’ombre d’un arbre, au bord d’un lac. Il joue avec ses enfants. Survient un homme de la ville, qui contemple la scène et entame la conversation. – Bonjour, que faites-vous dans la vie, mon bon monsieur ? – Je suis pêcheur. Mon bateau est là, sur la berge. J’ai pêché toute la matinée. – Pourquoi ne pêchez-vous pas l’après-midi ? – J’ai de quoi nourrir ma famille pour les deux jours à venir. – Mais si vous pêchiez toute la journée, vous pourriez aussi vendre votre poisson ? – Et alors ? – Alors, vous auriez de quoi payer un associé, vous pêcheriez plus de poissons et augmenteriez vos revenus. – Et que ferais-je de cet argent ? – Eh bien vous pourriez acheter un deuxième bateau et prospérer davantage ! – Et après tout ça ? – Vous pourriez arrêter de travailler et passer du bon temps à vous détendre et à jouer avec vos enfants. – Mais c’est exactement ce que je suis en train de faire ! Conte indien
Cette constatation implique de réfléchir sur nos choix existentiels (Qu’est-ce qui me paraît essentiel ? Quelle direction donner à ma vie ?). Par exemple, nous souhaitons être heureux, et nous estimons que pour cela, il faut être riche, puissant, célèbre ; et nous tournons le dos à des valeurs comme l’amitié, l’équilibre émotionnel, ou un mode de vie plus tranquille, qui auraient pu engendrer un épanouissement durable.
Une autre forme d’égarement provient du refus ou de l’incapacité à voir le monde tel qu’il est. Par exemple, nous nous attachons aux choses ou aux personnes, comme si elles étaient permanentes, alors que tôt ou tard, nous les perdrons, ou bien c’est elles qui nous perdront. Autre exemple : dans les premiers temps d’une relation, on trouve qu’une personne est 100% désirable, on ne lui trouve aucun défaut ; puis viennent les disputes, et on la juge alors 100% haïssable, alors que fondamentalement, à quelques changements près, elle est toujours la même. Comme tout un chacun, les gens sont un mélange de qualités et de défauts. Asservis par l’égarement, nous réagissons d’une façon excessive et inappropriée. D’une manière générale, nous nous racontons souvent des histoires, soit rassurantes, en idéalisant le réel, soit angoissantes en le dramatisant. Dans les deux cas, nous perdons lucidité et liberté. La capacité de voir les choses telles qu’elles sont, et de nous regarder nous-même tel que nous sommes, nous libère du joug des tourmentes émotionnelles. Descendre en soi-même, tendre l’oreille vers l’intérieur, ne pas se fuir, aident à se libérer. Et parfois nous verrons que l’égarement, c’est de continuer dans une certaine direction, à un moment où il faudrait au contraire changer. Nos émotions sont un signal d’alarme, notamment les inquiétudes et insatisfactions ; sachons les écouter et remonter à leur source.
Il est normal de régulièrement s’égarer : la vie est compliquée ! Mais à chaque fois que nous en avons conscience, c’est l’occasion de prendre rendez-vous avec soi ou avec quelques proches, pour identifier quels nouveaux équilibres de vie nous fixer.
1 « Le Bonheur, désespérément » – André Comte-Sponville
2. L’ECOLOGIE ET LA LIBERTE
Les lieux ont une influence sur nos états mentaux, et par extension, sur notre liberté. Quel que soit le lieu où l’on habite, il est important de trouver des oasis dans notre existence : des lieux et des moments où l’on peut se ressourcer. Dès que cela nous est possible, prenons des temps d’immersion dans la nature, ou dans les parcs urbains si nous vivons en ville. Prenons le temps d’observer ces « nourritures invisibles » que sont l’air pur, les bruits doux et réguliers, les changements progressifs, le calme, la lenteur, la continuité. Prenons le temps de respirer. Pour Plotin, l’âme devient ce qu’elle contemple. Où se pose notre regard du matin au soir ? De quoi se nourrit-il ?
Au-delà d’un environnement favorable, une écologie des liens est indispensable également. Certaines personnes nous rassurent par leur présence, nous inspirent le calme, nous font du bien par une sorte d’osmose positive. D’autres personnes, en revanche, même si elles ne disent rien, nous contraignent par leur attitude, leur posture, leur comportement, leurs actions… Les fréquenter nous met dans un état de semi-alerte permanent qui use notre sérénité et rétrécit notre liberté d’être. Il est important de ne pas juger ces personnes, d’essayer de les comprendre, mais de rester attentif à l’effet que peuvent avoir sur notre état intérieur les moments que l’on passe avec elles. C’est exactement la même chose avec les environnements sociaux que l’on côtoie, qu’il s’agisse de groupes de personnes « réelles » ou via les réseaux sociaux numériques.
Enfin, lorsqu’on parle de liens sociaux, l’idée n’est pas seulement de recevoir, mais aussi de donner : en entretenant des liens attentifs et chaleureux avec nos proches, nos connaissances, et même avec les inconnus, nous nous faisons du bien et nous embellissons le monde !
Enfin, il est essentiel de prendre conscience de l’impact de notre environnement culturel : les idées, les croyances, les valeurs, les attitudes, les connaissances et les compétences de la culture dans laquelle on évolue agissent sur nous, à notre insu, par une imprégnation discrète. L’éducation scolaire, la propagande politique, la publicité et autres formes d’incitation à la consommation, le comportement des personnes qui nous entourent ou de celles que les médias nous proposent, les manipulations plus subtiles comme le lobbying auprès des médias ou à travers le trafic de données Internet, etc., toutes ces influences pèsent sur nos pensées, nos motivations, nos décisions. Il est donc capital de le savoir pour apprendre à s’en défendre ! La conformité aux normes est encouragée par la communauté, tandis que la non-conformité entraîne la réprobation, voire diverses formes d’exclusion pour celui qui en est l’objet.
Soyons vigilants, quant à l’usage de nos écrans ; reprenons le contrôle ! Et n’oublions jamais que nous évoluons dans une société ultra-matérialiste… La « sobriété heureuse », cette magnifique expression de Pierre Rabhi, nous invite à redécouvrir ce qui nous rend pleinement humains : les rencontres, la culture, la solidarité, le progrès intérieur,… et la liberté !
A chacun d’exercer son discernement, une faculté à développer, à renforcer à chaque instant.
3. LES EFFORTS VERS LA LIBERATION
S’il y a effort, c’est qu’il y a difficultés ! Que ces dernières soient extérieures (obstacles, adversité) ou intérieure (notre paresse, notre négligence, notre pessimisme, nos inquiétudes paralysantes,…).
Pour faire des efforts, il faut que nous ayons de bonnes motivations en amont. La motivation doit être examinée avec discernement. Pourquoi décidons-nous de nous donner à la pratique ? Est-ce encore un moyen de fuir un quotidien lourd et pénible ? Souhaitons-nous véritablement épanouir les immenses possibilités qui habitent le cœur humain ? Est-ce que nous faisons des efforts pour nous-même ou pour le bien de tous ?
Lorsque les efforts produisent des effets en aval, il est plus facile de persévérer. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit toujours d’une dynamique de long terme, et les efforts ont parfois un effet différé. Dans l’éducation, par exemple, les efforts pour apprendre à nos enfants telle ou telle valeur peuvent sembler ne pas donner de résultats immédiats. Mais bien souvent, plus les enfants grandissent et s’éloignent de nous, plus on a la bonne surprise de les voir mettre en œuvre ces qualités, et adopter ces valeurs dans leur vie. Il y a comme un effet retard !
Quand le découragement guette, restons confiant dans le potentiel de transformation de l’esprit. Réjouissons-nous de ce qui a été accompli, lâchons prise sur ce qui s’est avéré au-delà de nos capacités, ou irréalisables en raison de circonstances adverses.
Il y a un juste équilibre à trouver entre la tension et le laxisme. Méfions-nous de toute rigidité, de toute crispation. La véritable ascèse est joie, allégresse, détente, générosité, paisible descente au fond du fond. L’humilité, précieuse antidote, empêche que l’orgueil s’empare de notre désir de progrès pour nous enfermer dans un stérile perfectionnisme. Comme disait un joueur de sitar : « Pour obtenir le plus beau son, je fais en sorte que les cordes ne soient ni trop tendues ni trop relâchées. » Des efforts mesurés, assidus et persévérants porteront davantage de fruits que des efforts importants mais irréguliers.
Pour résister au temps qui passe, aux fluctuations de la motivation, et aux déstabilisations de l’adversité, tout changement doit devenir une habitude enracinée. L’entraînement de l’esprit nous permet de fonctionner au quotidien plus sereinement, sans être absorbé par l’effort, ou concentré sur la difficulté : c’est un paradoxe, mais notre liberté a besoin d’automatismes, de « bons réflexes », pour s’exercer pleinement.
Le changement ne relève pas simplement de la volonté ou d’une démarche intellectuelle. Au-delà de la réflexion, la méditation de pleine conscience nouspermet de poser nos intentions dans un espace de conscience ouvert et fluide. Nos résolutions ne restent pas au niveau du cortex, du rationnel ; il y a quelque chose qui est plutôt de l’ordre de la réceptivité, du lâcher-prise, de l’imprégnation de zones cérébrales profondes du cerveau émotionnel. Et cela facilite ensuite la mise en pratique des comportements adaptés. Nous sommes moins esclaves de nos impulsions et de nos automatismes mentaux. La méditation n’est donc pas seulement une pratique spirituelle. Elle peut nous aider à cultiver l’attention, le recul, le discernement, l’équilibre émotionnel. S’arrêter quelques instants dans notre journée, et observer la nature de notre expérience : la respiration, les sensations, les émotions, les pensées…
Ce qui est parfois douloureux, c’est que nous ne sommes pas tous égaux face à l’effort : certains se démotivent parce qu’ils ont le sentiment que leurs efforts sont inutiles ou pas assez récompensés. Ne nous comparons pas aux autres, mais à nous-mêmes !
Tout apprentissage, tout entraînement (sportif ou autre) demande des efforts, particulièrement au début ; puis peu à peu, l’aspect contraignant fait place au plaisir. De la même manière, nous pouvons trouver du plaisir dans l’ascèse. Entraîner son esprit, c’est cesser de fonctionner en pilotage automatique, sortir un peu de sa bulle, s’ouvrir au monde, aimer le réel tel qu’il se propose. La vie spirituelle consiste, en partie, à affermir notre résilience, notre force d’âme, et surtout la liberté intérieure grâce à laquelle nous ne serons plus le jouet du gain et de la perte, de la louange et de la critique, de la renommée et de l’obscurité. N’est-il pas encourageant de savoir que ces qualités peuvent être magnifiées par l’entraînement de l’esprit ?
Dans certains cas, il n’y aura pas progression mais simplement maintien d’un équilibre que l’on n’arrivait pas à trouver sans ces efforts ; c’est donc aussi une belle récompense.
Pour pouvoir être soutenu dans la durée, l’effort doit être allié à l’enthousiasme et receler une part de joie, qui naît du sens donné à l’effort : il représente la façon la plus constructive d’accomplir ce qui nous tient vraiment à cœur.
Se lancer dans la pratique déborde du cadre étroit d’une ambition personnelle. En un certain sens, c’est toute l’humanité qui progresse en nous lorsque nous nous écartons de l’aigreur, de la fatigue, de l’égoïsme. Réaliser des efforts, ce n’est pas spéculer, espérer un retour sur investissements, mais se donner tout entier à l’existence. Même si ce n’est pas grand-chose, même si ce n’est pas tout le temps, même si c’est imparfait, tous nos efforts comptent. Tous !
4. LES MOISSONS DE LA LIBERTE
Quelles sont les moissons d’une liberté parvenue à maturité ? Comment la sagesse qui accompagne cette liberté transforme-t-elle notre attitude vis-à-vis de la vie et de la mort, de nous-même et des autres ? Quel impact a-t-elle sur notre manière d’être et d’agir ?
La pacification intérieure
Se réconcilier avec son être, approcher la sérénité, c’est prendre le risque d’abandonner nos postures, oser chaque jour rejoindre un équilibre sans jamais s’installer dans de fausses sécurités. C’est inscrire notre liberté dans notre vie, avec ce corps, ces traumatismes, ces blessures, ces imperfections, ces mille et une ressources. Bref, c’est faire la paix avec tout ce que je suis sans forcément rêver d’être quelqu’un d’autre.
La paix intérieure augmente notre liberté : elle nous rend moins dépendants aux stimulants et excitants de la société de consommation (publicité, réseaux sociaux, distractions faciles et gratifiantes…).
Nous devenons moins vulnérables intérieurement : cela nous permet de nous ouvrir sans crainte aux autres.
La paix intérieure n’engendre pas la passivité, mais l’engagement calme. Elle ne débouche pas sur la monotonie, mais sur un regard affûté et sensible aux nuances, invisibles aux agités.
Bien sûr, nous demeurons imparfaits : pas question de nous censurer, de nous priver de toute forme de folie, de dérapages, ou d’excès… Mais l’art et l’habitude du travail sur la paix intérieure nous ramèneront plus rapidement sur la voie de nos vrais choix existentiels et de nos valeurs.
Notre nature profonde
Au réveil, suite à une anesthésie, il peut quelquefois nous arriver de vivre des expériences très fortes : un état de félicité, de dévotion et de confiance sans mélange. Un état d’esprit léger et lumineux. Une sensation de parfaite simplicité, comme celle d’un jeune enfant qui découvre la beauté de la vie avec un esprit neuf et transparent.
Un tel moment est-il révélateur de ce qui est présent au plus profond de l’esprit, lorsque les cogitations qui encombrent le champ de la conscience sont silencieuses ?
Cela peut aussi se produire lors de certaines méditations, lors de moments existentiels forts – face à la nature ou au ciel étoilé – , ou lors d’instants ordinaires mais auxquels nous sommes parfaitement présents : nous pouvons éprouver un profond bien-être, un sentiment de paix, de clarté et de gratitude. Autant d’irruptions de sérénité, non pas seulement venues des circonstances favorisantes, mais émergeant du plus profond de nous-mêmes.
Les grandes traditions spirituelles n’ont de cesse de nous rappeler qu’il y a au cœur de l’homme une plénitude, une santé fondamentale, des ressources inouïes. Pourtant, dans notre vie ordinaire, les moments où nous y avons accès sont d’une rareté exceptionnelle. Comment descendre tout à fait, comment rejoindre la joie, la paix, le ciel immaculé de la conscience infinie ? C’est à ce déménagement intérieur que nous invitent sages et philosophes.
Plus nous nous efforçons d’héberger dans notre esprit un certain type de regard sur le monde – posé, serein, soucieux d’objectivité, de vérité et de liberté –, plus nous aurons des chances que ce genre d’état émerge spontanément quand nous ne faisons plus aucun effort mental, quand notre cerveau passe en « mode par défaut ». On retrouve ici les fruits d’un entraînement de l’esprit, permis par la neuroplasticité du cerveau.
Et puis, soyons attentifs à ces petits instants de grâce, ces instants où nous nous sentons en harmonie avec nous-mêmes, avec les autres, avec la nature. Ces moments sont très précieux. Et chaque fois que nous avons la chance d’en vivre un, arrêtons-nous ! Savourons, rendons-nous présent… Ouvrons-nous au mystère que représente le fait d’être vivant et conscient, dans un environnement que nous croyons comprendre mais qui nous dépasse…
Face à la mort
Face à ce grand sujet intimidant, il est difficile de prétendre donner des conseils !
Berceuse à Pépé Tu vas mourir, tu vas t’éteindre, comme une lampe de chevet, Quand le matin commence à poindre, Quand le bouquin est achevé. Dors en paix, Pépé. Tu vas abandonner ton souffle, Les taches rousses de tes mains, Et repasser sans tes pantoufles, Le seuil du monde des humains, Dors en paix, Pépé.
Cet extrait d’une chanson de Claude Nougaro nous parle de cette mort arrivant doucement, logiquement, au terme d’une vie bien remplie, la mort comme le passage d’un seuil, et l’abandon de notre corps.
La mort est inévitable et son heure est imprévisible. Tenir compte de cette évidence, la comprendre au plus profond de nous-mêmes, nous permet de donner à chaque instant qui passe toute sa valeur, même si cet instant consiste à ne rien faire ou à regarder des oiseaux voleter sur un arbre en fleur. Cette prise de conscience n’a rien de morbide : elle nous permet de mieux vivre et nous évite de gaspiller le temps comme de la poudre d’or qui coule entre nos doigts.
Rien, absolument rien, dans notre mode de vie occidental, ne nous prépare à affronter la mort. C’est pourquoi cette idée est extrêmement angoissante pour beaucoup de gens : la peur de ne plus vivre, de perdre tout ce que nous aimons, tout ce à quoi nous sommes attachés, par le plaisir, le bonheur, l’amour. Séparation déchirante… Après le déclin des religions, l’homme ne sait plus où trouver la consolation face à sa propre fin.
Entre le déni et l’obsession, précisément, nous pouvons construire un rapport plus libre, plus léger, à notre mortalité. Les stoïciens nous recommandent d’agir, de parler, de penser comme des êtres qui peuvent à chaque instant sortir de la vie ; ils nous enjoignent à nous réconcilier avec notre impuissance, à oser une certaine gaité, sans nous attarder dans le chagrin, les reproches, la critique. En tant que passagers dans un monde éphémère et fragile, il s’agit d’expérimenter la joie, le don de soi et la générosité.
Reconnaissons la valeur inestimable de chaque moment de vie, et décidons d’en faire le meilleur usage, en vue de notre bien et de celui des autres.
L’éthique
Au fil des siècles, les mots éthique et morale ont pris des connotations différentes, même si leur étymologie est très proche. Les auteurs contemporains les considèrent comme des synonymes. Pourtant, de nos jours la morale a plutôt mauvaise presse, souvent comprise comme une injonction à se conformer à des prescriptions, des interdits, des dogmes…
Ethique et morale ne sauraient se réduire à la simple obéissance à une règle extérieure. Elle doivent trouver leur racine, leur origine dans l’intériorité, au cœur de l’intime.
Le bouddhisme adhère à une éthique naturelle, fondée sur la liberté intérieure, et inspirée par la bienveillance, une éthique qui surgit spontanément du fond de soi-même, libérée des dogmes infrangibles.
Ce ne sont pas les index pointés qui rendent l’homme meilleur, mais une lucide compréhension des mécanismes qui nous enferment dans les passions tristes. En ce sens, l’éthique est plus proche de l’altruisme, elle consiste à accomplir le bien d’autrui. La compassion ne procède pas d’un jugement moral, elle vise à remédier aux causes de la souffrance, quelle que soit la forme qu’elle puisse prendre.
Les religions ont généralement des points de vue très tranchés sur les grandes questions éthiques, comme l’euthanasie ou l’avortement. Dans le bouddhisme, les réponses dépendent du contexte vécu ; il faut examiner attentivement chaque situation. On va s’interroger sur les conséquences en termes de bien-être et de souffrance.
On pourrait arguer que l’enfer est pavé de bonnes intentions : on peut très bien vouloir faire le bien, et manquer complètement de discernement dans l’accomplissement de cette louable intention. C’est pourquoi il faut s’affranchir de l’égarement et des distorsions de la réalité, etprendre la décision la plus avisée pour le bien du plus grand nombre, sur le long terme.
De plus, nos comportements ne découlent pas automatiquement de nos valeurs morales ! Notre morale doit être travaillée ! Etre d’accord avec des préceptes moraux ne suffit pas. Nous avons à fournir des efforts constants pour les mettre en œuvre dans notre vie quotidienne.
Lorsque nous allons bien, nous sommes capables d’être attentifs aux petits signaux émotionnels, tout au fond de nous, qui régulent nos impulsions agressives. Si nous ne sommes pas profondément déséquilibrés par nos souffrances, nos émotions savent très bien nous avertir que nous sommes en train de mal faire. Elles nous le signalent avant, et pendant l’action.
Il n’y a pas de mode d’emploi pour bien agir. Toujours, nous sommes conviés à descendre, à oser rejoindre le fin fond de nous-même, pour écouter notre boussole intérieure. Pour cela, la clarté et la paix sont indispensables, afin de cultiver le recul et le discernement. Ascèse, et méditation…
La morale ressemble au départ, ou vue de l’extérieur, à un ensemble de contraintes ; mais ces contraintes doivent être librement choisies, et pas seulement imposées. Elles ouvrent un espace de liberté plus grand que celui offert par l’absence de règles morales. Des travaux ont montré que les sociétés matérialistes, les sociétés de consommation, dans lesquelles il est « interdit d’interdire », induisent davantage d’anxiété et d’égoïsme, qui sont deux formes de perte de liberté. Et à l’inverse, comme l’écrit Rousseau : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. »
Pour résumer :
– examinons sincèrement notre motivation : « Suis-je sur le point d’agir de manière entièrement égoïste, ou en prenant le sort des autres en considération ? Ai-je à l’esprit quelques individus, ou le plus grand nombre ? A court ou à long terme ? »,
– exerçons notre discernement,
– fondons notre éthique sur une bienveillance inconditionnelle, puis considérons avec réalisme comment nous pouvons combiner cette vision avec nos capacités d’action, l’énergie et le temps dont nous disposons, et nos propres aspirations à être heureux.
La bienveillance inconditionnelle
La bienveillance commence par la présence à l’autre, par l’attention prêtée à qui nous avons en face, et non par la projection sur l’autre de nos propres besoins, de notre propre vision du monde. Il s’agit également de ne pas tomber dans une attitude paternaliste ou intrusive, mais au contraire de faire preuve de délicatesse, d’être là, simplement, ouvert et disponible, de se donner entièrement, sans attendre de retour. Cette attitude n’a rien de mièvre, de fleur bleue. Au contraire, cette approche inédite exige une lucidité et un sacré courage : savoir que la vie est tragique, qu’elle s’accompagne d’un paquet de solitude, de souffrances, d’injustices, et qu’elle se termine par la mort, sans se laisser décourager ni aigrir. La réponse à ce tragique culmine assurément dans la solidarité, loin de l’indifférence, du repli et de la méfiance.
Certaines personnes, de manière naturelle,réconfortent, aident et dispensent de la bienveillance autour d’elles, chaque jour, à petites doses, de manière discrète, souvent même sans en parler, tant cela leur paraît normal, tant cela fait partie de leur manière d’être, de leur vision du monde. Saisissant contraste avec ces chroniqueurs télé, véritables snipers payés pour dézinguer leurs invités. Ces émissions n’ont rien d’anodin, et sous prétexte de faire rire ou de provoquer un pseudo-débat, elles stimulent nos plus mauvais côtés. Elles nous exercent à ne voir que les faiblesses et les défauts des êtres humains, nous confortant ainsi dans notre sentiment de supériorité, ou au moins notre non-infériorité.
En effet, pour la plupart d’entre nous il n’est pas toujours facile de ressentir et d’exprimer de la bienveillance au-delà du petit cercle de nos proches, notamment à l’égard des inconnus, et d’autant moins s’il s’agit de personnes différentes de nous par leur comportement, leur philosophie de vie, leur culture. C’est pourquoi il est nécessaire de l’entretenir au quotidien.
La bienveillance n’est pas une récompense. Tous les humains la méritent, même ceux qui sont différents de nous, même ceux que nous jugeons malfaisants ; la bienveillance ne peut qu’éveiller ou réveiller leur humanité. Dans certains cas, elle peut s’exprimer par la fermeté ; face à une personne qui nous agresse, il ne s’agit pas de sourire benoitement, mais de rester calme et bienveillant intérieurement, tout en étant ferme avec lui, sans animosité, afin de ne pas contribuer à l’escalade de l’agressivité.
Par contre, personne n’est censé accepter l’inacceptable, et la tolérance ne doit pas engendrer une attitude permissive au regard de l’injustice, de la discrimination, de la violence. Respectons les valeurs qui nous animent, pour le bien du plus grand nombre, et tentons de les exprimer de la façon la plus claire et la plus paisible possible, en restant ancré dans une sincère bienveillance inconditionnelle.
Une des moissons de la liberté intérieure, est de pouvoirmaintenir une certaine lucidité à tout moment, d’avoir un esprit spacieux, qui accueille avec aisance toutes sortes de circonstances, favorables ou adverses, sans en être indisposé, sans nous laisser emporter par les flots troubles de la confusion mentale. Cette liberté permet de surcroît d’avoir un jugement fiable sur les meilleures réponses à apporter aux situations conflictuelles.
De notre mieux,saupoudrons nos journées et nos rencontres de regards, de gestes, de paroles de bienveillance. Et efforçons-nous d’élargir sans cesse le cercle de notre bienveillance afin d’y inclure le plus grand nombre d’êtres possible.
Et bien sûr, ne nous oublions pas nous-même ! L’autobienveillance consiste à ne pas ajouter une guerre intérieure aux difficultés extérieures. Et à adopter envers soi-même une attitude juste, au sein de laquelle on est à la fois lucide et amical. Elle est ce qui permet de se réparer et de progresser : un cadre exigent et sécurisant, dans lequel on ne craint pas d’échouer ni de décevoir, du moins on ne ressent pas ces craintes de manière obsédante ou paralysante.
Etre bienveillant pour autrui, c’est une façon de l’être pour soi-même. Et réciproquement…
La moisson a-t-elle été bonne ?
Au terme de nos entretiens, il semble que nous sommes d’accord sur le fait que la liberté intérieure ne peut avoir que des conséquences salutaires sur nous-mêmes et sur les autres. Nous sommes des « progressants », des explorateurs enthousiastes en route vers la sagesse, la joie, la liberté intérieure et la plénitude qui nous permet d’apprécier chaque instant qui passe. Nous espérons avoir su montrer aux lectrices et aux lecteurs que ce cheminement est non seulement enrichissant, mais aussi accessible et passionnant.
Le temps est venu de distribuer notre moisson à tous ceux avec lesquels nous partageons cette existence. Puissent ces moissons contribuer à soulager les souffrances du mondes, et à éradiquer à long terme les causes de la souffrance !
Des peurs passagères ou insignifiantes, jusqu’aux peurs inscrites au plus profond de notre inconscient, peurs pour nous-mêmes ou peurs pour nos proches, la nature des peurs est extrêmement diversifiée.
Peur des araignées, peur de l’obscurité, peur de perdre son emploi ou de manquer d’argent, peur de l’échec, de ne pas être « à la hauteur » au regard de l’image que nous avons de nous-mêmes, peur de perdre le contrôle des événements,…
Nombreuses sont les peurs liées à nos relations avec les autres : on a peur de « se faire avoir », ou bien de perdre sa liberté, d’être trahi, rejeté, peur de ne pas être aimé, reconnu,…
Enfin, chacun connaît les peurs liées à l’existence elle-même : peur de la solitude, de la maladie, de la souffrance, de la mort,… On pourrait allonger cette liste à l’infini…
Qui peut dire qu’il ne connaît pas la peur ?
Chez certaines personnes, elle sera peut-être à l’état latent, jusqu’à ce qu’une situation particulière vienne la révéler…
La richesse du vocabulaire de la peur atteste des différentes formes qu’elle peut prendre : doute, inquiétude, crainte, frayeur, trouille, frousse, panique, anxiété, angoisse, terreur, etc. Certains mots illustrent des peurs très spécifiques : trac, vertige, claustrophobie et autres phobies de toutes sortes,…
On peut distinguer la peur instinctive et la peur « psychologique ».
La peur instinctive est celle qu’on éprouve face à un danger : elle peut décupler notre énergie vitale, et nous permettre de crier ou de fuir ! C’est l’instinct de survie, que les animaux connaissent aussi. Cette peur-là est salutaire, bien sûr !
Et puis il y a les autres sortes de peurs, celles qui ne sont pas toujours justifiées. Elles sont liées à la mémoire de souffrances anciennes ; certaines sont inscrites dans nos cellules depuis de nombreuses générations… D’autres sont liées aux histoires que nous nous racontons en imaginant de futures souffrances…
Bien souvent alimentées par nos émotions et nos pensées, celles-ci nous empoisonnent la vie inutilement…
Une peur est le fruit de deux ingrédients : nous avons peur lorsque, d’une part, nous nous sentons menacé, et de l’autre, nous éprouvons un sentiment d’incapacité à faire face à cette menace. La plupart du temps, nous essayons d’agir sur la menace elle-même, en prenant des précautions multiples, des mesures de sécurité diverses (verrous, contrats d’assurances, évitement de certaines situations, etc.). Mais peut-être pourrions-nous également nous interroger sur l’autre facette, l’autre entrée de la peur : quelle représentation avons-nous de la menace supposée ? Quel est notre positionnement face à celle-ci ?
Cet exposé concerne les peurs « psychologiques », et la façon dont nous pouvons les aborder.
Les effets de la peur
Comment la peur se manifeste-t-elle en nous ? Quels sont ses effets sur notre corps physique ? Sur notre fonctionnement mental et notre développement spirituel ?
Les manifestations de la peur sur le plan physique, variées selon les individus, peuvent quelquefois être spectaculaires : voix étranglée, souffle coupé, sueurs, frissons, accélération du rythme cardiaque, pâleur, tremblements,… Mais les effets peuvent aussi être beaucoup plus sournois et passer longtemps inaperçus : tensions diverses (notamment au niveau du plexus solaire), perte de vitalité, etc., conséquences qui ne se manifesteront qu’à moyen ou long terme.
Chacun a remarqué combien la peur, bien souvent, peut entraver notre capacité d’action. De même sur le plan intellectuel, nos facultés de réflexion, de discernement, d’adaptation, peuvent être largement ou totalement annihilées, entraînant des comportements tout à fait inadaptés à la situation.
Il faut souligner le rôle extrêmement néfaste que peut jouer l’imagination dans ce contexte-là. Par exemple, si l’on m’apprend que je suis atteint d’une maladie grave,… en quelques secondes vont défiler dans ma tête toutes les images d’un scénario quant à l’évolution de la maladie, ses diverses conséquences sur ma vie, sur mon environnement, etc… Ce scénario sera ensuite répété, rejoué de multiples fois dans mes pensées ; il sera modifié, « enrichi » par les réactions des personnes auxquelles j’apprendrai « la nouvelle », ou par les informations que je trouverai sur la maladie en question. A partir d’une seule phrase prononcée, le mental va produire une infinité d’hypothèses ou de soi-disant certitudes.
Chaque fois que notre mental saisit fortement une idée ; il s’en empare à travers une certaine compréhension, limitée, déformée par des conditionnements très profondément ancrés en nous, et par nos préjugés. Mais lorsque ce processus est alimenté par la peur, il peut s’avérer réellement destructeur…
De plus, dans le cas d’une situation anxiogène qui se répète, la peur sera démultipliée par… la « peur d’avoir peur »…
La peur est donc un véritable obstacle dans le développement spirituel. Elle nous affaiblit et limite notre champ de conscience. Elle nous empêche d’être pleinement présent à ce que nous vivons, et d’accéder à une compréhension éclairée du monde, et de notre relation à celui-ci. Nous n’ouvrons pas notre cœur à l’amour qui nous est donné, ni à celui que nous pourrions donner.
Le maître Djwal Khul nous dit :
« La peur domine beaucoup de situations et jette souvent son ombre sur les moments heureux de la vie. La peur réduit l’homme à un atome de vie sensible, timide et épouvanté devant l’énormité des problèmes de l’existence, conscient de son insuffisance à faire face à toutes les situations, incapable de transcender ses angoisses et ses doutes, pour entrer en possession de son héritage de liberté et de vie.»
Les conséquences indirectes
La peur est à l’origine de nombreuses émotions. Elle peut entraîner :
– la colère (lorsqu’on a peur de ne pas obtenir satisfaction, de ne pas être entendu, ou de ne pas être respecté, etc.) ;
– l’envie, l’avidité, la cupidité, la jalousie (peur de « manquer », peur de pas être aimé, souvent liées à un sentiment de solitude, de vide existentiel…) ;
– la culpabilité (peur d’avoir blessé quelqu’un, de ne pas avoir été « à la hauteur ») ;
– etc.
Quelles que soient leurs manifestations, mes peurs ont bien évidemment des conséquences sur les autres. En particulier si je suis dans une attitude de repli, de méfiance, celui qui est face à moi aura une réponse du même type ; consciemment ou non, il se mettra à son tour dans une posture défensive, ce qui augmentera alors ma propre peur, et c’est ainsi que nous entrerons dans la spirale de l’agressivité, voire de la violence.
La compréhension de ces mécanismes psychologiques est intéressante pour mieux nous connaître nous-mêmes, mais aussi pour porter un regard différent sur les autres, nous souvenir que, derrière leurs attitudes hostiles ou désagréables, se trouve toujours une peur ou une souffrance.
Enfin, on sait combien les émotions sont communicatives. La peur, sans doute plus encore que les autres, se transmet facilement à l’environnement proche.
Lorsque je suis habité par la peur, même si je n’en parle pas ou s’il n’y a pas de manifestations apparentes, la personne qui est face à moi va la ressentir, la pressentir de façon plus ou moins confuse.
En fait, ma peur va révéler, entrer en résonance avec sa propre peur, quelle qu’elle soit, puisque la peur est présente en chaque être humain, qu’il en ait conscience ou non. C’est pourquoi, plus la personne est en paix avec elle-même, moins elle sera vulnérable à mes émotions.
Selon le même processus, chacun est plus ou moins affecté par « l’atmosphère » ambiante de son environnement et de son époque. Les informations véhiculées par les médias ont tendance à stimuler nos peurs, et comme nous sommes immergés dans une sorte de « mirage » collectif, il nous est très difficile de nous en rendre compte. En prendre conscience est pourtant le préalable pour se soustraire à son emprise.
Ces différents prolongements de la peur se vérifient aussi bien sur un individu, que sur un groupe, qu’il s’agisse d’un groupe familial, associatif, religieux, etc. ou même d’une nation. Par exemple, tous les états souhaitent devenir plus puissants que leurs voisins, ils investissent des sommes gigantesques dans l’armement, ce qui provoque une surenchère chez lesdits voisins, et ainsi de suite… Et on retrouve l’escalade de la peur et ses conséquences en chaîne.
Les causes de la peur
Au fil de l’évolution, les peurs de l’être humain ont changé de nature. Liées à sa survie physique, du temps de Cro-Magnon, elles sont à notre époque de plus en plus émotionnelles et mentales, en corrélation avec son niveau de développement. L’homme primitif avait peur de la nuit, du feu, de l’orage,… parce qu’il ignorait les lois qui gouvernent la nature. De nos jours, de la même façon, la peur naît d’une compréhension erronée, d’une compréhension parcellaire de la Vie.
L’époque actuelle permet à chacun l’accès à une multitude d’informations en provenance de toute la planète. De même, l’avancée extraordinaire des savoirs scientifiques offre une représentation toujours plus précise des phénomènes. L’être humain a une connaissance et une maîtrise de la nature jamais égalée jusque-là. Et pourtant, le mystère de la Vie reste toujours aussi profond.
Alors qu’il revendique toujours plus fort son désir d’autonomie, de « liberté », l’être humain se ressent comme un être séparé, isolé, vulnérable.
Ces sentiments d’impuissance et d’isolement donnent lieu aux peurs fondamentales, sources de toutes les autres, et communes à toute l’humanité :
la peur de la séparation, de la solitude ; peur de ne pas être aimé, reconnu, peur de l’opinion des autres, particulièrement cruciale dans nos sociétés qui ne reconnaissent que ceux qui ont « fait leurs preuves » (et quelles preuves !… performance, dynamisme infaillible, réussite professionnelle, statut social,… alors que chaque existence humaine est en elle-même un précieux cadeau au Vivant…)
la peur de l’avenir, de l’inconnu (cette peur de perdre ce que l’on a, de quitter ce que l’on connaît, même si ce sont des « chaînes » !) ;
la peur de la mort (accentuée, de nos jours, par la croyance qu’il n’y a rien après la mort, que seul existe dans ce monde ce que nos yeux peuvent voir) ;
La peur de la douleur physique est également présente chez l’homme dans toutes les civilisations. Elle s’explique par la mémoire des expériences passées, mais il semble qu’à notre époque elle soit exacerbée par l’importance accordée à l’individu, à son corps, à son égo, à son petit « moi je ».
L’humain a développé son individualité, étape indispensable sur le chemin de l’évolution, mais maintenant il doit continuer à élargir sa conscience, pour s’ouvrir à toute la communauté humaine et à l’ensemble du vivant dont il n’est qu’une cellule. Ses peurs perdront alors en intensité, faisant place peu à peu à un sentiment d’unité, de plénitude.
Quelques pistes pour dépasser la peur
Pour dépasser ses peurs, il faut le souhaiter sincèrement, en avoir compris la nécessité, afin d’accepter de les regarder en face.
La première étape consiste à les identifier. Certaines peurs nous sont très familières, quelques-unes sont plus subtiles ou se manifestent plus rarement. Il arrive quelquefois qu’une peur se cache derrière un sentiment « généreux ». Par exemple : je suis profondément touchée par le deuil récent de ma collègue, par empathie, c’est vrai, mais aussi parce que je m’identifie un peu à elle, je me dis qu’il pourrait m’arriver la même chose, et cela réveille en moi une peur inavouée.
A l’inverse, il faut veiller à ne pas considérer comme une peur, ce qu’on pourrait appeler « la petite voix de la conscience », qui nous demande d’écouter nos aspirations profondes, d’écouter notre intuition ; cette petite voix porte peut-être un sain jugement, même si elle va à l’encontre des opinions communes. Par exemple, je m’apprête à faire des études dans le domaine du sport ; tout le monde me dit que j’en ai les capacités et que cette orientation présente de nombreux avantages. Mais à l’approche de mon entrée en formation, je me sens perturbée, anxieuse. Est-ce la peur d’échouer ? Ou plutôt un doute sur ce choix professionnel qui ne correspond peut-être pas à mes valeurs ou à mes souhaits intimes ?
Certaines peurs sont insidieuses et peuvent nous ronger de l’intérieur sans même que nous en ayons conscience. Ces types de peur sont généralement en relation avec nos idéaux, nos incohérences internes, nos doutes, nos questionnements sur le sens de la vie. Mais avant de dévoiler celles-ci, peut-être pouvons-nous commencer par travailler sur des peurs plus accessibles.
La méthode est la même que pour toute émotion : observer, comprendre, expérimenter,… si possible en état de relaxation profonde. En effet, en « état modifié de conscience », le mental est beaucoup plus sensible à tout ce qu’il perçoit et aux intentions qui sont formulées.
A distance de l’émotion, dans un moment d’apaisement, voici à titre indicatif le genre de questions qui pourraient nous éclairer (sans chercher à analyser de façon rationnelle, cartésienne, ce qui nous ramènerait dans un état de conscience ordinaire). Donc, en restant le plus détendu possible, laissons surgir les questionnements et les réponses qui se présenteront spontanément :
– Dans quelles circonstances cette peur est-elle apparue ? (en présence de quelle personne ? sinon, quelle pensée l’a déclenchée ? en quel lieu ? pendant quelle activité ? dans quel état d’esprit étais-je juste avant ? ou d’une façon plus large, durant la période qui a précédé ? etc.)
– Comment cette peur s’est-elle manifestée en moi ?
– A quel moment peut-on dire qu’elle s’est dissipée ? Etait-ce de façon progressive ? Qu’est-ce qui a permis de l’atténuer ou de la faire disparaître ? Est-ce que j’en eu conscience ? Est-ce qu’il me suffit d’y penser pour qu’elle revienne ?
– Qu’est-ce que cela a touché de si profond, en moi ?
– Puis-je essayer de visualiser cette situation ou une situation identique, en imaginant que je ne serais plus victime de cet ouragan émotionnel, mais que, au contraire, je vivrais ce moment de façon plus paisible ?
Peut-être, certaines de mes réponses mettront-elles en lumière le fait que cette peur est totalement injustifiée ? Ou bien, à quel point ses conséquences sont désastreuses, destructrices pour moi-même et/ou pour les autres ? Ou encore, le temps « perdu », l’énergie dépensée d’une façon inutile, négative ?
Si ce travail est fait régulièrement et avec sincérité, ces réflexions nous reviendront, à l’approche d’une crise, nous permettant de prendre, du même coup, un certain recul par rapport à la situation. En effet il est essentiel de déceler une peur dès son apparition. Essayons de la « désamorcer » au plus vite, avant qu’elle ne prenne le dessus.
Attention,ne cherchons pas à la chasser, ce qui contribuerait à la nourrir. Plus nous lui donnons de l’importance, plus elle augmente en force. Alors simplement, constatons qu’elle est là, regardons-la avec tranquillité et bienveillance. Avec un peu d’humour, nous pouvons même lui serrer la main, histoire de nous dés-identifier totalement de cette émotion. « Elle est présente dans mon esprit, c’est vrai, mais mon esprit est beaucoup plus vaste que cela. »
Mais peut-être que tout s’est passé trop vite, et que nous sommes déjà sous sa domination. Dès que nous en prenons conscience, nous pouvons porter notre attention sur notre respiration, essayer de l’apaiser, essayer de détendre notre corps, de desserrer nos mâchoires, notre nuque,… Enfin, pour trouver un apaisement plus durable, si le contexte le permet, nous pouvons lire un texte qui nous inspire, qui oriente nos pensées vers une idée plus belle, plus vaste, qui nous aidera à sortir de notre attitude centrée sur nous-mêmes.
Lorsque nous devons affronter une situation « à risques », un obstacle ou une menace « objective », nous devons nous y préparer à l’avance, en réfléchissant à l’attitude qui paraît être la plus souhaitable pour les autres et pour nous-mêmes, sur le long terme. Puis, le moment venu, abordons les choses avec la plus grande détente, la plus grande confiance possible, sachant que nous faisons de notre mieux. L’entourage concerné y sera sensible, et donnera des réponses plus apaisées, plus lucides, plus humaines.
Pour terminer,
rappelons que de nos jours sont enseignées des connaissances de plus en plus complexes, dans les domaines de la biologie, de l’environnement, de la technologie, etc., tandis que le champ de la psychologie et celui de la spiritualité restent encore le domaine de quelques spécialistes, ou de quelques personnes particulièrement motivées.
Pourtant, une meilleure compréhension de l’esprit humain ainsi que de nos propres fonctionnements nous épargneraient tellement de souffrances…
Concernant nos peurs, si nous sommes convaincus de leurs effets néfastes, acceptons de les reconnaître, de les observer, d’en analyser les mécanismes, avec cette intention de les apprivoiser, de les accompagner, avec patience et bienveillance.
Ensuite, c’est une question de temps. Soyons confiant dans le fait qu’elles perdront peu à peu de leur force, libérant l’amour qui est en nous, et le potentiel de vie qui nous habite.
Nous offrirons à notre entourage le meilleur de nous-mêmes, et laisserons une empreinte un peu plus positive dans le cheminement de la famille humaine.
Occident, XXIième siècle… Petit humain égaré face à une multitude de sollicitations dans tous les domaines de la vie, balloté en tous sens comme une feuille morte dans les caprices du vent…
Mais il existe une autre manière d’être au monde, qui consiste à rester ouvert sur l’extérieur, tout en écoutant notre voix intérieure, celle qui chuchote des profondeurs, et nous appelle à déployer pleinement le potentiel de Vie qui nous habite…
Cette voix silencieuse nous invite à reconnaître puis à intérioriser une vision claire de notre place dans ce monde des humains, et d’une façon plus large dans le monde du vivant.
Nous sommes une cellule de cet ensemble, nourrie par cet ensemble, et dont le bonheur dépend de cet ensemble.
De même que, pour rester en bonne santé notre corps physique doit se plier à certaines règles d’hygiène (alternance activité/repos, alimentation saine et équilibrée, etc.), de même en tant que conscience humaine il nous faut écouter et respecter les lois du cosmos, que toutes les traditions ont perçues, révélées et révérées, chacune à sa manière. C’est ce que l’on appelle les secrets de la Sagesse universelle.
Les propositions suivantes sont des points de repère pour avancer vers cette Sagesse qui conduit au bonheur individuel et collectif.
Chacun peut observer le monde à la lueur de ces principes, sans à priori négatif ni positif, comme un chercheur pose une hypothèse puis conduit ses travaux pour tenter de la vérifier.
Chacun peut les laisser mûrir dans son cœur et les laisser infuser sa vie quotidienne, afin d’éprouver par lui-même leur véracité.
Feuille de route
Développons le contentement
Accueillons les choses telles qu’elles se présentent, même quand elles ne sont pas telles qu’on les aurait souhaitées.
Cessons de vivre dans l’attente d’un futur ou d’un ailleurs, supposé être mieux que ce que l’on vit ici et maintenant ; apprécions l’instant qui est là, tel qu’il est. Faisons de chaque instant un moment de fête.
Ne nous comparons pas à autrui : chacun a son champ d’expérience, son chemin, sa valeur, unique et précieuse.
Rappelons-nous que l’attachement conduit à la souffrance : attachement aux objets matériels, aux personnes que l’on apprécie, à nos convictions, à nos idées… car rien n’est permanent ; tout est énergie en mouvement, tout se transforme, tout évolue. Apprenons à rester dans le flux de la vie, sans figer les choses ; apprenons à aimer, à donner, sans peurs et sans attentes.
Développons la générosité, la compréhension aimante
Conscient de nos imperfections, nous pouvons accepter celles des autres.
Ne confondons pas la personne avec ses actes que nous condamnons peut-être ; la personne mérite notre respect et notre compassion. Quand une personne manifeste de la colère, de la jalousie, ou de l’agressivité, c’est parce qu’elle n’est pas en paix avec elle-même ; consciemment ou inconsciemment, elle se protège, elle a peur. La compréhension de ce processus nous aide à sortir du statut de « victime ». Tous les humains aspirent au bonheur, mais bien souvent ils ne savent comment s’y prendre…
Pensons à tous ceux qui n’ont pas, ou qui n’ont pas eu ce que nous avons la chance d’avoir (sur le plan matériel, affectif, mais aussi nos qualités, nos capacités intellectuelles, notre environnement culturel, etc.)
Développons la confiance et la patience
L’inquiétude, le souci, l’anxiété, toutes ces formes de peur mènent à la souffrance, elles entraînent presque toujours des conséquences néfastes, diminuant notre vitalité et notre capacité d’action.
Pratiquons la patience avec nous-même : nous ne sommes pas parfaits, mais si nous avons l’intention de faire de notre mieux, nous progresserons petit à petit ; nous sommes « en chemin ».
Pratiquons la relaxation, la détente ; apaisons-nous à l’aide de la respiration.
Découvrons la joie que procure le fait de donner un sens à sa vie : celui de chercher à progresser, et ainsi de participer à l’évolution de l’humanité vers des valeurs plus élevées.
Développons la gratitude envers la Vie qui nous anime !
Développons la présence au monde qui nous entoure : les personnes, les animaux, la nourriture, le ciel, tout ce qui est là, tout proche de nous.
Soyons à l’écoute de notre être profond, de ce qu’il souhaite manifester ; offrons au monde ce que nous sommes, seulement ce que nous sommes, tout ce que nous sommes…
Cultivons la conscience d’être une étincelle éphémère qui participe à ce vaste mystère qu’est la Vie.
Durant les 5 minutes qui viennent de s’écouler, des dizaines de perceptions ont été enregistrées par notre cerveau, des dizaines de pensées ont traversé notre esprit. Durant les 5 minutes qui viennent de s’écouler, des millions de personnes se sont déplacées physiquement, dans le pays où nous habitons, des millions de personnes ont échangé des paroles, des SMS ou des méls. Pendant le même temps, la Terre a effectué 8800 kilomètres sur son orbite, et occupe maintenant une nouvelle position, par rapport aux autres planètes de la galaxie … En cet instant précis, depuis le moment où j’ai pris la parole, chaque particule de l’univers a subi de nouvelles transformations…
La Vie est mouvement.
La Vie est communication, information, échange,…
Personne ne peut nier que tous les êtres vivants naissent, se développent et meurent, ou plutôt se transforment.
Dans la limite des connaissances actuelles, on peut vérifier cette vérité à toutes les échelles de temps et d’espace : modèles galactiques mais aussi atomiques, évolution géologique de la Terre, phénomènes divers,… La Vie est création continuelle…
Cette flaque d’eau, à mes pieds, se sera bientôt évaporée, participant à la formation de quelques nuages ; nuages qui disparaîtront, transformés en pluie ; celle-ci se retrouvera, sous des aspects extrêmement variés : dans les cours d’eau, les nappes phréatiques, dans la composition des végétaux, puis dans nos circuits sanitaires, notre alimentation, et ainsi de suite…
On sait que les objets matériels, eux aussi, s’usent et se dégradent avec le temps ; les minuscules particules qui s’en sont détachées se retrouvent en suspension dans l’atmosphère, ou agrégées en poussières…
Mais on oublie bien souvent que cette réalité, même si elle semble évidente au premier abord, est pourtant rarement perçue dans ses aspects les plus subtils. Les enseignements bouddhistes ont souligné combien il est essentiel de prendre conscience de cette loi inéluctable, afin d’atténuer toutes les souffrances qui lui sont liées dans la conduite de notre vie personnelle.
La notion d’impermanence ne concerne pas seulement l’aspect physique des choses. Elle concerne également tous les phénomènes tels que les idées, les conceptions politiques, la forme des mouvements philosophiques, religieux, les échanges économiques, les connaissances scientifiques, etc.…
Qu’en est-il pour l’être humain ?
Est-ce qu’aujourd’hui, à 55 ans, je suis vraiment le même personnage que lorsque j’avais 20 ans ?
Mon visage n’est plus tout à fait identique, mon corps physique s’est transformé, je ne ressens pas les choses de la même façon, ma compréhension du monde a beaucoup évolué,… L’ensemble de ma personnalité s’est modifiée, dans une certaine continuité, bien sûr… A chaque instant, j’ai la possibilité d’orienter ma vie dans différentes directions…
Sur le plan physique, nos cellules sont renouvelées en permanence, mais les transformations ne deviennent visibles que sur quelques mois ou quelques années. Au niveau de l’état d’esprit, des variations émotionnelles et mentales sont perceptibles très rapidement, mais elles aussi ne façonnent véritablement la personnalité que sur le long terme.
A chaque inspiration, l’air et les énergies cosmiques me pénètrent et viennent nourrir mes cellules et les niveaux plus subtils de mon être.
A chaque expiration, je donne un peu de moi-même et participe ainsi à la danse des étoiles.
A chaque seconde, je meurs à moi-même et je renais en même temps, ni tout à fait différent, ni totalement identique…
A chaque seconde, l’Univers est une œuvre inédite, tout comme les rosaces d’un kaléidoscope qui jamais deux fois ne sont semblables.
Rien n’existe dans l’univers, qui ne soit soumis aux lois de l’impermanence et de la transformation, de l’échange et de l’interdépendance.
Souvent source de souffrance…
Aujourd’hui je suis en bonne santé, demain, je serai peut-être malade,…
Aujourd’hui il m’aime, mais demain ?…
L’époque actuelle nous soumet chaque jour à cette réalité de l’impermanence : emplois instables, précaires, relations fluctuantes, y compris dans le cadre familial. Nous vivons dans une incertitude constante, tel un oiseau sur la branche.
La plupart du temps, nous n’acceptons pas cette évidence, cette réalité indiscutable.
Nous avons la nostalgie du passé, de notre jeunesse, des moments que nous avons vécus avec certaines personnes,… Nous nous accrochons à l’espoir ou à la certitude que nous pourrons reproduire les situations que nous avons trouvées plaisantes, alors qu’en réalité, il est impossible de vivre deux fois la même expérience. Cette croyance nous empêche de vivre pleinement la richesse de l’instant présent. Elle entraîne souvent des déceptions, de l’amertume. Lorsqu’il s’agit de choses que nous avons trouvées désagréables, le processus est le même : nous abordons toute situation ressemblante avec un préjugé négatif, une appréhension, voire une peur. Là encore, par cette compréhension erronée, nous nous privons de nos capacités créatives, de la possibilité d’explorer un nouveau mode d’être ou un nouveau mode de relation.
Nous refusons le changement, les petits « deuils » du quotidien, par peur de perdre ce que nous connaissons. On sait que chaque génération a tendance à penser que son époque « était dans le vrai », qu’il s’agisse des savoir-faire professionnels, de l’éducation des enfants, des valeurs de la société, etc.). Nous refusons la mort, la nôtre, celle de nos proches, nous refusons l’idée de la mort.
Cela peut engendrer un état d’angoisse terrible, que cette angoisse soit consciente ou non, présente en toile de fond de toutes nos pensées et nos actions.
… Ou alors, source de libération, de joie, de plénitude
Si nous arrivons à faire émerger consciemment cette résistance au changement, si nous avons le courage de regarder en face ce sentiment d’insécurité, nous pouvons apprendre à vivre dans l’instant présent, et à l’apprécier tel qu’il est.
Regarder en face cette vérité, accepter que les choses changent, sans regret, sans amertume ; sans cultiver la nostalgie.
Apprendre à vivre avec souplesse, fluidité, en cohérence avec cette loi universelle de mouvement perpétuel, en harmonie avec soi-même, avec les autres, avec le monde, et découvrir la libération que cela procure.
Danser avec les évènements, tout en embrassant le ciel…
Dans les situations désagréables ou douloureuses, on peut s’appuyer consciemment sur la compréhension de l’impermanence, pour souffrir un peu moins, se souvenir que cet état est passager, que la souffrance s’atténuera,…
Acceptons de nous laisser traverser par le flux de la Vie, sans chercher à le repousser ni à le retenir. Aimons ce qui advient, et nous trouverons toujours la force de surmonter les obstacles et les épreuves. Cultivons la confiance en la Vie, entraînons-nous à accepter l’imprévu, à nous y adapter, à comprendre que toute expérience est un enseignement qui développera un peu plus notre humanité.
Dans son « Petit traité de vie intérieure », Frédéric Lenoir2 écrit :
« Admettons qu’il nous est impossible d’exercer une maîtrise totale sur notre vie : les failles par lesquelles l’impromptu surgit sont imprévisibles. En voulant à tout prix contrôler cette part d’impondérable, nous nous condamnons à vivre dans l’angoisse permanente. Nous ne pouvons pas non plus contrôler autrui : nous devons accepter qu’il nous échappe toujours, y compris quand il s’agit de son conjoint ou de son enfant. […] Nous ne pouvons pas davantage contrôler totalement notre vie professionnelle soumise à tant d’aléas externes, ni nous obstiner à vivre dans l’illusion de stabilité et de sécurité.
Alors, faisons de notre mieux pour maîtriser ce qui peut l’être, à commencer par nos désirs et nospassions.
[…] Le seul fait d’acquiescer à la vie et à l’être, procure un sentiment de gratitude qui est lui-même source de bonheur, qui permet de profiter pleinement du positif et de transformer le négatif autant que faire se peut. Dire « oui » est une attitude intérieure qui nous ouvre au mouvement de la vie, à ses imprévus, ses inattendus et ses surprises. C’est une sorte de respiration qui nous permet d’accompagner intérieurement la fluidité de l’existence. Accepter les balancements des joies et des peines, des bonheurs et des malheurs, accepter la vie telle qu’elle est, avec ses contrastes et ses difficultés, son imprévisibilité. Bien des souffrances viennent de la négation de ce qui est, ou de la résistance au changement.
[…] Cette foi-confiance dans la vie se manifeste par une attitude que l’on retrouve sous divers noms dans les sagesses et les grands courants spirituels de l’humanité : l’abandon, la quiétude, le lâcher-prise. […] les stoïciens appelaient l’apatheia, la tranquillité intérieure, l’absence de toute agitation intérieure. »
Il est facile de comprendre cela intellectuellement, mais très difficile de le mettre en œuvre. Il faut y réfléchir souvent, s’habituer à regarder le monde qui nous entoure avec cette nouvelle compréhension, s’entraîner à l’appliquer d’abord à de petites contrariétés, puis à de plus importantes ; il faut du temps, de toutes façons, pour aller à l’encontre d’un fonctionnement spontané qui nous porte à s’accrocher à ce que l’on trouve agréable, et à rejeter ce qui nous déplait.
Le chemin est long, les résistances sont nombreuses, mais on peut progresser sur cette voie.
Notre ultime difficulté concerne bien sûr la mort.
Ce que nous appelons la mort, est toujours une transformation,
le passage d’une forme à une autre, d’un état à un autre. Comme la flaque d’eau a disparu, pour laisser la place à un nuage.
Comme la chenille accepte de mourir à elle-même pour devenir papillon.
Comme le grain de blé renonce à lui-même pour donner vie à un épi qui portera 100 grains de blé.
Comme l’arbre donne sa vie pour fournir le bois de nos meubles ou la chaleur de nos maisons.
Certes, la mort est une transformation plus brusque, plus radicale que les micro-modifications qui se produisent en continu, de façon progressive. Mais elle en est le fruit, et elle est nécessaire pour permettre un réel renouvellement, une véritable évolution. Ce « recyclage » perpétuel est le fondement même de la Vie.
Pour l’être humain, la mort se manifeste par la désintégration du corps physique, dont les matériaux retourneront à la nature pour alimenter d’autres êtres vivants, tandis que, selon la compréhension ou la croyance de chacun, la conscience poursuit son cheminement vers la Connaissance et la Sagesse, ou bien se désintègre elle aussi, pour aller nourrir de son énergie subtile la conscience collective, « l’âme du monde »…
A l’approche de notre propre mort, plus nous acquiescerons, et plus la transition se fera de façon naturelle. Les plus grandes souffrances viennent toujours de nos résistances.
De même, au départ de nos proches, plus nous aurons une conscience claire du travail spirituel qui s’opère sous nos yeux, mieux nous serons à même de les accompagner dans ce processus. Et la séparation nous sera peut-être un peu moins douloureuse…
La loi d’impermanence est intimement liée à celle d’interdépendance ; ce sont deux lois universelles fondamentales.
Les disciplines scientifiques qui s’intéressent au vivant connaissent bien le concept d’interdépendance ; chaque écosystème en est une illustration, et les différents écosystèmes entretiennent eux-mêmes des échanges permanents entre eux. Une fleur se nourrit de lumière, d’oxygène, de gaz carbonique, d’eau, et de tous les minéraux contenus dans le sol. Elle a également besoin des insectes pour se reproduire. En l’absence d’un de ces éléments, la fleur n’existe pas, ou n’existera plus.
L’être humain, lui aussi, doit sa vie à l’amour qui a uni deux personnes, mais aussi à l’air, à l’eau, à une alimentation variée (d’origine végétale et éventuellement animale), ainsi qu’à tous les échanges qu’il aura au cours de son passage sur terre, sur les plans émotionnel, mental, et spirituel… Nous recevons beaucoup de notre environnement, que ce soit par des contacts directs, par les multiples sources médiatiques, ou par des canaux d’énergie plus subtils.
Et réciproquement, à tous ceux qui entrent en contact avec nous, nous donnons, nous communiquons : notre patience ou notre impatience, notre courage, nos doutes, nos joies, tous nos états émotionnels, nos opinions, nos réflexions, nos interrogations,… Paroles, mais aussi échanges non verbaux, regards, attitudes, rayonnement magnétique, etc.
En développant notre conscience intérieure de l’impermanence et de l’interdépendance, peu à peu, au fil du temps, notre façon d’appréhender le monde se modifie profondément.
Nous sommes moins dépendants de nos conditionnements, de nos préjugés, de nos attachements. L’orgueil perd de sa consistance, les tendances individualistes et égocentrées s’atténuent, la perception des autres et l’analyse des évènements deviennent beaucoup moins dualistes, beaucoup plus nuancées, donc plus tolérantes et empreintes d’empathie. Le sentiment de solitude, ou l’illusion du mérite personnel, s’effacent devant la vision d’un monde qui est Unité, au sein duquel chacun a sa place mais aussi sa part de responsabilité.
Nous ne pouvons pas « maîtriser » les évènements ni les personnes, mais nous pouvons choisir l’orientation que nous voulons donner à notre vie : une idée ou un idéal, qui nous permettra d’accueillir une infinité de possibilités, sans perdre de vue la direction qui semble juste au regard de notre conscience.
Quand nous reconnaîtrons l’interdépendance et l’impermanence dans notre intériorité la plus profonde, quand nous les accepterons pleinement, en toute confiance, nos peurs se dissiperont, comme tous les mirages qui nous embrument et qui nous leurrent.
Accueillant les bonheurs et les épreuves avec la même humilité et la même gratitude envers la Vie qui nous est offerte, nous pourrons faire les choix les plus justes, pour assurer un cheminement personnel fructueux et une contribution positive à l’Histoire de la communauté terrestre.
« Petite philosophie à l’usage des non-philosophes » d’Albert Jacquard
« Petit traité de vie intérieure » de Frédéric Lenoir
Un sage paysan avait un fils, un cheval et un voisin. Un jour où le fils était allé au bourg avec le cheval, le cheval s’égara dans la montagne et le fils revint seul. – Quel malheur ! dit le voisin. – Qu’en sais-tu ? dit le paysan. Et en effet, le lendemain, le fils, parti à la recherche du cheval perdu, ne retrouva pas seulement le cheval, mais rapporta aussi de son expédition un magnifique étalon sauvage qu’il avait réussi à capturer. – Quel bonheur ! dit le voisin. – Qu’en sais-tu ? dit le paysan. Et en effet, le lendemain, en dressant l’étalon, le fils reçut une mauvaise ruade qui lui brisa une jambe. – Quel malheur ! dit le voisin. – Qu’en sais-tu ? dit le paysan. Et en effet, le lendemain, les recruteurs du roi passèrent dans le village ramasser les jeunes gens pour la guerre. Le fils, temporairement invalide, échappa à la conscription. – Quel bonheur ! dit le voisin. – Qu’en sais-tu ? dit le paysan. Et en effet, le lendemain,… Conte du folklore chinois
Nous vivons une époque très particulière – même si toutes les époques sont particulières… – dans le sens où c’est une époque faite de changements sans précédents, qui génèrent de forts sentiments de doutes, d’incertitudes
D’abord, sur le plan individuel : instabilité de la cellule familiale, insécurité professionnelle, financière, vulnérabilité psychologique et sentiment d’impuissance face à la complexité du monde,…
Et puis, nous avons une certaine impression d’isolement, de solitude ; nous n’avons plus la sensation sécurisante d’appartenir à une communauté, famille ou village, comme c’était le cas autrefois.
En occident, le contexte culturel renforce notre tendance naturelle à penser que nous sommes une individualité séparée des autres ; cela flatte notre égo et peut s’avérer gratifiant – quelquefois… mais cela a aussi quelques contreparties… Frédéric Lenoir nous explique1 que depuis deux siècles, les rapides progrès en matière de connaissances, d’éducation, de confort matériel, etc. ont permis à l’individu de s’émanciper, d’accéder à une grande liberté individuelle (liberté de choisir son conjoint, son métier, liberté d’expression, etc.). Notre individualité s’est affirmée, les méthodes de développement personnel nous permettent d’exprimer davantage nos potentialités, notre conscience s’est élargie, et cette évolution est une richesse pour nous-même et pour la société. Mais le revers de ce développement est l’individualisme, le chacun pour soi, qui favorise l’anonymat, et la nécessité d’être « meilleur que les autres » pour arriver à trouver sa place dans la collectivité… Ceci est une source de réelle souffrance : nous nous comparons continuellement aux autres (« Suis-je assez beau ? assez intelligent ? etc. »), nos relations sont plus ou moins basées sur des rapports de force, ou de séduction ; nous nous sentons en insécurité affective. Bref, cela engendre un sentiment de solitude existentielle, et nous avons tendance à combler cette sensation de vide de diverses manières (compensations matérielles, dépendances émotionnelles, addictions alimentaires, addictions à des substances chimiques ou à des comportements divers et variés).
Au niveau collectif, on assiste à une superposition de crises diverses, sur le plan économique, environnemental, énergétique, politique, social, etc.
Ou peut-être, ces multiples crises ne sont-elles que le reflet d’une crise beaucoup plus profonde, une crise qui se joue dans le cœur de l’être humain ? Toutes ces lois, toutes ces institutions, tous ces échafaudages que nous avons érigés pour nous protéger, nous sécuriser, sont-ils à la hauteur de nos aspirations profondes ? Quel est le sens de la vie ? Est-ce que le long périple de l’humain, depuis l’Homo habilis jusqu’à l’Homo sapiens sapiens, n’avait pour but que de construire un monde où il pourrait amasser de l’argent pour s’offrir des petits plaisirs égoïstes et éphémères… ?
Soumis à ces différentes tensions, internes et externes, on peut développer différentes attitudes : regretter le passé, s’accrocher au mode de vie qu’on a connu auparavant, se replier sur nos peurs et développer des réflexes de crispations par rapport à tous ces changements qui nous bousculent. On peut aussi, simplement, jouer l’indifférence, et jouir au mieux des plaisirs éphémères que nous offre la société. Mais on peut également choisir une autre voie, choisir de s’adapter aux nouveaux visages du monde, en y intégrant nos valeurs personnelles, en contribuant à notre modeste manière à le rendre un peu plus beau, en cultivant la confiance en la vie. La majorité des personnes oscille de l’une à l’autre de ces attitudes ; c’est normal, car il n’est pas facile de choisir une direction qui va à contre-courant du flot majoritaire ; et même lorsqu’on fait ce choix, il n’est pas facile de maintenir le cap…
Pourtant, les crises ne sont-elles pas toujours des passages, des phases de transformation (pensons à la crise d’adolescence…) ? L’état actuel de confusion que l’on observe dans tous les domaines de la société, ne serait-il pas le signe qu’une mutation, une transition profonde est en train de s’opérer ? Transition morale, culturelle, spirituelle… Sachant combien les accouchements peuvent être longs et douloureux… notre tâche principale consiste peut-être à rester confiant, et à imaginer, à réfléchir à la civilisation que nous souhaiterions voir fleurir, afin de contribuer de notre mieux à sa gestation.
Chacun de nous, à son niveau, a le pouvoir d’influer sur l’avenir, dans un sens ou dans un autre. Par notre passivité ou notre découragement, nous participons au maintien, sinon à l’aggravation des problèmes. Ou au contraire, nous choisissons de « faire notre part » : en adoptant un mode de vie plus sobre, des comportements plus écologiques, en participant à la diffusion d’idées constructives, etc. Mais surtout, nous pouvons faire le choix de nous engager sur un chemin de changement intérieur : travailler sur nos peurs, sur notre colère, notre avidité, notre égoïsme. Une telle attitude, pratiquée à une vaste échelle, par de nombreuses personnes, pourrait vraiment ouvrir des perspectives totalement neuves, insoupçonnées. C’est la voie que nous allons explorer ici : la voie de la fraternité.
Qu’est-ce que la fraternité ?
Nous éprouvons de l’amour ou de l’amitié pour des personnes que nous connaissons bien, qui nous sont proches : notre compagne ou notre compagnon, nos enfants, nos parents, nos amis,… La fraternité est peut-être moins passionnelle, mais elle est plus vaste. C’est un sentiment d’affinité avec des personnes, même si nous ne les connaissons pas ou peu, le sentiment de partager quelque chose d’essentiel : le fait d’être un humain. Nous sentons combien nous sommes semblables à un certain niveau. Nous pouvons nous identifier à ces personnes, ressentir comme elles, le plaisir, la douleur, la colère, la joie, l’humiliation, la peur d’être abandonné, la peur de souffrir, la peur de mourir,….
Nous avons en commun la faim, la soif, et aussi la soif de connaissances et la soif de bonheur…
La fraternité n’est pas dictée par une obligation morale que l’on s’imposerait, ni par l’attente, consciente ou non, de recevoir en retour une gratification. La fraternité est un élan du cœur, c’est la sensation intime d’être constitué de la même fibre que l’autre, mû par les mêmes désirs, les mêmes peurs, les mêmes aspirations… traversé par le même souffle… Elle est présente chaque fois que nous partageons un moment fort, un moment de complicité avec une ou plusieurs personnes : assister à un coucher de soleil, chanter ensemble, se réunir autour d’un repas convivial, échanger sur un sujet qui nous tient à cœur,…
D’une certaine manière, la fraternité est un état de fait ; les biologistes et les anthropologues nous le disent : nous avons tous la même origine, nous avons les mêmes ancêtres ! A défaut d’être frères et sœurs au sens propre, nous sommes tous « cousins », puisque de la même famille, Homo sapiens sapiens… Et, plus important encore, sous des apparences d’une diversité infinie nous sommes faits de la même substance essentielle, notre « essence » est la même, la conscience qui nous habite, la vie qui nous traverse est Une, quel que soit le nom qu’on lui donne…
Lorsque, dans notre vie individuelle, nous traversons une épreuve, de quoi avons-nous besoin ? Que quelqu’un nous offre une somme d’argent ? un bijou ? une place de cinéma ? Ou bien d’une écoute attentive, d’un regard bienveillant, d’une présence, d’une parole chaleureuse ?
Ces attitudes, qui peuvent nous être si précieuses, découlent du sentiment de fraternité. Mais à vrai dire, elles ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre… Selon notre vécu, cela peut même s’avérer impossible. On ne peut pas donner aux autres ce que l’on n’a pas soi-même reçu. Pour donner aux autres, il est indispensable de nous réconcilier avec nous-même, d’accueillir nos ombres, nos limites et nos contradictions intérieures. Dans certains cas, les thérapies sont indispensables. Mais la méditation peut aussi nous aider à trouver en nous-mêmes un état plus paisible, et un sentiment d’unité avec tous les êtres. Car ce sens de la fraternité est présent en chaque être humain.
Nous avons tous un potentiel de compassion, mais il est indispensable de le cultiver, d’en prendre soin, de le solliciter chaque jour… pour éviter qu’il ne s’atrophie.
Cela implique de dépasser notre égocentrisme, ou du moins d’élargir un peu, au moins par moments, le petit noyau de nos préoccupations. Changer notre regard sur chaque personne, sur chaque situation (chez le boulanger, ou ailleurs,…). C’est aussi prendre conscience des critiques, des jugements que nous portons en permanence sur les uns et les autres, souvent sans même nous en rendre compte tellement c’est habituel ; c’est ne pas propager des idées qui divisent, qui opposent les uns et les autres.
Certains états d’esprit nourrissent le sentiment de fraternité : la sincérité, la confiance, la générosité,… Etre à l’écoute de l’autre, prendre en compte ses difficultés, avoir du respect pour ses idées, même si elles diffèrent des nôtres. Encore une fois, ce n’est pas facile du tout ! Mais l’essentiel est dans notre intention. C’est un chemin de longue haleine, soyons patients.
Apprenons à donner, donner… sans attente, sans condition. Offrons notre attention, offrons notre temps, notre énergie, à une personne ou à une cause, sans espérer une récompense, sinon celle que procure la joie de donner. On emploie souvent l’expression « donner de sa personne » ; oui, c’est vrai, quelquefois cela peut sembler fatiguant, épuisant ; c’est simplement parce que l’on n’est pas à l’écoute de nos propres limites, on ne les respecte pas. Mais si l’on apporte autant de bienveillance à soi-même qu’aux autres, ces gestes de générosité vont nourrir notre vie intérieure, la vivifier, la déployer… Offrons ce que l’on est, avec sincérité et humilité.
Et bien qu’il ne faille rien attendre en échange, la plupart du temps, les autres à leur tour feront preuve de bienveillance envers nous, et par contrecoup envers leur entourage également ! L’être humain apprend et fonctionne principalement par mimétisme. L’esprit de fraternité est contagieux !
Bien sûr, dans de nombreuses situations il nous est impossible de ressentir de la fraternité envers telle ou telle personne. La plupart du temps c’est parce qu’on ne la connaît pas suffisamment. On la juge sur les apparences. Nous pouvons essayer de dépasser ces apparences, et voir au-delà, l’être humain qui, la plupart du temps, agit du mieux qu’il peut, en fonction du contexte et de son histoire personnelle. Chacun ne voit et ne comprend qu’une parcelle du monde, écoutons celle des autres, si l’on veut s’approcher toujours davantage de la vérité.
Et lorsqu’un comportement nous semble totalement inacceptable, respectons au moins la règle d’or, ce principe fondamental énoncé dans toutes les traditions du monde : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».
La fraternité à l’échelle d’une société, voire à l’échelle de l’humanité…
Le mot fraternité est inscrit dans la devise de notre nation. Mais peut-on dire que notre société est réellement fondée sur cet idéal ?
De nos jours, l’être humain est capable d’aller sur la lune, de concevoir des ordinateurs extrêmement performants, de manipuler les gènes humains, et de bien d’autres exploits extraordinaires. Mais il n’est pas capable d’empêcher ses semblables de mourir de faim, de dormir dehors sur un trottoir à Paris… ni de faire de la paix une priorité… Aussi bien au niveau national qu’au niveau international, l’entraide, la solidarité et le partage des richesses ne sont pas des valeurs mises en avant.
Pourtant, ce n’est pas « seulement » une question d’éthique. C’est aussi dans notre propre intérêt.
Nous sommes totalement dépendants les uns des autres : qui a fabriqué les vêtements que nous portons ? et le dentifrice que nous utilisons ? Qui a instruit nos enfants ? Qui a préparé les émissions que nous regardons à la télévision ? Qui a construit la maison où nous habitons ? etc. Même nos habitudes et notre compréhension du monde sont fortement influencés par notre environnement.
L’humanité est comme un écosystème dont tous les éléments sont complémentaireset interdépendants, chacun apportant ses compétences spécifiques, mais aussi sa façon d’être et sa compréhension uniques.
Ce phénomène d’interdépendance a des conséquences profondes sur notre qualité de vie. Si les autres se sentent bien, ils auront davantage de bienveillance envers moi. Si la société va bien, je m’y sentirai bien, je m’y sentirai à ma place, en sécurité matérielle et affective. Les sociologues ont montré que le sentiment d’appartenance à une communauté réduit considérablement les actes d’incivilité et de délinquance. La qualité des relations humaines est le premier facteur du bonheur.
Par ailleurs, différentes études affirment que si nous décidons de partager les ressources de la planète, il y auraassez pour tous ; chacun pourra assouvir ses besoins élémentaires, bénéficier d’une meilleure qualité de vie, et s’épanouir dans un climat de sécurité chaleureux. Alors, apprenons à « penser global », à penser le bien de l’ensemble.
De plus, lorsque plusieurs personnes s’unissent pour réfléchir ou réaliser une action commune, il en émerge quelque chose d’entièrement nouveau, inédit : c’est le fruit de l’intelligence collective. La coopération est créative, et elle procure de la joie ! Grâce à nos différences, on apprend, on invente, on s’améliore…
Dans chaque situation, il est indispensable d’associer la pluralité des points de vue, et de penser global, penser le bien de l’ensemble. A l’échelle de la société, il est regrettable que les savoirs soient morcelés ; chaque science est hyperspécialisée dans son propre domaine (l’économie, la physique, la sociologie, etc.), chacune ne pouvant apporter que des éclairages extrêmement partiels. Mais sans vision globale, on ne sait pas où on va, on ne peut pas appréhender les problèmes dans leur complexité. La pluridisciplinarité, le dialogue, et la prise en compte des dimensions affective et spirituelle de l’être humain apporteraient une vision du monde plus complète, plus sage.
Alors, pourquoi la fraternité est-elle si difficile à mettre en œuvre ?
En partie, parce que nous-même, nous n’y croyons pas… Le monde d’aujourd’hui est le reflet de la conscience globale de la société. Chacun de nous contribue à embellir ou à ternir sa qualité.Nous avons été façonnés par un certain mode de vie qui nous semble immuable (notre façon de concevoir l’argent, le travail, l’usage des nouvelles technologies, etc.). En fait, d’autres modèles existent ! Et beaucoup d’autres encore restent à inventer !
Parmi la multitude d’initiativesqui favorisent un vivre-ensemble harmonieux, on peut citer : les banques éthiques, le commerce équitable, l’ESS (économie sociale et solidaire), divers systèmes d’échange et d’entraide (covoiturage,…), de nouvelles formes d’habitat collectif, et de nouveaux modèles d’organisations au sein des entreprises, basées sur la gestion participative, les rapports de confiance, et la bienveillance. On peut citer aussi les projets de coopération internationale, et bien sûr les ONG, les associations humanitaires et celles qui œuvrent pour la justice et le respect de la dignité humaine, etc. Le Bouthan, petit pays niché dans l’Himalaya, refuse le concept de PIB (produit intérieur brut) ; il a mis en place un nouvel indicateur de richesse basé sur un développement doux, qui préserve l’humain et son environnement : le BNB (bonheur national brut).
Cependant, malgré toutes ces magnifiques réalisations, il est vrai qu’il reste encore beaucoup à faire.
Il serait bon que les médiasmettent en valeur toutes les actions qui vont dans ce sens. De même, le système éducatif, de la maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur, pourrait axer davantage ses méthodes sur l’entraide, la coopération, la réflexion collective, l’échange des compétences.
La fraternité est le fondement sur lequel nous devons édifier l’avenir, l’idéal qui doit inspirer chacune de nos actions, chacun de nos projets. Les différentes crises que traverse actuellement la société semblent insurmontables. Pourtant, dès lors que nous aurons fait le choix de mettre le respect du vivant au cœur de chaque problématique, d’innombrables idées pourront fleurir et permettre de bâtir une société de partage, dans laquelle il sera plus facile à chacun de se révéler, de s’épanouir en toute confiance. Lorsqu’on accède à une telle qualité de vie, on est moins avide de consommation, on découvre la joie des choses simples, on devient plus attentif aux autres, plus altruiste ; on assume ses responsabilités, on se sent concerné par le bien de la collectivité, et on s’y implique…
Le chemin n’est pas tracé d’avance, c’est à nous de le créer, un pas après l’autre. Nous pouvons commencer maintenant. Faire le premier pas. Et le premier pas est peut-être de reconnaître la force créatrice de nos pensées. Toute chose, toute création prend toujours sa source dans l’imagination. Rêvons pour le monde un avenir lumineux, et engageons-nous sur ce chemin… S’engager dans une telle démarche apaise les angoisses et donne du sens à notre vie. Par la force de nos aspirations et l’élargissement de notre conscience, nous participons à la transformation continuelle du monde. Pour cela, il nous faut oublier le connu, et inventer notre vie à chaque instant du quotidien. Je fais ce que ma conscience me demande de faire, peu importe si je marche à contre-sens de la majorité, peu importe si je ne vois pas le fruit de mes actes. Seul compte ce que je suis, ce que je fais maintenant, en ce moment présent, attentif à mon entourage, sans jamais perdre de vue la communauté humaine à laquelle j’appartiens, ni celle du vivant, l’écosystème Terre.
Pierre Rabhi nous dit : « C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains. »
Conclusion
En ce début de XXIème siècle, pour la première fois de l’histoire humaine, les crises, les problèmes, les enjeux ont pris une dimension planétaire. Mais les possibilités de se relier, elles aussi sont devenues globales, multiples, accessibles à tous. Et surtout, nous avons développé un niveau de conscience qui nous permet de choisir le monde que nous souhaiterions pour demain. Saurons-nous relever les défis inédits qui se présentent aujourd’hui à l’humanité ?
Si nous aspirons à un monde fraternel, cette magnifique idée prendra forme peu à peu. Et des réponses insoupçonnées émergeront progressivement.
Le seul fait d’agir en accord avec notre conscience, avec notre éthique intime, en lien avec nos aspirations les plus nobles, les plus généreuses, est une source de satisfaction inépuisable, une merveilleuse raison de se lever le matin pour « faire notre part ».
L’Histoire a montré maintes fois que des idées qui paraissaient utopiques, irréalistes, finissaient par faire leur chemin et triompher (ex : la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, et bien d’autres…). Mais cela nécessite une forte conviction, et une aspiration profonde à servir l’humanité.
Nous vivons une époque passionnante…
Terminons par deux citations inspirantes. La première est d’Albert Einstein : « Un être humain fait partie d’un tout que nous appelons l’Univers ; il demeure limité dans le temps et dans l’espace. Il fait l’expérience de son être, de ses pensées et de ses sensations comme étant séparé du reste ; une sorte d’illusion d’optique de sa conscience. Cette illusion est pour nous une prison, nous restreignant à nos désirs personnels et une affection réservée à nos proches. Notre tâche est de nous libérer de cette prison en élargissant le cercle de notre compassion afin qu’il embrasse tous les êtres vivants et la nature entière dans sa splendeur. »
L’autre citation est de Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons tous ensemble comme des idiots. »
Conférence de Frédéric Lenoir : « Guérir le monde »
Il est étrange de constater qu’on étudie, à l’école, puis au collège et au lycée, de nombreuses disciplines : les math, la géographie, l’histoire de l’art, etc., toutes sortes de connaissances bien utiles il est vrai, pour comprendre le monde qui nous entoure. Mais qu’en est-il de la connaissance de soi-même, qui va pourtant conditionner toute notre vie intérieure, ainsi que les liens que nous tisserons avec les autres, et avec ce monde, justement ?…
Mais… je sais bien qui je suis !!! allons-nous objecter…
Nous arrivons sur terre avec un certain patrimoine génétique, qui nous donnera différentes caractéristiques morphologiques, physiologiques, ainsi que des traits de caractère psychologiques, des tendances. Mais ces « données de départ » ne sont qu’un potentiel qui pourra être plus ou moins développé selon les circonstances que la vie nous proposera. Dès la naissance (en supposant que nos besoins matériels soient assouvis (chaleur, nourriture, etc.), tout notre environnement a un impact très puissant, sur le plan affectif bien sûr, mais aussi sur notre tendre intellect en formation.
Notre mental va s’emparer de chaque geste, chaque parole, chaque intention silencieuse, perçue dans notre sphère psychique, pour se construire une représentation de notre identité. Nous allons ainsi solidifier certaines de nos tendances, en renier d’autres, réduisant ainsi le champ des possibles, jusqu’à nous convaincre que « nous sommes ceci plutôt que cela ». Ainsi va s’édifier ce que nous appellerons notre personnalité, ou encore notre ego.
Nous lui attribuerons notre compréhension du monde, nos convictions, comme si elles étaient le fruit de notre propre discernement, alors qu’en grande partie elles seront dues à des conditionnements inconscients. De plus, nous voulons donner aux autres une certaine image de nous-mêmes, et cette attitude va peu à peu renforcer notre croyance dans cette représentation de nous-mêmes, elle va nous y enfermer. Par exemple si je veux, dans le cadre professionnel, donner de moi l’image de quelqu’un d’efficace, rapide, performant, je serai moi-même pris dans cette illusion, je la cultiverai, même dans ma vie personnelle (consommation de loisirs, hyperactivité, etc.), et n’écouterai pas une autre partie de ma conscience, qui aspire peut-être à prendre du temps pour développer mes qualités artistiques ou pour contempler la nature.
Notre vécu va peu à peu amener certaines « croyances »1à s’installer en nous, « devenir » nous. Nous percevrons les évènements à travers leurs filtres ; cette vision de la vie deviendra pour nous « la réalité ». Par exemple, je crois peut-être que, si je ne me comporte pas de telle façon, mon mari ne m’aimera plus (ou ma mère, ou mon enfant,…).
On peut aussi être convaincu que telle blessure émotionnelle que l’on a vécue dans le passé a définitivement détruit quelque chose en nous. Inconsciemment on entretient cette croyance qui nous emprisonne, car nous avons fait de notre histoire, une identité à laquelle nous sommes attachés, même si cette histoire est douloureuse. Lâcher cette image de nous-mêmes nous ferait peur, on ne peut même pas l’envisager… Les neurosciences nous apprennent pourtant que notre cerveau est capable de se remodeler, de créer, défaire ou réorganiser des réseaux de neurones. Ne figeons pas les choses ; tout est ouvert…
Apprendre à se connaître, à débusquer nos émotions, nos schémas de pensée inconscients, va nous apporterdavantage de liberté intérieure. Nous serons moins manipulés par nos propres réactions, nos habitudes, nos rôles, nos masques, donc à fortiori nous serons moins victimes de l’influence inconsciente que notre environnement peut avoir sur notre façon de penser et notre façon de vivre (l’entourage, les médias, la publicité, etc.).
Notre compréhension de la vie détermine notre façon de « lire » les évènements. Quelques exemples :
– une personne sensible à la souffrance animale, aura tendance à repérer très rapidement tous les animaux maltraités partout où elle se rend, alors que d’autres personnes, en toute bonne foi, ne les auront pas vus ;
– une autre personne, qui comprend les relations humaines comme des rapports de force, se sentira tout le temps agressée (et bien sûr, se montrera fréquemment agressive, ou du moins sur la défensive) ;
– ou encore, une personne qui n’a pas confiance en elle, aura souvent l’impression que les autres la jugent, la méprisent, ou l’excluent.
Si nous avons une meilleure connaissance de nous-mêmes, nous distinguerons mieux tout ce qui se joue dans nos relations aux autres, et celles-ci deviendront plus justes, plus saines.
D’une façon générale, notre lecture du monde sera différente, nous comprendrons mieux notre part de responsabilité dans les évènements qui se présentent à nous, mais aussi dans les problèmes de société.
Enfin, nous serons plus à même de faire des choixen lien avec nosaspirations profondes, de donner, en conscience, une orientation à notre vie.
Comment mieux se connaître ?
Comme dans de nombreux domaines, une profonde aspiration à cette connaissance de nous-mêmes est absolument nécessaire ; une aspiration sincère, plus forte que la peur de ce que nous allons découvrir, nous conduira progressivement à une connaissance de plus en plus subtile…
Nous devons nous préparer à accepter, avec une grande humilité, les aspects les plus sombres de nous-mêmes, avec beaucoup de bienveillance. En chacun de nous coexistent des zones plus ou moins sombres et des zones plus ou moins lumineuses. En tant qu’être humain, notre mission consiste à apporter la lumière de notre conscience sur les zones obscures, et à nourrir les zones les plus lumineuses. Chaque prise de conscience d’un aspect négatif est toujours un moment douloureux ; c’est le pas le plus difficile ; ensuite, il n’est pas facile non plus de se transformer, même si c’est notre souhait, mais le processus est en route, et avec le temps, il portera ses fruits.
Sachons être reconnaissant envers la beauté de ce qui se joue en nous-mêmes, acceptons que ce soit un très lent cheminement, et acceptons d’y contribuer humblement, dans la limite des moyens qui sont les nôtres en cet instant.
Cette acceptation est la condition indispensable pour progresser dans la connaissance de soi.
Nous connaissons bien cette injonction de la tradition chrétienne : « Aime ton prochain comme toi-même ». Nous avons bien compris qu’il nous était demandé d’aimer notre prochain. Mais avons-nous bien entendu que nous devons aussi nous aimer nous-mêmes ? Nous accorder tout le respect, toute la compassion que nous souhaiterions accorder aux autres ? Un amour sans restriction, sans condition ?
De même, les enseignements bouddhistes nous invitent à « accepter ce qui est »… Peut-être serait-il essentiel de commencer par soi-même ?… Une acceptation profonde des différents visages qui nous composent, sera certainement le meilleur moyen d’accepter le monde extérieur, car nous en verrons toutes les analogies avec notre monde intérieur, nous prendrons mieux la mesure de sa complexité.
Si nous avons reconnu nos propres faiblesses, nos propres contradictions, nous serons beaucoup plus compréhensifs, plus tolérants envers les autres.
Par exemple, nous pourrons regarder une personne qui a commis un acte malhonnête, sans la cataloguer comme une personne malhonnête. Nous désapprouverons son acte, sans porter sur la personne un jugement qui l’enfermerait dans une image définitive, irréversible.
Cessons de figer les choses, cessons de mettre des « étiquettes » sur les autres (c’est très difficile), mais d’abord sur nous-mêmes (et quelquefois c’est encore plus difficile !).
Ecoutons ce que nous disent les autres, nos proches en particulier. Leur regard extérieur, même s’il n’est pas toujours objectif ou s’il est quelquefois maladroit, peut apporter un éclairage précieux, à condition qu’on ne reçoive pas les remarques comme des reproches, que l’on ne se sente pas « jugé ».
Observons également ce qui nous irrite, ce qui nous contrarie, chez les autres ; ce sont quelquefois des traits de caractère qui sont aussi présents en nous, et que nous ne voulons surtout pas regarder en face.
L’aide de personnes extérieures est bien souvent indispensable pour panser nos blessures les plus anciennes. Les amis, bien sûr, mais aussi les professionnels de la psychologie, les ateliers de développement personnel, proposant des approches très diversifiées, vont nous aider à reconnaître les douleurs encore présentes, à prendre conscience des expériences qui ont pu nous blesser dans le passé, et à prendre de la distance vis-à-vis des cicatrices encore vives qui subsistent certainement. Avec le temps et la compréhension de ce qui nous enchaîne, ces méthodes pourront nous aider à pardonner ceux qui nous ont blessés, et à nous pardonner à nous-mêmes l’hostilité ou la haine que nous avons pu éprouver envers les personnes qui nous ont fait souffrir.
Les pratiques artistiques et le travail corporel peuventnous permettre d’exprimer un vécu émotionnel, sans passer par le mental, qui bien souvent nous en interdit l’accès.
Les échanges, les lectures, ou tout apport de connaissances sur les sujets qui touchent à des questions existentielles, pourront éclairer les limites de notre compréhension et les repousser progressivement.
En fait, chaque instant de la vie quotidienne, peut devenir un véritable enseignement.
Lorsque nous agissons ou abordons les situations sans être réellement présent, attentif, conscient, nous accumulons des conditionnements supplémentaires. Le mental et les émotions contrôlent notre vie, à notre insu. Mais lorsque nous abordons les situations en restant connecté à notre ressenti intérieur, en restant attentif à nos attitudes, nous faisons à chaque fois un pas de plus vers la connaissance de nous-mêmes.
Je remarque, par exemple, que je ne me comporte pas de la même façon en présence de telle personne ; dès que celle-ci est présente, je ne dis pas les mêmes choses, le timbre de ma voix est un peu différent, je suis plus attentive à ma posture, etc. Pourquoi ?
Il s’agit d’activer une partie plus subtile de notre esprit, un niveau de conscience plus vaste, qui regarde, qui est le témoin de nos actions, de nos paroles, de nos émotions, et même de nos pensées. Cela nous permet d’être beaucoup moins identifiés à celles-ci, et de nombreuses transformations s’opèrent sans même avoir à faire des efforts pour cela. A condition toutefois, d’accueillir ce qui émerge avec beaucoup d’amour…
La méditation nous permet d’expérimenter cet état de présence dans des conditions facilitantes (immobilité, silence, calme…). Peu à peu, avec une pratique régulière, cette « observation intérieure » nous devient plus naturelle, y compris dans les situations du quotidien.
Nous remarquerons d’abord les spécificités de notre identité personnelle : nos besoins, nos désirs, nos peurs, nos fragilités, nos limites, nos facilités, nos atouts,… Puis nous découvrirons les mécanismes psychologiques communs à la majorité des humains : les désirs et les peurs les plus profonds, les plus archaïques.
La méditation, c’est aussi l’écoute de notre silence intérieur. C’est un état privilégié pour accéder peu à peu à des niveaux très subtils de notre être. Quand le mental se tait, ou du moins s’apaise, il laisse la place à une connaissance intérieure profonde, de la Vie qui nous habite. Quand nous osons lâcher nos représentations, en particulier celles de nous-mêmes, que nous avons construites au fil du temps et que nous entretenons soigneusement jour après jour, alors nos limitations habituelles se dissipent, ouvrant sur un espace vaste et lumineux.
Quelques clefs du fonctionnement psychologique
Nous n’allons pas, ici, proposer un cours de psychologie, mais simplement lister, en vrac, quelques exemples, quelques pistes de réflexions que chacun pourra approfondir s’il le souhaite. A noter que ces quelques notions de base pourraient tout à fait être enseignées dès le plus jeune âge, en adaptant bien sûr les méthodes à chaque niveau de maturité.
L’égo, c’est la conscience que l’on a de sa propre personnalité. La personnalité d’un être humain est constituée d’uncorps physique que nous connaissons bien (morphologie et fonctionnement physiologique), mais aussid’uneactivité psychique intense, faite d’émotions et de pensées entremêlées. Ces deux aspects sont indissolublement liés, interdépendants. Un fonctionnement harmonieux entre ces différentes composantes est la condition indispensable à une bonne santé physique et psychologique, ainsi qu’à un épanouissement de la conscience dans des dimensions de plus en plus subtiles, celles que l’on peut qualifier de « spirituelles ». Il est essentiel de considérer tout être humain, à commencer par soi-même, dans son aspect holistique, global, y compris dans les relations qu’il entretient avec son environnement. La médecine ayurvédique et de nombreuses autres thérapies alternatives prennent ainsi en compte la personne dans son ensemble.
En l’état actuel de l’évolution humaine, la vie émotionnelle occupe une large place. Il faut bien comprendre que des émotions négatives telles que l’irritation, l’impatience, la jalousie, etc. ne transformeront pas la situation dans le sens que nous souhaiterions. En revanche elles nous procurent beaucoup de souffrance. De plus, nos peurs et nos désirs vont souvent à l’encontre de notre « raison », ce qui entraîne des contradictions internes et de la confusion. D’où la nécessité d’apprendre à repérer nos émotions, y compris les plus subtiles, sans les rejeter, sans chercher à les « maîtriser », simplement en les reconnaissant sans culpabilité, en les accueillant avec beaucoup de bienveillance ; avec le temps, leur emprise s’atténuera peu à peu.
Abraham Maslow, psychologue américain dans les années 1940, a identifié et hiérarchisé des besoins de différentes natures, chez l’être humain :
les besoins primaires, physiologiques (air, eau, chaleur, nourriture, etc.) ;
les besoins de sécurité et de protection (confiance, tendresse, mais aussi sécurité matérielle, codes sociaux et autres repères) ;
les besoins d’appartenance, besoins d’échanges sociaux (faire partie d’une famille, d’un groupe, partager) ;
le besoin d’estime de soi et le besoin de reconnaissance ;
les besoins de créativité et d’accomplissement de soi (« se réaliser soi-même » à travers une œuvre, un engagement).
Cette théorie stipule que l’homme n’atteint le plein développement de son psychisme que s’il est satisfait sur tous les plans. Rappelons que tout est en mouvement, et qu’un besoin satisfait à un moment donné ne l’est pas forcément de façon définitive.
Bien souvent, nousdésirons quelques chose, mais quand nous l’obtenons nous ne sommes pas satisfaits ; nous désirons aussitôt autre chose. En fait, nous n’avons pas entendule véritable besoin qui se cachait derrière. Par exemple, je suis en permanence dans l’attente des vacances, parce que mes conditions de travail ne permettent pas à ma créativité de s’exprimer : j’exécute des tâches répétitives, je ne peux prendre aucune initiative, etc.
Quand nous ressentons une insatisfaction sans en identifier la cause profonde, nous tentons de combler le manque par des plaisirs éphémères et inappropriés. Il s’agit d’une stratégie inconsciente de compensation.
Un besoin non satisfait va employer tous les moyens pour se faire entendre. Même si le contexte actuel de notre vie ne peut y apporter de réponse, il est indispensable de l’identifier, de le rendre conscient, et de l’exprimer d’une manière ou d’une autre, que ce soit à travers des créations artistiques ou par la parole. Sinon, nous risquons de somatiser, de développer une maladie. Comme le dit Jacques Salomé : « Ce que l’on ne met pas en mots, on le met en maux. ». Certaines personnes risquent de l’exprimer par un état dépressif ou colérique. Apprenons à verbaliser, à dire nos émotions, à dire ce qui nous convient, ce qui nous dérange, à expliquer nos ressentis ; beaucoup de choses nous paraissent évidentes, mais ne le sont pas forcément pour les autres. Chacun a son propre fonctionnement.
Et bien sûr, réciproquement, apprenons à écouter l’autre au-delà de ses paroles. De nombreuses personnes n’arrivent pas, justement, à verbaliser. Leur comportement, leurs attitudes ont peut-être des choses à nous dire.
Il est plus facile, pour une personne qui reçoit ou a reçu beaucoup d’amour, de donner beaucoup d’amour. Les personnes qui manifestent de la méchanceté ou de l’agressivité, sont toujours des personnes qui sont dans un certain mal-être, conscient ou non.
Nous croyons souvent que notre mal-être vient de l’extérieur (des autres, ou de nos conditions de vie, etc.). Pourtant, dans des circonstances identiques, dix personnes auront des réactions bien différentes. Le regard que l’on porte sur les évènements est essentiel. Il peut, soit nous rendre très malheureux, soit nous laisser plus ou moins indifférent. Ou bien encore stimuler notre aspiration à transformer les choses, à les améliorer, un peu comme un défi …
Que ce soit sur les plans matériel, affectif, culturel, spirituel, à tous les niveaux nous avons besoin des autres.
Les autres sont un miroir pour nous : si nous manifestons une attitude sincère d’ouverture, de sympathie, de confiance, il est probable que nous recevrons beaucoup plus, de notre entourage, que si nous étions dans une attitude négative.
Ne nous arrêtons pas aux apparences, écoutons notre nature profonde.Tant que je suis en situation de supériorité, même minime, et bien souvent de façon très subtile, inconsciente, les choses vont plutôt bien pour moi. Lorsque les choses s’inversent, mon monde s’écroule, je me crois « nul », incompétent, indigne de l’amour des autres, et c’est l’enfer intérieur. Nous sommes en permanence en train de nous comparer avec les autres. Cela entraîne beaucoup de souffrance et des relations aux autres qui ne sont pas saines. Nous n’avons pas à prouver notre valeur, ni par les actions que nous accomplissons, ni par notre pouvoir de séduction. L’écoute intérieure nous donnera peu à peu une confiance tranquille dans notre valeur en tant qu’être humain.
Conclusion
Espérant qu’à l’école soient bientôt enseignées quelques notions fondamentales de la psychologie humaine, ainsi que certaines pratiques qui permettent d’apprendre à se connaître soi-même, chacun de nous peut, dès à présent, expérimenter la joie de s’engager dans cette quête passionnante et sans limites.
La complexité de l’être humain n’a pas fini de nous surprendre, et plus encore, la beauté silencieuse et transparente de sa nature profonde.
Sur le temple de Delphes, figure cette inscription qui inspira toute la philosophie de Socrate : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les Dieux ».
Et au cœur de la connaissance, il y a l’amour.
(1) Quelques exemples de croyances
o « La vie est compliquée .Ou injuste. » (ou au contraire : « La vie est pleine de belles surprises. Ou de défis qui me permettent d’avancer.») etc. o « Je peux et je dois maîtriser ma vie (ou maîtriser les évènements, ou mon environnement ; maîtriser le monde !) » o « Il faut se méfier de tous les hommes (ou de toutes les femmes) » o « Après ce que j’ai fait pour elle, cette personne m’est redevable. » o « Je ne mérite pas ceci ou cela, je mériterais beaucoup mieux. » o « Le monde est hostile, les êtres humains sont tous des ennemis potentiels, il ne faut faire confiance à personne. » o « Si j’avais ceci ou cela, je serais enfin heureux(se) » o « Je dois me méfier de la tendresse que me donne cette personne, cela me rendrait vulnérable. »