La spiritualité

M.Christine2016

Quelles sont les valeurs mises en avant par notre civilisation occidentale ? Si je veux « exister» aux yeux des autres, je dois : appartenir à une certaine catégorie socio-professionnelle, gagner beaucoup d’argent, être rapide, rationnel, performant, dans mon métier mais aussi dans ma vie personnelle, consommer des loisirs, des activités culturelles, posséder les objets technologiques les plus récents, habiter une maison grande et moderne, soigner mon apparence jusque dans les moindres détails, être beau, jeune, toujours en forme…

Mais cette exigence de « perfection » dans ce que l’on donne à voir, ne nous apporte ni liberté, ni paix, ni bonheur ; tout juste quelques satisfactions ponctuelles et très éphémères…

Face à ce monde « désenchanté », chacun réagit à sa façon. Certaines personnes adhèrent totalement à ce fonctionnement, rassurées d’être « comme tout le monde », dans le flot, ce qui leur donne l’illusion qu’elles resteront invincibles. D’autres se replient sur elles-mêmes, sur des valeurs du passé, sur l’obéissance à des règles, à un cadre imposé.

Mais il existe une autre voie, ou plutôt une multitude d’autres voies, personnelles à chacun, que l’on peut regrouper sous le terme d’« attitudes spirituelles ».

Qu’est-ce que la spiritualité ?

La spiritualité est souvent assimilée à l’idée de religion. En fait, chaque religion met à notre disposition des messages et des rituels destinés à éveiller notre sens spirituel. Mais au fil des siècles, les humains les ont rigidifiés en dogmes, que l’on doit admettre, respecter, vénérer. De nombreuses communautés religieuses affirment enseigner « la vérité », une vérité qui exclut toutes les autres.

Pourtant, une vision spirituelle du monde et de la vie peut aussi être nourrie par une recherche personnelle.

Chacun peut construire pierre par pierre sa propre compréhension. Chacun peut puiser dans différents enseignements religieux ou philosophiques, les conceptions qui lui conviennent, lorsque son expérience personnelle lui a permis de les vérifier « de l’intérieur ».

La spiritualité n’est pas une compréhension figée, une certitude, c’est une démarche, un cheminement continu, avec peut-être, des phases de « réveil », et puis des phases plus passives, ou des phases de doute …

Cette démarche est généralement impulsée par les questionnements que porte chaque être humain dans les profondeurs de son inconscient : quel est le sens de la vie, de la souffrance, de la mort… ?

Pour certains, la spiritualité est le fruit d’une intuition, l’intuition d’une réalité invisible, intemporelle, illimitée.

Chacun, selon sa culture et selon sa représentation, peut la nommer à sa manière : l’Esprit, le Divin, la Conscience Universelle, la Vie (avec un V majuscule), l’Âme du monde, etc. On peut aussi ne pas la nommer du tout, conscient que le langage va déformer, donner une représentation extrêmement réductrice de cet immense mystère. Mais quel que soit le nom qu’on lui donne, on retrouve ce sentiment intuitif d’une dimension supérieure, à laquelle on appartient tout entier, et qui est notre nature profonde.

Sur ce niveau de réalité, la Vie est Une. Tous les êtres, toutes les choses sont unifiés. Et en même temps, cette puissance invisible et silencieuse fait que chacun est un individu unique, et sacré.

La spiritualité, c’est le sens du Sacré. La Vie est comprise et ressentie comme quelque chose d’infiniment précieux. Elle peut être perçue comme un flot d’Amour qui traverse et anime tous les êtres vivants.

Certaines personnes refusent le terme de « spiritualité », parce qu’elles ont du mal à dépasser la représentation qu’elles s’en étaient faite, mais leur propension spontanée à prendre soin du vivant, en est pourtant une expression lumineuse. Tous les élans du cœur, la joie de rencontrer les autres, l’altruisme, le dévouement, l’empathie, la bienveillance, l’amour, sont des manifestations d’une sensibilité à ce qu’est l’essence de la vie.

D’un point de vue plus large, toute motivation qui nous détourne de notre égocentrisme, toute action désintéressée qui nous pousse à nous préoccuper du vivant, à essayer de le comprendre,  est le signe d’un éveil à cette qualité subtile, impalpable, qui relie toutes choses.

Que l’on s’intéresse aux humains, aux animaux, à l’environnement, à la biologie, à l’astronomie, mais aussi aux mathématiques, à la philosophie, à la poésie, etc., chacun de nous, de multiples façons, révèle sa dimension spirituelle.

La spiritualité ne s’oppose pas au monde matériel ! Elle en est simplement la face cachée, qu’il est essentiel de reconnaître pour apprécier la vie dans sa plénitude.

La conscience spirituelle ne regrette rien du passé. Elle n’attend pas non plus que le futur lui apporte le bonheur. Elle se vit au présent, au quotidien. C’est simplement un autre regard sur ce qui est là, et un cœur confiant.

Vers un art de vivre spirituel ?

Le « sens spirituel » est présent chez tous les enfants. Pour quelques personnes, il restera toujours une évidence. Mais bien souvent, comme on l’a vu, notre mode de vie nous en a écartés rapidement : l’esprit de compétition est cultivé dès l’enfance… Une fois adultes, notre fonctionnement et notre compréhension du monde laissent  très peu de place pour l’écoute de notre vie intérieure, et pour une vision de la vie plus vaste que celle que nous procurent nos sens extérieurs. De plus, la spiritualité reste, pour de nombreuses personnes, un sujet tabou, un concept flou associé à une religion ou à un système de croyances. Dans le meilleur des cas, elle est comprise comme une vision étrange de la réalité, fondée sur une perception intuitive qui n’a forcément aucune valeur, puisqu’elle n’est pas vérifiable par une démarche scientifique ; pour certains, elle peut rappeler l’obscurantisme du moyen-âge, et elle peut faire peur …

Cependant, tôt ou tard, brusquement ou progressivement, le besoin de trouver du sens ressurgit, puis s’impose, s’amplifie, jusqu’au jour où il devient le but premier de notre vie. Cela signifie que, au quotidien, instant après instant, on fait des choix, on donne des priorités, on réfléchit à ce qui est essentiel, pour nous et pour l’humanité : dans nos activités, dans nos attitudes, nos paroles, nos relations, etc.

Nous allons, entre autres choses, privilégier un rythme de vie qui nous laisse le temps d’être présent… au moment présent. Présent à ce que l’on fait, au moment où on le fait. Un rythme de vie qui nous laisse aussi des moments pour réfléchir à ce qui vient de se vivre, prendre du recul, intégrer ce qui s’est joué dans telle ou telle action, notamment si celle-ci implique une relation aux autres. Comme le dit le philosophe Paul Virilio : « Il ne faut pas que le réflexe remplace la réflexion. Il faut se laisser le temps de réfléchir, le temps d’aimer ». Pierre Rabhi nous rappelle également qu’« on oublie trop souvent que ce n’est pas le temps qui passe, mais nous qui passons. Nous passons trop souvent à côté de nos vies, qu’il nous faut apprendre à habiter, à tous les instants. ».

Cela nous amènera progressivement à regarder, à écouter les choses d’une façon plus profonde. A mieux nous connaître, également. A observernos fonctionnements psychologiques, nos schémas mentaux, nos peurs, nos défenses, nos jugements étriqués, nos croyances,… afin d’être de plus en plus sincère avec nous-mêmes, et d’exprimer au mieux la part de vérité qui nous a été confiée.

Il nous faut apprendre à percevoir ce qui ne se voit pas, « l’âme » des personnes et des choses, et sur ce niveau de conscience-là, on expérimente la notion d’Unité, on ne se sent pas séparé des autres, et on comprend notre double nature, individuelle et universelle…

On développe notre capacité à « écouter » notre voix intérieure, mais aussi à être attentif, disponible aux messages que nous offrent les circonstances, les situations,…

Antoine de Saint Exupéry l’exprime merveilleusement bien : « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

On apprend aussi à s’émerveiller, à apprécier chaque instant : le fait de vivre, de respirer, d’échanger avec les autres, de voir tout ce qui nous est offert : la pluie, la beauté d’un arbre, la nourriture, la magie des mots, la diversité infinie de la Vie,… On apprend à remercier.

«  C’est par la gratitude pour le moment présent que s’ouvre la dimension spirituelle de la vie. » Eckart Tolle.

La spiritualité ne se vit pas dans un espace ou un temps « à part », elle n’est pas une « activité » que l’on pratique de temps en temps, pour se ressourcer ou se donner bonne conscience. C’est un regard qui traverse chaque seconde de notre vie.

Cependant il est nécessaire de la cultiver, et donc, de lui offrir un peu de temps : on peut consacrer des moments spécifiques à la méditation, on peut aussi pratiquer des pauses « d’écoute intérieure », régulièrement, tout au long de la journée ; quelques secondes à une minute suffisent à modifier notre état de conscience ! Ou bien, on pourra tout simplement… s’accorder du temps pour ne rien faire ! C’est extrêmement enrichissant !

De même, prendre appui sur des rituels n’est pas indispensable ; pourtant, ceux-ci peuvent être des supports, des « rappels » qui viendront ponctuer le quotidien, qu’il s’agisse de rituels empruntés à une religion ou une tradition ancienne, ou bien de rituels personnels.

La plupart du temps, nous sommes entièrement absorbés par les sollicitations de notre environnement et les relations aux autres ; nous oublions de prendre soin de notre jardin intérieur, de nous rendre réceptif aux énergies du ciel et de la terre, afin de les assimiler, de les manifester, de les rayonner,… De nombreux enseignements nous rappellent que cette « Vérité », que l’on cherche partout, se trouve en réalité à l’intérieur de nous-mêmes…

Maurice Carême, poète du XXème siècle, a repris le message d’une ancienne légende hindoue.

        Il chercha Dieu  
Il chercha Dieu sur terre,
Le chercha dans la mer,
La lune, Vénus, Mars,
Le soleil, les étoiles,
Le chercha, étonné
De ne pas le trouver,
Sans jamais deviner
Que Dieu se confondait
Avec ce qu’il avait
De plus clair, de meilleur
En lui au fond du cœur.
 

Mais on peut dire également, même si cela peut paraître paradoxal, que cette « Vérité » est partout, en toutes choses, en tout lieu, en tout instant,… si on sait la voir…

Le contact avec la nature favorise particulièrement cette conscience d’appartenance à un Tout plus grand que nous. On peut contempler avec les yeux et avec le cœur, toute la beauté, toute la magie, toute la sagesse de cette vie qui se donne à elle-même, depuis la nuit des temps, imperturbable, inépuisable,… sauf quand l’humain la détruit…

L’idée de spiritualité est quelquefois mal comprise : on pense que seul l’esprit est sacré, digne d’intérêt, et l’on dénigre le corps physique, comme quelque chose d’impur dont il faudrait étouffer les besoins. Le corps et l’esprit sont pourtant les deux facettes de l’être humain, deux aspects entre lesquels il est nécessaire de chercher la meilleure coopération, le plus juste équilibre. Soyons bienveillant avec notre corps, respectons ses plaisirs et les émotions qui leurs sont associées ; quand notre esprit est suffisamment nourri de lumière, nos mirages se dissipent peu à peu, et nos désirs se purifient d’eux-mêmes. Corps physique, émotions, et mental, sont les instruments qui vont nous permettre d’exprimer les réalités que nous contactons par le biais de l’esprit. Par le mot « exprimer », il faut entendre non seulement nos paroles ou nos actions, mais surtout une certaine qualité d’être.

De même,  ne méprisons pas les réalités matérielles ! Il est vrai, comme le dit le psychiatre Christophe André, que nous sommes immergés, en partie à notre insu, dans une véritable « pollution matérialiste […] qui imprègne notre esprit aussi sûrement que la pollution, de l’air, de l’eau ou des aliments pénètre notre corps ». Il dénonce cette croyance erronée en un bonheur qu’on pourrait acquérir en possédant des choses. Nous l’avons tous expérimenté : chaque désir assouvi fait place à un nouveau désir, et nous vivons dans cette attente perpétuelle du « toujours plus ». Cette attitude de convoitise est en effet source de souffrance, tout comme le fait d’attacher beaucoup d’importance aux apparences, Par contre, il ne s’agit pas de renoncer à s’impliquer dans des activités « concrètes », ni de s’interdire d’apprécier le confort, l’esthétique, et même « l’inutile » quelquefois. Simplement, comprenons que le plan matériel devrait être un miroir de l’Amour, de la Sagesse et de la Beauté du plan spirituel, et que nos réalisations doivent être animées de cette intention.         

Vivre dans la spiritualité, ce n’est pas être « parfait », ni mener une vie irréprochable ! Quelquefois, nous sommes très loin de l’idéal que nous souhaiterions offrir au monde ! Pourtant, inutile de nous culpabiliser. Essayons d’être le plus cohérent possible entre la façon dont nous comprenons les choses, et la façon dont nous agissons. Et généralement, c’est très difficile ! Mais comme le dit Pierre Rabhi : « […] ce que l’on acquiert à travers la difficulté prend de la valeur et devient précieux.  […] Le chemin sera probablement balisé de difficultés, mais, en les surmontant, j’apprends, et le chemin devient alors initiatique. »

Nous faisons avec ce que nous sommes à ce moment présent, mais notre conscience veille, enregistre l’expérience, se prépare à « faire mieux » la fois suivante … Notre fil conducteur est de faire « de notre mieux », d’essayer de donner le meilleur de nous-mêmes à chaque instant, en fonction du contexte, et de nos possibilités physiques et psychologiques.

Qu’est-ce que la conscience spirituelle peut apporter au niveau de la société ?

Ceux qui doutent de l’intérêt d’un travail sur soi – qu’il s’agisse de développement personnel ou spirituel – avancent souvent l’argument d’une démarche égocentrique, qui ignore les problèmes du monde. Mais le monde d’aujourd’hui est ce que nous en avons fait ! Et le monde de demain sera ce que nous en ferons ! Une civilisation reflète l’état d’esprit de l’ensemble de ses individus, largement augmenté par l’effet de groupe. Le changement commence au cœur de chacun de nous.

« Quand une multitude de petites gens dans une multitude de petits lieux changent une multitude de petites choses, ils peuvent changer la face du monde. » Erich Fried.

Révéler notre dimension spirituelle, c’est apporter au monde une contribution positive, même si elle est très modeste.

Découvrir que l’on n’est pas né pour consommer, mais pour devenir toujours plus conscient de la Vie qu’on porte en soi, va entraîner, à long terme bien sûr, de nombreuses conséquences, tant sur le plan individuel que collectif.  

La santé physique et psychique s’améliore, un sentiment de tranquillité intérieure s’installe, et les relations entre les personnes en sont totalement bouleversées. Si on a davantage confiance en la Vie, on a moins de peurs, moins d’avidité, moins d’orgueil. On éprouve moins le besoin de rechercher en permanence la reconnaissance des autres, on ne se sent plus en concurrence avec eux, on se compare beaucoup moins. Les conflits deviennent plus rares et beaucoup moins violents, à tous les niveaux, y compris à l’échelle des états.

Le sens de la fraternité est éprouvé « de l’intérieur », et non pas seulement vécu comme un idéal intellectuel.

A son tour, ce contexte plus harmonieux permet à chacun de trouver sa place, sa « mission », au sein de la communauté humaine, ce qui lui permet d’exprimer son plein potentiel.

Ainsi s’enchaînent en cascades des modifications, vraiment insignifiantes au départ, mais qui se vitalisent les unes les autres de façon exponentielle… Cela semble utopique ? Mais… « Il n’y a pas de grande réalisation qui n’ait été d’abord utopie. » (Anonyme)

Le sens de la justice, le sens du partage, s’imposent comme des évidences.

De même, le sens des responsabilités, le sens de l’intérêt général, vis-à-vis de l’humanité dans son ensemble, mais aussi vis-à-vis de l’environnement et de la planète toute entière.

Et ces valeurs, qui ont pris naissance dans la conscience de chacun, entraînent un changement radical dans l’orientation des sociétés : les valeurs véhiculées changent de visage, les décisions et les actions suivent… On favorise la qualité, plutôt que la quantité, on développe l’être plutôt que l’avoir.

Conscient que la Vie a une valeur infinie, tous nos choix sont inspirés par le respect du vivant: mode de vie plus sain, plus sobre et plus joyeux, restauration des liens sociaux, lutte contre le gaspillage, agriculture biodynamique, énergies renouvelables, économie durable et équitable, finance éthique et solidaire, démocratie participative, éducation favorisant l’épanouissement de l’Etre dans toutes ses dimensions,…

André Malraux a déclaré « Le XXIème siècle sera spirituel, ou ne sera pas ».

Conclusion

Quand nous sommes dans la Présence de ce souffle de Vie, si  fragile et éminemment précieux, qui est en nous, tout autour de nous, et dans tout l’univers, nous retrouvons, nous éprouvons dans notre chair, la conscience d’être « à notre place », dans le vaste ballet des étoiles. Nous sommes en paix.

En même temps, nous participons à cette œuvre universelle qui consiste à révéler la qualité spirituelle présente dans le monde qui nous entoure.  

Ecoutons les paroles du Dr Jon Kabat-Zinn : « Il s’agit d’incarner votre vérité et votre amour, instant après instant, jour après jour, aussi pleinement que vous le pouvez, dans les moments agréables mais aussi dans les moments difficiles. Lorsque vous vivez ainsi, le monde est déjà différent, dans des proportions qui semblent infimes, à peine significatives. En fait, ce qui paraît petit n’est pas petit. Ces transformations sont gigantesques et leur pouvoir de guérison est immense, à l’intérieur comme à l’extérieur ».

Les états émotionnels

M.Christine2011

1.  Quelques généralités

Une vision de l’être humain

On peut schématiser la personnalité en identifiant 3 dimensions : le corps physique, l’émotionnel et le mental. Ces 3 aspects se superposent, s’interpénètrent, sont étroitement liés, totalement interdépendants. Cependant, selon les moments, selon les circonstances, notre conscience est davantage focalisée sur l’un ou l’autre de ces aspects. Cela explique nos nombreuses contradictions : une partie de nous comprend les choses d’une certaine façon, une autre partie de nous est sous l’emprise d’un désir ou d’une peur… (ex : Je souhaite sincèrement réussir mon examen cette année, mais quand les copains me proposent une soirée, j’oublie totalement que j’avais prévu de réviser…)

Au stade actuel de l’évolution humaine, la plupart des comportements humains sont sous l’influence directe des émotions : nos paroles, nos actions, nos attitudes,…

Les émotions mettent « plein de couleurs » dans notre vie. A travers elles nous nous sentons vivants ; s’il n’y avait pas le rire, la tristesse, l’étonnement, etc. nous serions comme des robots. Mais quand les émotions nous envahissent, elles nous font souffrir. Elles sont responsables de nombreuses difficultés, psychologiques, relationnelles, et même physiologiques.

Emotions ? Sentiments ? Précisions

Dans cet exposé, sous l’expression « états émotionnels », on parlera en fait :

  •  des émotions : états relativement ponctuels (de quelques minutes à quelques jours),
  • des sentiments : états plus stables, qui s’inscrivent dans une durée beaucoup plus longue (la culpabilité, le sentiment amoureux, etc.)
  • des tendances, des dispositions à éprouver tel ou tel type d’émotion ; tendances qui peuvent être innées (promptitude à la colère), ou qui peuvent être apparues suite à un traumatisme ou à des expériences répétées (sentiment d’infériorité,…).

Le mot « émotion » vient du latin « e movere », qui veut dire « mise en mouvement » ; ce sont les émotions qui nous poussent à agir, dans une direction ou une autre.

Une émotion est un message, le signal d’un besoin ; elle nous pousse à faire quelque chose (fuir, montrer qu’on a besoin de sentir respecté, ou d’être écouté, ou réconforté, ou besoin qu’on nous laisse tranquille, etc.). C’est une réaction psychologique et physique à un événement, à une situation ; elle exprime notre ressenti face à cette situation.

Les émotions/sentiments racines, et leurs déclinaisons (classement relatif et non-exhaustif !) :
Le désir (de différentes natures : matériel, affectif, pouvoir, etc.) : envie, avidité, passion, impatience,/ déception, amertume, dégoût,…
la colère : agacement, contrariété, mécontentement, irritation, rage, amertume,                     ressentiment, rancune, frustration, sentiment de trahison, sentiment d’injustice,…
l’orgueil : fierté 
la jalousie : envie, ambition, peur de ne plus être aimé…
la peur : anxiété, angoisse, trac, effroi, doute, sentiment d’abandon, sentiment d’insécurité,… la tristesse : mélancolie, nostalgie, regret, désespoir, découragement, ennui,…
la honte : humiliation, sentiment de rejet, culpabilité, dégoût de soi-même,… 
la surprise : étonnement
la joie : satisfaction, soulagement, plaisir, amusement, excitation, enthousiasme, euphorie,…
l’amour : affection, amitié, admiration, respect, empathie, compassion, dévotion…
la sérénité : confiance, plénitude, sentiment de bien-être, de sécurité,…
la gratitude : reconnaissance, émerveillement,… etc.
En réalité, la plupart du temps, c’est un mélange de plusieurs émotions, qui nous traverse.  

Comment se manifestent les émotions ?

Les émotions ne dépendent pas de notre volonté ; elles s’imposent à nous.

Pratiquement toutes nos pensées sont teintées d’émotions, mais nos émotions ne s’expriment pas seulement au travers des pensées : on peut en observer de multiples manifestations au niveau corporel (accélération de la respiration ou des battements du cœur, tremblements, sueurs, rougissement ou pâleur du visage, envie de crier – de joie, de peur ou de colère,… – , nœud à l’estomac,…), ou  encore diverses sensations psychiques (sentiment de solitude, mal-être diffus,…).

Il y a les états émotionnels dont on a conscience : certains qu’on arrive à maîtriser à peu près, d’autres qui nous emportent encore régulièrement et qu’on ne reconnait qu’après un certain temps.

Mais il y a également ceux qu’on ignore, que l’on n’ose même pas regarder en face, parce qu’ils nous font peur (des mémoires douloureuses…), d’autres encore, parce qu’on en a honte (la jalousie, l’orgueil,…), ou ceux dont on ne peut pas avoir conscience parce qu’on a toujours vécu avec, qu’ils nous imprègnent, qu’ils colorent notre vision du monde sans qu’on le sache (on pense que c’est la Réalité). Ces états émotionnels, même si nous n’en sommes pas conscients, ont aussi des conséquences sur nous-mêmes, nous conduisant souvent à somatiser, pouvant entraîner de véritables pathologies (eczéma, ulcère, dépression,…). Et bien sûr, ces états émotionnels inconscients, comme les autres, ont des répercussions sur notre entourage…

D’une manière générale, de nombreuses émotions consomment, consument notre énergie inutilement. Elles altèrent, de façon plus ou moins intense et plus ou moins durable, notre capacité de raisonnement…

2. Pourquoi vouloir « travailler » sur nos émotions ?

Au-delà des conséquences physiologiques citées plus haut, il est essentiel de comprendre l’importance de « travailler » sur nos émotions. Il ne s’agit absolument pas d’essayer de les supprimer ni de les maîtriser, mais de prendre conscience de leur impact sur notre vie, de les reconnaître lorsqu’elles là, de les « mettre à distance », et de ne pas les saisir, ne pas les entretenir.

Les émotions voilent notre perception de la réalité

On peut comparer les émotions à des filtres qui « colorent » notre perception de la vie ; des filtres qui transforment, déforment les évènements, en fonction de notre culture, de notre vécu – proche ou lointain. Nous nous faisons une représentation subjective de la réalité, qui va nous « pousser » à répondre de façon plus ou moins adaptée, ou qui va quelquefois nous enfermer dans tel ou tel type de comportement. On dit que « la peur est mauvaise conseillère », mais bien souvent, les autres émotions le sont aussi !

Si l’on aspire à une plus grande liberté de conscience, il est nécessaire de ne plus être dupe de nos émotions, ne plus être sous leur emprise.

Concernant les émotions que l’on trouve agréables, on peut en distinguer deux sortes :

  • Celles qui sont en relation avec un amour altruiste, désintéressé, non seulement ne posent pas de problème, mais doivent être développées !
  • Les autres émotions « agréables » sont souvent éphémères. Elles expriment qu’un désir est satisfait. S’il s’agit d’un désir égocentré, nous sommes dans un certain mirage qui, tôt ou tard, prendra fin et fera place à une souffrance (ex : C’est formidable, je suis au sommet de ma réussite professionnelle ! Mais un jour je serai trop âgé, quelqu’un d’autre prendra ma place…). Quelquefois, au moment-même où l’on est joyeux ou heureux, on est déjà inquiet à l’idée de perdre ce bonheur (ex : J’aime cet homme et il m’aime, mais j’imagine qu’un jour il pourra me quitter, et j’en suis malade…).

Nos états émotionnels ont une forte influence sur les autres

L’énergie émotionnelle est très communicative. Si nous rayonnons la joie ou la confiance, notre entourage en bénéficiera, et c’est tant mieux ! Mais s’il s’agit d’inquiétude, de stress, de découragement, etc., nos proches en subiront l’impact, bien souvent de façon inconsciente, et c’est toute une famille ou tout un groupe de personnes qui seront immergés dans une ambiance néfaste, même si certains y sont moins sensibles que d’autres. Les enfants sont particulièrement perméables aux émotions qu’ils perçoivent dans leur environnement.

C’est pourquoi, si l’on veut entretenir des relations saines avec les autres, il est souhaitable d’être conscient de notre état intérieur. Lorsqu’on décèle un mal-être, une colère, ou toute émotion susceptible de nous submerger, peut-être pourrons-nous essayer de nous isoler pendant quelques instants, le temps de laisser la vague émotionnelle se déployer puis commencer à décliner peu à peu. Les émotions ne sont que des mouvements de notre esprit, qui vont, qui viennent, apparaissent et disparaissent ;  si nous ne les vitalisons pas par nos pensées, si nous les observons avec sérénité, comme le ferait un témoin extérieur bienveillant, elles se dissiperont plus rapidement.

Et s’il ne nous est pas possible de prendre ce moment d’intériorisation, nous pouvons faire part de notre état intérieur à notre interlocuteur, lui révéler notre ressenti. Une émotion identifiée et verbalisée diminuera en intensité ; cela évitera qu’elle déborde de façon inappropriée, et génère une situation conflictuelle…

La cause des émotions se trouve en nous-mêmes

On croit souvent que ce sont les autres, ou les évènements extérieurs, qui sont responsables de nos plaisirs ou de nos tourments. En fait, c’est à l’intérieur de nous-même qu’il faut en chercher la cause. Nos attentes, nos expériences passées, la façon dont nous appréhendons les situations, et encore beaucoup d’autres facteurs déterminent nos ressentis émotionnels. Il suffit par exemple de constater comment cinq personnes pourront vivre le même événement et le percevoir de manières très différentes, voire opposées quelquefois !

Si on remonte à leur source, tous les états émotionnels sont l’expression soit d’un désir, soit d’une peur :

  • Désir de confort matériel, désir d’être aimé, reconnu, désir que « l’autre » se comporte comme on le souhaite, que les évènements se déroulent selon nos attentes, soif de pouvoir ou de « liberté » (quelle qu’en soit notre conception), désir d’appartenir à un groupe (famille, catégorie sociale, groupe d’affinité, nation), etc. Entre besoin et désir, la limite est floue et subjective. Le besoin se réfère à quelque chose d’indispensable à notre équilibre physiologique et psychique ; le désir, quant à lui, renvoie à quelque chose qui n’est pas vital, mais qui est censé nous apporter davantage de bien-être ou d’épanouissement. Nous reviendrons plus loin sur cette notion.

     Quant à la face cachée du désir, c’est la peur, le refus de ce qui pourrait survenir :

  • Peur de souffrir ou de perdre ce à quoi l’on est attaché, qu’il s’agisse de nos proches, de notre santé physique ou psychologique, de nos possessions matérielles, nos habitudes, nos opinions, notre renommée,…

L’introspection mettra en évidence le fait que c’est là qu’il faut chercher l’origine de nos difficultés, dans ces impulsions de désirs et de peurs enracinées dans notre psychisme, et non pas à l’extérieur de nous.

Transformer la nature des désirs : une libération

Le désir, tel qu’il a été défini plus haut, n’est pas négatif en soi. Il est le moteur de l’existence ; il nous permet d’avancer, d’apprendre, de nous dépasser. Par contre, ce qui bien souvent est problématique, c’est que nous n’arrivons pas à identifier le besoin profond qui se cache derrière un désir. La plupart du temps, nous nous trompons de cible et sommes alors emportés dans le tourbillon du « toujours  plus ». Toujours plus d’argent, toujours plus de confort, toujours plus de loisirs, etc. A peine un désir est-il assouvi que de nouveaux désirs apparaissent… Le désir semble insatiable.

Frédéric Lenoir, dans son livre sur Spinoza*, nous rappelle que l’être humain est animé par le désir, et que tout désir est la poursuite de la joie. « La sagesse, dit-il, […] ne consiste pas à diminuer la force du désir, mais à l’orienter. »

Plus on avance sur le chemin de l’évolution, plus les désirs égocentrés font place à l’envie de progresser, de grandir intérieurement : comprendre, expérimenter, développer notre créativité, manifester des valeurs universelles telles que justice, partage, fraternité, conscience de l’interdépendance et de notre appartenance à quelque chose de plus vaste : l’humanité, l’univers, la Vie Une. Ces « désirs »-là, ou plutôt ces aspirations, loin de tout égocentrisme, ont des conséquences positives, constructives, pour nous-mêmes et pour notre entourage.

L’élargissement progressif de son champ de conscience permettra à l’être humain de développer des qualités telles que l’altruisme, l’empathie, la compassion, l’amour universel… qui ne sont pas des états émotionnels, mais qui sont le fruit d’une compréhension éclairée de la Vie Une, la vie dans son unité.

* « Le miracle Spinoza » de Frédéric Lenoir

3. Comment prendre de la distance par rapport à nos émotions ?

S’accorder des moments pour méditer

Assis sur un coussin, ou en marchant seul, dans la nature, tourner notre regard vers l’intérieur, rester dans le silence, afin de laisser émerger nos émotions inconscientes.

Des pratiques plus spécifiques peuvent aussi favoriser la mise à distance de nos émotions :

  • Nous relier à un niveau de conscience qui n’est pas (ou qui est moins) atteint par les émotions ; expérience d’un état plus apaisé, que l’on pourra retrouver plus facilement dans la vie quotidienne.
  • Découvrir et entraîner notre capacité à déplacer notre attention dans différentes parties du corps ; ainsi nous aurons plus de facilité à changer la focalisation de la conscience lorsque ce sera nécessaire.
  • S’entraîner à regarder en face une émotion qui nous a affecté :
    • Retrouver dans quel contexte elle est apparue : dans quel état intérieur étions-nous juste avant ? en présence de quelle(s) personne(s) ? quelles circonstances extérieures ? comment l’émotion s’est-elle manifestée (quelles sortes de pensées nous ont traversés ? quelles sensations corporelles ?) ?
    • Essayer (si possible) de nommer l’émotion ou les émotions qui étaient présentes : il s’agit, la plupart du temps, d’un mélange de plusieurs émotions. Essayer de remonter à leur source : quelles sont nos attentes, nos peurs ?
    • Accepter, accueillir avec une profonde bienveillance les émotions « négatives », celles dont on n’est pas très fier (la colère, la jalousie,…) ; ne pas les alourdir par de la culpabilité, du refus. En avoir pris conscience est déjà un pas important.Donc, accueillir l’émotion, jusqu’à ce qu’elle perde de son intensité, et même peut-être, de sa réalité…
  • Etre également attentif aux pensées qui nous traversent, car bien souvent celles-ci entretiennent ou raniment des émotions.

Au quotidien : essayer d’être présent, et développer certaines attitudes

  • Comme pendant la méditation, essayer, le plus souvent possible, dans la journée, d’être présent, attentif aux pensées, aux états émotionnels qui nous traversent (essayer de les déceler à leur racine, au moment où ils font leur apparition, notamment pour les plus récurrents).
  • Si une émotion difficile est déjà « installée » et qu’en toute sincérité, on souhaite l’apaiser : travailler sur la respiration, la détente du corps physique, le rappel de ce que nous avions compris quand nous y avions réfléchi à distance, ou la concentration sur une idée qui nous inspire (un mot, une personne, un paysage qu’on apprécie…).
  • Comprendre que, quels que soient les évènements extérieurs, nous avons la possibilité d’alimenter nos émotions, ou au contraire de chercher à les apaiser, afin d’être plus libre, plus heureux. Observer combien les émotions sont passagères, inconsistantes. De la même manière que la pluie succède au soleil, et le soleil à la pluie, les états émotionnels sont transitoires et se transforment en permanence. Par cette compréhension éclairée, il est possible de les atténuer, voire de les dissoudre.
  • D’une façon générale, essayer de développer, sur le long terme, certaines attitudes qui faciliteront la distanciation face aux mouvements émotionnels (voir l’article Feuille de route).

Certaines émotions liées à des peurs profondes seront probablement là tout au long de notre vie, mais peu à peu elles deviendront moins fréquentes, moins vives, moins douloureuses, et leur impact sera de plus courte durée.

Apprenons à ne pas saisir, à ne pas nous identifier à nos états émotionnels…  Nous sommes beaucoup plus vastes que cela ! Tant qu’on laisse les émotions circuler, sans les alimenter par la pensée, elles ne peuvent pas nous faire de mal, elles ne peuvent pas nous blesser, tout juste nous troubler. Laissons-les circuler…  

Et n’attendons pas d’être confronté à une épreuve trop douloureuse, pour entreprendre ce travail. Utilisons au mieux chaque instant qui nous est donné. Nous aurons la joie de percevoir la vie dans une dimension plus subtile et plus riche…

Cheminement intérieur

M.Christine2012

La Vie est une transformation permanente, un grand mouvement d’énergies, de différentes natures, de différentes densités, qui s’associent, se différencient, se modifient… La Création est continue, permanente…

Au sein de ce grand tourbillon, l’espèce humaine est bien sûr, elle aussi, en évolution, et chaque être humain – chacun de nous – au cours de sa vie, se transforme, au niveau physique comme sur le plan de son esprit.

Pendant un certain nombre d’années, nos modifications « psychologiques » sont liées aux circonstances extérieures (environnement familial, professionnel, social,…), aux expériences que l’on vit, expériences plus ou moins choisies, plus ou moins subies. Notre esprit se transforme un peu « malgré nous ». Cependant, peu à peu – ou quelquefois de façon assez brusque, suite à une rencontre ou suite à une épreuve -, les activités, les plaisirs qui nous attiraient, qui nous motivaient, ne nous apportent plus les mêmes satisfactions. De façon plus ou moins consciente, on comprend que la source de nos difficultés, de nos souffrances, réside en nous-mêmes, et on aspire alors à « autre chose », sans pouvoir forcément mettre des mots sur cet « autre chose », si ce n’est une certaine paix intérieure. On comprend que l’on a la possibilité de donner consciemment une certaine orientation à notre vie.

Alors commence notre recherche, notre quête sur le sens de la vie. Alors commence notre cheminement intérieur, notre cheminement « spirituel », dans le sens où l’on entreprend un travail sur nous-mêmes, un travail sur notre esprit, pour tenter de nous rapprocher de ce que l’on perçoit vaguement comme notre « vérité intérieure ».

Différentes voies s’offrent à nous : l’adhésion à voie religieuse, à une tradition spirituelle ou à une conception philosophique ; mais  cela peut être également une voie personnelle, fruit de différents éléments que l’on a intégrés à travers notre expérience de vie, une voie de recherche, en perpétuel questionnement …

Toutes ces voies ont pour but de nous aider à mieux nous comprendre nous-mêmes, à mieux comprendre notre relation aux autres, notre relation à la Vie, notre relation à l’Univers. On aspire à développer une « qualité d’être », plutôt qu’à rechercher des plaisirs ou des satisfactions éphémères.

Ce que nous souhaitons présenter ici, ce ne sont pas les différentes facettes de ce travail sur nous-mêmes, que vous pourrez retrouver dans de nombreux ouvrages de sagesse, mais plutôt quelques indications sur le parcours en tant que tel, que ce soit à travers une voie spécifique, ou non : les difficultés, les moments de crise, la notion de cycle, et les outils dont nous disposons pour progresser dans ce cheminement intérieur.

Principaux obstacles ou difficultés

Nous parlons ici d’obstacles ou de difficultés « intérieures », c’est-à-dire générés par notre compréhension encore partielle.

Notre première difficulté, commune à tous, est justement de ne pas « voir », ne pas nous rendre vraiment compte des limitations de nos perceptions mentales.

Les éléments suivants n’ont pas la prétention d’apporter des réponses magiques aux difficultés, mais simplement d’aider à en identifier quelques unes que l’on peut rencontrer (ou ne pas rencontrer !). Un problème bien identifié porte en lui-même sa solution …

  • Un décalage entre notre aspiration et nos comportements

Ce que l’on a compris, ce que l’on pressent, ce que l’on croit juste, tout cela doit être mis en pratique et vérifié par l’expérience de la vie quotidienne ; c’est seulement ainsi que l’on peut apprécier la valeur d’une idée, et la faire nôtre véritablement.

D’ailleurs, de nombreuses traditions nous enseignent que, plus notre conscience s’élargit, plus grande est notre responsabilité vis-à-vis des autres… Nous avons donc le devoir de faire de notre mieux pour mettre en cohérence nos pensées, nos paroles, et nos actions, en lien avec notre aspiration profonde.

  • Une certaine inertie

Nous aimerions bien accéder à cette nouvelle dimension de la vie qui nous devinons confusément, mais nous avons du mal à nous imposer les efforts nécessaires.

Peut-être sommes-nous encore trop souvent dans le doute ?

Ou que notre aspiration n’est pas encore assez ferme ? On voudrait bien, sans vraiment vouloir…

Ou bien peut-être avons-nous peur du changement ? Prendre un autre chemin, c’est prendre le risque d’abandonner certaines de nos habitudes, prendre le risque de nous éloigner de ceux qui nous connaissent et nous « attendent » tel qu’ils nous ont connu, le risque de perdre ceux qu’on aime, et aussi le risque de perdre l’image que l’on s’était faite de soi-même, et à laquelle on est très attaché…

Le contexte de la société actuelle nous entraîne vers des valeurs opposées à la spiritualité : importance des apparences, recherche du plaisir, vitesse, agitation, performance, individualisme,… Faire le choix de « se mettre en chemin » implique certains renoncements ; si l’on veut déployer un nouveau champ de conscience, il faut « faire de la place », accepter de consacrer moins de temps, mais surtout moins d’énergie mentale, à des occupations ou préoccupations que l’on reconnaît maintenant comme secondaires. Pour donner vie à une idée, il faut la nourrir inlassablement, à chaque instant de notre vie. Mourir à ce que l’on croyait être, pour renaître à autre chose…

Alors n’ayons pas peur de nous engager dans une certaine discipline et une certaine éthique de comportement, qui finalement nous conduiront à une plus grande liberté et une vie intérieure plus intense.

  • Un sentiment de solitude sur ce chemin, un sentiment d’incompréhension

Pourtant, on n’est pas seul, à avoir entrepris cette démarche ! On est nombreux à s’être mis en route, et peut-être nombreux à croire que l’on est seul… Nombreux sont ceux qui ont déjà traversé des épreuves semblables aux nôtres, et sont un peu plus avancés que nous sur le sentier… Osons partager autour de nous nos questionnements, nos expériences, nos idéaux… Soyons attentifs, écoutons les autres, nous découvrirons certainement des personnes ou des groupes qui ont une vision proche de la nôtre, ou qui tâtonnent comme nous. Et lorsqu’on est seul chez soi, retournons aux lectures qui nous avaient inspirés, messages de pèlerins qui se cherchent, ou de sages éclairés. Non, nous ne sommes pas seuls…

  • L’impatience ou le découragement

Nous aimerions que les choses se déroulent telles qu’on les imagine, telles qu’on le voudrait ; nous aimerions voir une progression rapide… Pourtant, nous savons bien qu’il s’agit d’un engagement de longue haleine, très longue haleine… Pour devenir pianiste il faut passer beaucoup de temps à jouer, à répéter ; de même, il faut du temps pour explorer l’immensité de notre conscience…

Essayons de trouver le juste milieu, le juste équilibre entre une volonté trop faible et une volonté trop forte… Pour commencer, cela signifie nous interroger sur notre motivation profonde : ambition ? attentes de bénéfices personnels ? motivation réellement altruiste ? Une écoute constante de nos mouvements intérieurs subtils… L’essentiel n’est pas tant l’acte que l’on réalise, mais l’intention qui l’anime. L’observation de nos pensées va permettre de nous connaître de mieux en mieux, d’aller au cœur de nos intentions, et d’identifier de plus en plus précisément ce qu’on doit travailler en priorité : « Qu’est-ce qui, actuellement, est l’obstacle intérieur le plus important à ma progression » ? « Quel est, pour moi, le prochain pas que je dois faire ? »

Car on ne peut faire qu’un seul pas à la fois ! N’entretenons pas l’illusion qui consiste à croire que tout va aller mieux, que nous allons devenir parfait, là, très bientôt. On le sait bien, ce n’est pas possible. Il ne s’agit pas de combattre nos faiblesses, mais plutôt de nourrir notre aspiration à progresser, et de maintenir la direction … Savoir reconnaître nos faiblesses, là, actuellement, mais savoir qu’en nous réside un joyau : la possibilité de croître en conscience. Au début, nos efforts semblent vains, on ne voit pas le résultat, et pourtant si l’on maintient une sincère intention de mieux faire, une transformation va s’opérer petit à petit. Pour modifier un trait de caractère qui est le fruit d’une très longue histoire, il faut être patient. Et confiant. C’est le travail de la goutte d’eau qui creuse le rocher…

De plus, quand il y a progression dans un domaine, beaucoup d’autres domaines en bénéficient également, c’est un travail en profondeur (ex : l’effort que l’on va faire pour vaincre sa tendance colérique, permettra de travailler en même temps sur nos peurs, notre empathie pour les autres, notre réflexion sur ce qui est essentiel, etc.).

N’essayons pas non plus de ressembler à telle ou telle personne ; chacun a son chemin personnel et ses propres moyens d’expression ; certains ont développé principalement la compassion, d’autres la persévérance, ou le discernement, le contentement, l’humilité, la générosité, etc.,  ou encore bien d’autres qualités remarquables lorsqu’elles sont mises au service des autres. Soyons heureux pour eux, et cultivons notre propre jardin, dans la perspective d’aider les autres.

Enfin, d’une façon générale, ne cherchons pas à atteindre un but particulier, ne soyons pas dans l’attente d’un résultat. La quête de vérité est en elle-même la plus précieuse des satisfactions. Simplement, mettons-nous en chemin, un pas après l’autre.

  • Le manque d’ouverture envers ceux qui ne comprennent pas les choses de la même façon que  nous, ou  même, peut-être, un subtil sentiment de supériorité : « Notre voie est la bonne, les autres sont dans l’erreur… ».
  • Le manque de discernement, l’adhésion absolue à une voie proposée, sans qu’il y ait un questionnement.
  • Et bien sûr, tout le brouillard provoqué par nos émotions et nos illusions… et sans doute encore bien d’autres obstacles …
Les crises, les épreuves

Les épreuves, contrairement aux obstacles intérieurs, semblent dues aux circonstances extérieures : ruptures, séparations, pertes … ou bien un évènement bénin en apparence, un changement dans notre environnement relationnel, ou notre fonction professionnelle, etc.

Quel qu’il soit, cet évènement nous fait prendre conscience d’un aspect de nous-mêmes ou d’un aspect de la Vie que nous n’avions jamais entrevu ; c’est une prise de conscience, souvent douloureuse, une partie de notre représentation du monde qui s’écroule…

Pourtant, c’est une chance, nous allons pouvoir rebâtir sur des bases plus justes ; repartir pour une longue période de tâtonnements, d’erreurs, de recommencements, afin de retrouver un certain équilibre. Cette période d’équilibre arrive en effet, où les choses semblent posées, apaisées, relativement stables. Jusqu’au jour où survient une nouvelle crise, qui donnera lieu à une nouvelle expansion de conscience…

Les épreuves sont toujours à la hauteur de ce que l’on est capable de surmonter ; de même, les opportunités de progresser se présentent lorsque l’on est prêt…

Sans ces crises, sans ces épreuves, il n’y aurait pas d’évolution ; ou si peu… Tant que nous n’avons pas la sagesse d’interpréter le monde comme nous l’enseignent les spiritualités ancestrales, ces épisodes de souffrance se reproduiront. Ils sont là pour nous amener à avoir une vision plus juste, et donc pour nous conduire vers une plus grande paix intérieure.

Les cycles

A tous les niveaux, dans la nature, on peut observer un mouvement cyclique : cycle des saisons, cycle du jour et de la nuit, cycle menstruel chez les femmes, cycle de la respiration, etc. Mais il y a également des cycles beaucoup plus vastes, qu’on ne peut appréhender (mais dont certains sont reconnus par les astronomes, les biologistes, les sociologues,…). Il s’agit d’un éternel recommencement de mouvements semblables, mais pourtant toujours différents, toujours nouveaux (ex : les saisons, ou le cycle de la reproduction : le principe est identique, mais le résultat toujours différent).

Pour faciliter les choses, on distingue généralement 2 phases opposées (été/hiver), et 2 phases d’équilibre (automne/printemps), bien qu’en fait il s’agisse d’un mouvement continu entre 2   manifestations opposées.

Donc des cycles :

  • avec différentes phases,
    • de différentes durées, ou différentes amplitudes (ex : inspiration/expiration – état de veille/sommeil),
    • inclus les uns dans les autres (cycle journée inclus dans le cycle annuel),
    • ou imbriqués : le cycle annuel, lié à la rotation de la terre autour du soleil, et le cycle mensuel, lié à la rotation de la lune autour de la terre, se superposent et produisent des conditions particulières, qui ne se renouvelleront que selon un cycle beaucoup plus grand (ex : éclipse de lune), lequel cycle, lui-même superposé à d’autres grands cycles, produira certains évènements cycliques spécifiques, etc.

Notre cheminement personnel est, lui aussi, soumis à des cycles, avec des phases où l’on a l’impression de s’ouvrir, de s’éveiller à quelque chose, d’accéder à une nouvelle dimension de la Vie, et puis des phases de repli, de doute, et même quelquefois de déni par rapport à nos propres expériences, ou simplement des phases de latence, où l’on replonge dans notre inertie, même si l’on continue à pratiquer des rituels ou une certaine discipline, par habitude.

Ces différentes phases font partie du chemin. Les moments qui nous semblent plus difficiles sont inévitables. On a l’impression de stagner ou de revenir en arrière, ceci est inhérent à tout processus d’apprentissage. Une progression n’est jamais linéaire : on avance de deux pas, on stagne pendant quelques mois, quelques années, ou on recule d’un pas… avant de repartir en marche avant… Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à ces cycles, qui peuvent avoir des amplitudes très variées.

Si on comprend cela, on pourra accueillir les périodes délicates sans les accentuer par de la culpabilité ou du découragement. On pourra constater ce qui est, tout en gardant une certaine distance, un certain calme intérieur.

Les moyens à notre disposition

De nombreuses traditions nous rappellent que, pour entrer et pour avancer dans un processus de transformation intérieure, notre aspiration doit être profonde et sincère.

La compréhension « théorique » des idées n’est pas suffisante. Seuls, les efforts faits pour tenter de mettre en œuvre ces idées, vont permettre de les intégrer, de se les approprier réellement. C’est pourquoi il est important de travailler en parallèle sur les trois aspects suivants, qui se complètent, s’enrichissent l’un l’autre, et permettent d’avancer sur un chemin vivant.

  • L’étude de différents enseignements (lectures, échanges,…), mais aussi la réflexion personnelle

Nous sommes le fruit de multiples conditionnements, et notre vision du monde est extrêmement limitée. Ce que nous appelons « la » réalité, est en fait « notre » réalité. Il s’agit d’une compréhension tout à fait subjective. Un aspect du travail consistera donc à nous confronter à différents points de vue. Une recherche « intellectuelle », à travers des lectures, des échanges,… va nous permettre d’élargir peu à peu notre vision limitée.

Chaque individu, à partir de ses caractéristiques génétiques, se construit en fonction de son environnement, de ses échanges, mais aussi de la capacité de réflexion qu’il développe. Chaque expérience, chaque moment de vie nous transforme un petit peu, y compris un moment de silence, de solitude, et même encore plus ces moments-là, qui nous permettent de réfléchir, de prendre de la distance par rapports aux moments plus actifs ; ils nous permettent de faire des liens, d’intégrer des concepts, ou au contraire de nous interroger, de nous poser des questions fondamentales, de construire notre vérité, vérité toujours provisoire car en perpétuelle évolution elle aussi.

Rechercher ce qui est essentiel pour nous ; hiérarchiser nos priorités ; essayer d’identifier le plus clairement possible l’orientation que l’on veut donner à notre vie ; réfléchir à l’évolution que nous souhaiterions pour l’humanité…

  • La méditation

Cet aspect sera développé bientôt dans un autre exposé.

  • Le « travail » quotidien, de chaque instant, qui consiste à :
  • pratiquer le « rappel » : plusieurs fois par jour, pendant quelques secondes, se tourner vers notre état de conscience le plus vaste, le plus en paix, tel qu’on l’a expérimenté en méditation ; il en découlera une plus grande présence à soi-même et à ce qui nous environne ; dans les religions, prières et rituels sont censés avoir cette fonction de rappel, à condition de les pratiquer en étant pleinement présent, et non pas seulement par habitude ;
  • développer « l’observateur en nous », dans notre vie quotidienne ; essayer de toujours mieux se 

      connaître, de découvrir quelle est l’intention profonde qui guide chacune de nos actions, paroles, 

      et pensées.

Pour conclure…

Au-delà des multiples embûches que nous trouvons sur le chemin, s’élève un sentiment de paix, de quiétude, et même une certaine joie ; joie d’être un chercheur de lumière, un chercheur de vérité ; joie de se mettre au service d’une idée qui élève l’être humain, une idée qui rassemble, au lieu de séparer, une idée qui prend racine dans ce que les êtres humains ont en commun : le souffle de Vie qui les traverse, de la naissance à la mort et peut-être au-delà, le souffle de vie qui les unit entre eux et les relie à quelque chose de beaucoup plus vaste qu’eux.

Joie de donner le meilleur de nous-mêmes pour participer à la marche de l’humanité.